prise d'arme

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alban
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Enregistré le : dim. 21 févr. 2016 15:33

Bonjour à tous

Je souhaiterais connaitre votre avis sur ce cliché (qui n'est pas une cpa mais une photo, désolé pour le hors sujet !).

à l’arrière est noté "Aout 1882"...

Les tenues et les fusils vous semblent ils coïncider avec cette époque ?

Difficile de localiser le cliché mais peut on envisager l’événement qui a conduit ces hommes d'age différents à se regrouper avec leur tenues du dimanche et leur fusils... ?

J'ai vu qu'en aout 1882 on avait pris un décret autorisant la chasse au loup a grande échelle... Peut il y avoir un rapport ?

Merci d'avance pour vos réflexions !

Alban

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bojojo76
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Je ne suis pas spécialiste, mais en cherchant un peu, on dirait bien des fusils Lebel, ou Berthier, mais vu la taille démesurée de la baïonnette, je dirais plutôt une Rosalie, qui faisait dans les 60 cm.
Mais de ce fait ça ne colle pas avec la date donnée, car les Lebel sont de 1886, mis en service en 1887 !
ad augusta per angusta
pave27
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Bonjour
Les fusils ne sont absolument pas des Lebel Mod.1886 et encore moins des Berthier comme le suggère bojojo76, mais ce sont des fusils du système Gras Mod.1874 équipés de leur épée-baïonnette, très reconnaissable (vous trouverez confirmation sur le Net).
Par conséquent, l'inscription au verso de datation "1882" pourrait très bien correspondre, tant au point de vue de l'armement que des habits, mais aussi des attributs pileux des hommes photographiés.
Cordialement
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bojojo76
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Ah notre ami Pavé27 a réagi comme je m'y attendais :D
Comme je disais je ne suis pas spécialiste, donc je m'incline et je joins une photo
Bravo !

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ad augusta per angusta
Cyril
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C'est quand même bizarre de voir des civiles avec de telles armes, non ?
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bojojo76
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Oui Cyril, et sapés comme des papes, partant à la chasse au loup avec un clairon, ça me perturbe un peu !
Alors des réservistes ? Les employés de la Fabrique d'armes ? :(
ad augusta per angusta
pave27
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Bonjour
Ces civils armés n’ont rien de surprenant. Il faut replacer ce document dans le contexte historique de la fin du XIXe siècle.
La « chasse aux loups» semble très peu probable pour cette photographie qui se situerait plus vraisemblablement dans un cadre plus patriotique que cynégétique. Quant aux employés d’une fabrique d’armes, proposition suggérée par bojojo76, c’est dans le domaine du possible.
Il faut se rappeler que, après la défaite militaire de 1870, les sociétés de tir civiles se multiplient rapidement, promouvant ainsi l’esprit de revanche qui s’amplifiera jusqu’en 1914, par le biais de clubs sportifs (gymnastique + tir) mais aussi à travers la formation des fameux ‘bataillons scolaires’, à partir de 1882.
A partir de cette date, l’instruction militaire et civique dispensée aux écoliers, le jeudi et le dimanche, prédomine. Grâce aux rencontres sportives et aux concours de tirs organisés les dimanches ou jours fériés, le bon tireur devient le héros du jour et reçoit une médaille.
Le but est d’effacer l’humiliation nationale de 1870 en préparant la jeunesse pour la revanche tant espérée. L’instruction du tir devenue discipline scolaire, des bataillons scolaires (‘scolos’) défilent à Paris dès 1885. Mais en 1892, l’expérience des bataillons scolaires cessera, laissant toutefois l’enseignement du tir continuer dans les écoles laïques et les clubs de tir se démocratiser davantage. Au grand dam du clergé et des antimilitaristes.
Cordialement
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Cyril
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Dans les clubs de tir de ma région, les gars ne viennent pas au stand avec une baïonnette !
A votre avis, les clubs de tir disposaient ils du même matériel que l'Armée ? Aujourd'hui il ya des carabines spécial pour le loisir "tir" et on n'a pas besoin d'amener son FAMAS.
pave27
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Bonjour
Cyril : vouloir comparer un club de tir de la fin du XIXe siècle avec un club de tir de 2018 est une ineptie.
Il suffit de compulser les catalogues de vente d'armes, en France, sur la période 1880-1920 et de constater ce qui était en vente libre pour le comprendre.
Cordialement
Cyril
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Donc des gens pouvaient avoir chez eux des fusiles identiques à ceux de l'armée ?
Dans ce cas, il pourrait s'agir de n'importe quel évènement un tant soit peu patriotique où les gars ont décidé de sortir leur fusil pour faire une belle photo, style Fête du 14 juillet ?
pave27
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Bonjour
Cyril : ai-je écrit ce que vous prétendez ? Je ne le pense pas. Vous interprétez et extrapolez.
J'ai orienté les recherches du demandeur vers les clubs de tir et les rencontres sportives (locales, départementales, régionales, nationales), argumentant à l'aide des formations des bataillons scolaires. Toutes ces manifestations étaient encadrées et réglementées. Pas la même législation et le même règlement strict que dans votre club de tir de 2018 bien évidemment, mais réglementées tout de même.
Ceux qui ont quelques connaissances sur le sujet, savent, par exemple,que les studios de photographe de la fin du XIXe siècle et du début du XXe siècle disposaient fréquemment d'armes à feu (en état de tir) et de baïonnettes réformées (et parfois pas toujours) par l'Armée et qui leur servaient pour leurs compositions et leurs prises de vue de soldats qui ne pouvaient emmener leur armement chez le photographe. Il y a pléthore de telles photos de studio.
De nos jours, je doute que les photographes professionnels disposent (en état de tir) de Lebel 86/93, de FSA 17 ou de Mas 36, qui sont pourtant des armes réformées.
Cordialement
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pave27
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Bonjour
Voici en complément, pour Cyril, une planche extraite du catalogue Manufrance, Edition 1900, montrant quelques armes à feu françaises réglementaires réformées (chassepot, gras, kropatcheck et lebel), accessibles sur le marché civil et destinées notamment... aux sociétés de tir comme cela est indiqué.
A noter, à gauche, l'encadré vertical indiquant que... les baïonnettes peuvent être fournies avec chaque arme, moyennant un supplément tarifé...
Je n'ai pas cherché, par paresse, dans les catalogues antérieurs, mais le principe reste le même. Chacun pourra y retrouver, par exemple, des pages identiques présentant des armes à feu (+ baïonnettes) destinées à l'instruction des bataillons scolaires, c'est-à-dire des jeunes garçons.
C'est l'époque qui voulait cela. C'est comme ça. Vouloir prétendre le contraire serait une contrevérité historique.
Cordialement
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bojojo76
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Bonsoir Pave27
Très bel argumentaire avec la documentation adéquate.
C'est vrai que l'on tombe de haut quand on voit la facilité avec laquelle on pouvait à cette époque, se procurer des armes de guerre, fussent-elles réformées...
Concernant les baïonnettes, ce qui est étonnant si l'on a affaire à un club de tir ou autre, ce sont toutes ces baïonnettes qui franchement n'ont aucun intérêt pour des tireurs civils.
Par contre on pourrait penser à une sorte de préparation militaire qui concernerait donc des civils, mais plus en âge pour la conscription, une réserve civile en quelque sorte.
Ou bien encore des sortes de milices peut-être, en existait-il à cette époque ?
Cordialement
Joel
ad augusta per angusta
alban
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Bonsoir !

Merci à tous pour vos avis qui me permettent d'y voir plus clair !

Je suis allé à la pêche aux photos sur D* et j'ai trouvé de quoi illustrer le débat...

Donner des armes à des enfants pour une pré-instruction militaire : je valide !
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Se mettre sur son 31 pour tirer sur une cible (et surtout pour pauser devant le photographe) : c'est possible !
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Et enfin mettre une baïonnette à son fusil pour participer à un concours de tir (qu'on arrose au champagne) : rien de choquant pour l'époque !
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Encore merci pour votre participation à ce débat !

Cordialement

Alban
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pave27
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Bonjour
Alban : vos recherches sont judicieuses et votre commentaire cible trois remarques :
1/ L’usage des baïonnettes pour les sociétés de tir : l’achat de baïonnettes par les sociétés de tir vous étonnait, mais c’est pourtant logique. Ce sont principalement les sociétés de tir (et de gymnastique) qui se chargeaient au sein des écoles, d’enseigner aux jeunes garçons « la préparation militaire » : soit le tir (et la gymnastique). L’une des disciplines était l’escrime à la baïonnette et pour cela, il fallait bien une baïonnette au bout d’un fusil. Mais rassurez-vous, elles étaient alors épointées.
2/ Une préparation militaire pour des civils : cela existait déjà au sein de l’Armée et s’appelait le rappel des classes annuel. C’est-à-dire des périodes variant de 1 à 3 semaines généralement, destinées aux réservistes et aux territoriaux. Elles étaient effectuées, en uniforme, dans les casernements et camps militaires concernés. Mais quasiment jamais au mois d’août à cause des récoltes qui retenaient toute la famille aux champs. Or votre photo est datée d’août 1882. Ces périodes militaires devaient suffire amplement aux intéressés, sans avoir à en ajouter d’autres civiles…
3/ Les milices : possible. Il en a existé, mais elles étaient encadrées et réglementées. Les citoyens retenus portaient généralement un brassard ad hoc. Ce brassard (tamponné) était à retirer avant la ronde auprès de la gendarmerie ou du commissariat et devait être remis après chaque sortie afin d’éviter que des petits malins tentent de le conserver et de se faire passer pour membre d’une milice.
J’ajoute à vos compléments iconographiques le document ci-dessous «Fête de la distribution des prix de la société de tir – 19 août 1903». Chacun pourra constater : foule, tireurs, clairons et tambours. Là aussi, tout le monde s’est fait chic afin de participer à cette fête estivale qui se déroule cette année là (si la date est exacte), un mercredi. On voit quelques gendarmes au milieu du cortège.
PS : La scène doit être à des années lumière de ce que serait une remise de prix (si cela existe) dans un club de tir de 2018 !!
Cordialement
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bestel74
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Enregistré le : dim. 11 nov. 2018 18:48

Bonsoir à tous,

Ce sujet est très intéressant, du coup je me suis inscrit afin de pouvoir rajouter mon petit grain de sel.
Je ne connais pas ce modèle en particulier de fusil, mais je peux apporter un peu de mes connaissances sur le tir sportif :

Il faut savoir déjà que sur certains fusils, les baïonnettes sont quelque fois très dur à enlever sans outils, on peut donc imaginer que c'était le cas sur ce modèle.
Des fois, il ne faut pas chercher plus loin.

Ce qui est sûr par contre c'est qu'enlever ou mettre une baïonnette change considérablement la précision d'un fusil, au point de devoir régler le viseur (plusieurs dizaines de centimètres à 100m !!)
Sur certains modèle enlever la baïonnette améliore le groupement, des fois c'est l'inverse.
On peut donc imaginer que sur ce modèle la précision était amélioré, et que cela devait être connu des tireurs :twisted:

Pour ce qui est de la liberté de posséder une arme (voir une arme de guerre), il faudrait demander à un historien, mais ne croyez pas que la situation actuelle a toujours été vrai.
Sans parler des armes de chasses, les armes n'étaient pas aussi mal vu qu'aujourd'hui, et pratiquer le tir sportif était bien mieux accepté, voir valorisé !

Aujourd'hui encore, il n'est pas très compliqué de posséder de tels armes, la seule limitation sera la capacité des chargeurs et l'impossibilité de tirer en rafales.
Je ne parlerai même pas des armes "poudre noire" qui sont encore en vente libre (+18 ans) :shock:


Voilà, merci de m'avoir lu ;)
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