Château d'Alleuze : fief de Mérigot Marchés.

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JeanMarc
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Château d'Alleuze : fief de Mérigot Marchés.

Message par JeanMarc »

Château d'Alleuze : fief de Mérigot Marchés, pilleur, rançonneur de renom en Auvergne...

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Château du XIVè siècle, démoli en 1405, puis reconstruit en 1411, il est, avec les siècles et les diverses guerres, revenu à son état de ruine qu'il conserve toujours aujourd'hui.
Le célèbre chroniqueur Froissart, et plus tard, nombre d'historiens ont fait de ce château un des repaires d'un certain Mérigot Marchés ou Marchez (Froissart le nomme Aymérigot-Marcel, fautivement), chef de bande et seigneur de la Roche-Vendeix

Nous sommes sous Charles V (1338-1380), puis Charles VI, en pleine guerre de Cent Ans.
Mérigot Marchés est et fils aîné d'Aymeri Marchés, chevalier limousin et de Marguerite d'Ussel.

Durant les années d'échauffourées franco-anglaise, de nombreuses bandes de pillards et brigands se sont formées, profitant des hostilités pour guerroyer à leur compte, et, malgré la trève signée en 1364, les brigandages et pillages se perpétuent.

Ainsi le fameux breton Geoffroy Tête-Noire, aidé de son "armée", dont fait partie Mérigot Marchès, s'approprie le château de Mont-Ventadour, près d'Aigue-Perse en Auvergne. Puis suivent nombre de châteaux en Auvergne, en Rouergue, en Limousin, en Quercin, en Givauddan, en Bigorre et en Agénois.

Mérigot Marchès, "travaillant" maintenant à son propre compte, s'approprie le Châtel du Vallon, par «échellement» Froissart décrit subtilement ce qu'un journaliste d'aujourd'hui nommerait une prise d'otages :
« et quand Mérigot fut dedans (après l'échellement), le capitaine (le seigneur du château du Vallon) dormoit en une grosse tour, laquelle n'étoit mie à prendre de force. Adonc s'avisa Mérigot d'un subtil tour ; car il tenoit le père et la mère du capitaine : si les fit venir devant la tour, et fit semblant qu'il les feroit décoler si leur fils ne rendoit la tour. Les bonnes gens doutoient la mort ; si dirent à leur fils qu'il eût pitié d'eux ou autrement ils étoient morts. Si pleuroient tous deux moult tendrement. L'écuyer se rattendry grandement, et n'eût jamais vu son père ni sa mère mourir, si rendit la tour ; et on les bouta hors du châtel. »

La prise d'Alleuze n'en est pas moins savoureuse sous la plume de Froissart (Alleuze est orthographié Aloise par le chroniqueur) :
« Mérigot Marchès chevauchoit une fois, lui douzième tant seulement, à l'aventure ; et prit son chemin pour venir à Aloise de-les-Saint-Flour, qui est un beau château de l'évéché de Clermont. Bien savoit que le châtel n'étoit point gardé, fors du portier tant seulement. Ainsi qu'ils chevauchoient à la couverte devant Aloise, Mérigot regarda et vit que le portier séoit sur une tronche de bois en dehors du châtel. Adonc dit un Breton qui savoit trop bien jouer de l'arbalétre :
« Voulez-vous que je vous le rende tout mort du premier coup ? »
« Oil, dit Mérigot, je t'en prie. »
Cil arbalétrier entoise et trait un carreau, et assenne le portier de droite visée en la tête et lui embarre tout dedans. Le portier qui étoit navré à mort, quand il se sentit féru, rentra en la porte et cuida refermer le guichet, mais il ne le put, car il chut là tout mort. Mérigot et ses compagnons se hâtèrent et entrèrent dedans : si trouvèrent le portier tout mort et sa femme de-lez lui tout effréée, à laquelle ils ne firent nul mal, mais ils lui demandèrent où le châtelain étoit. Elle répondit que il étoit à Clermont. Les compagnons assurèrent la femme de sa vie, afin qu'elle leur baillât les clefs du châtel et de la maîtresse tour. Elle le fit, car elle n'avoît point de défense ; et puis la mirent hors, et lui rendirent toutes ses choses, voire ce que porter en put : si s'en vint à Saint-Flour, à une lieue de là. »


La prise de possession de ces domaines entraîne bien entendu, le pillage et rançonnage en règle de toute la région avoisinante. Il continue de squatter la région : le château de Beaudeduit, le bourg de Saint-Nicolas-les-Oreil, la châtellenie de Pont-Saint-Léonard de Noilhac...
Ayant cédé, par on ne sait quelle tractation, la forteresse d'Alleuze au comte d'Armagnac, il se replie au château de la Roche Vendeix, qu'il transforme en fortin.
Mérigot se marie vers l'année 1388 avec Mariote, dont il n'aura pas d'enfant.
Les exactions de Mérigot Marchès ne laissent bien entendu, pas indifférents les autorités du royaume, aussi Charles VI charge-t-il Robert de Béthune, vicomte de Meaux, de s'emparer de Vendeix, de détruire la forteresse, et enfin, de se saisir de la personne de Mérigot Marchés. Celui-ci décide alors d'aller demander des troupes de renfort au duc de Lancastre afin de prendre à revers l'armée du vicomte de Meaux venue l'assiéger à Vendeix. Il confie donc la Roche-Vendeix à son oncle Guyot d'Ussel, qui va tenir douze jours le siège, avant que la forteresse ne soit détruite et rasée.

Mérigot Marchès, totalement isolé, trouve alors refuge chez un cousin germain d'Auvergne, Jean, sire de Tournemire, qui comme lui, avait brigandé pendant de nombreuses années.
Aussi, Tournemire, dans le but de se racheter une conduite à bon compte, prend contact avec le duc de Berry, lieutenant du roi en Auvergne, et fait fortement enchaîner son cousin Mérigot Marchés.

En date du 9 avril 1391, un traité est ainsi passé entre Jean de Tournemire et Jean de Blaisy, représentant de Charles VI :
— Toutes les pilleries et crimes du sire Tournemire sont pardonnés ;
— Le sire de Tournemire prie le roi de vouloir bien le retenir comme écuyer d'écurie.
— Une somme de trois mille francs d'or doit lui être versée incontinent.
— A la Saint Michel, une somme de quatre mille francs doit compléter la somme totale de sept mille francs.

Le 28 mai 1391, le sénéchal d'Auvergne, Pons de Langeac, dit Ponchon, vient prendre livraison de Mérigot, qui, après 25 jours de bonne escorte, l'incarcère à la Bastille.
Le 9 juillet, il est transféré au Châtelet, où son compte est vite réglé ; après un long interrogatoire et un arrêt motivé, il est exposé au pilori des Halles, le 12 juillet, pendant qu'on lit la liste de ses crimes.
On lui tranche la tête, et son corps est coupé en quartiers qui sont exposés aux quatre principales portes de Paris...

Jean-Marc

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sources :
L'Annonciateur (Limoges) 11/2/1836
Bulletin de la Société archéologique et historique du Limousin 1848
Bibliothèque de l'Ecole des Chartes 1892
Jean Froissart (vers 1337-1404) Chroniques
Classement : 26.32%
 

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