Saint-Servan - Châteaux
Posté : mar. 12 sept. 2023 08:55
Série de cartes postales anciennes des Châteaux de Saint-Servan (Ille-et-Vilaine, 35).
4802 - Saint-Servan - Le Château de la Briantais – G.F.
Collection Guérin, Saint-Malo
Situé sur la commune de Saint-Servan, le domaine de la Briantais domine la Rance, précisément en face du futur barrage de l’usine marémotrice de la Rance qui, en 1966, reliera la Pointe de la Brebis de la Richardais à la Pointe de la Briantais.
C’est le riche négociant Michel Picot, seigneur de Premenil (1715-1788) qui en a fait l’acquisition vers 1750, alors qu’il ne comporte, à l’époque qu’une simple maison de villégiature estivale ; le domaine avait préalablement appartenu à Henri Poitevin, seigneur des Ormes (1668-1740), autre négociant malouin fortuné. Ayant cédé en 1747 sa « baronnie de Renac » qu’il avait achetée quinze ans auparavant pour 200.000 livres, c’est très certainement grâce à cette cession que Michel Picot décide d’édifier un premier château sur la Briantais (vingt mètres de long sur sept de profondeur, doté d’un étage), où il s’installe définitivement en 1760 avec Servanne Angélique Charlotte Locquet (1721-1797) qu’il avait épousée le 3 mars 1744 à Saint-Malo.
Lors de la révolution, le domaine de la Briantais est vendu comme bien national et racheté en 1803 par l’armateur Jacques-Wulfren Ethéart (ou Jacques-Wulfreus ou Wulfram Ethéard), né le 12 mai 1743 à Gamaches dans la Somme, marié à Saint-Malo le 22 juin 1773 avec Marie Alexandrine Mallet (1750-1824).
Suite à de mauvaises affaires, Ethéart voit les scellés apposés, le 25 juin 1811, sur son Hôtel des Deux-Siciles situé au n°31 rue de Richelieu à Paris dans le 2e arrt. Il se voit contraint de céder la Briantais qui est rachetée, en 1811, par le négociant et armateur malouin Francois-René-Hervé Fontan (1761-1826), époux, depuis 1790, de Françoise Jeanne Beauchef (1771-1830).
En 1818, le domaine passe aux mains de l’officier d’infanterie réunionnais (l’Ile Bourbon à cette date) Charles-Joseph Périer d’Hauterive (1761-1829), marié en 1784 avec Euphrasie-Perrine Moy de Lacroix de Boisbrun (1762-1843).
Il faut attendre 1846 pour que la succession des Périer d’Hauterive soit réglée : la Briantais est alors achetée par le député de l’Ile Bourbon Jacques Sully-Brunet (1794-1858), marié le 14 novembre 1821 avec Marie Françoise Félicité Boussu (1790-1877) ; celui-ci décide alors de laisser à l’abandon la première construction « briantaise » et de faire édifier un vaste Château sur la terrasse supérieure du jardin, lequel sera achevé au cours des années 1850.
En 1865, son fils, Jacques-Eugène Sully-Brunet (1823-1885), marié avec Amélie Stéphanie Marie Larsonnier, revend le domaine de la Briantais et son nouveau Château, à son beau-père Jean Gustave Larsonnier (1812-1888) et à son épouse Félicité Sophie Beaucourt (1810-1887) ; Larsonnier tenait, depuis 1840, une usine pour la filature et le tissage de la laine au n°23 rue des Jeuneurs à Paris, et une seconde, installée à Guise dans l’Aisne.
Au décès de Larsonnier en 1888, la Briantais est achetée par Charles-Émile La Chambre (1816-1907), armateur malouin et négociant-importateur du guano péruvien, devenu député en 1876. En 1855, La Chambre avait épousé en premières noces Clémence Marie Françoise Mouquet (1835-1864), avant de se remarier en 1873 avec la sœur de celle-ci, Adrienne Félicité Sophie Mouquet (1837-1907).
Le domaine de la Briantais revient ensuite au fils La Chambre, Charles-Auguste, également député, lequel fait exécuter de gros travaux d’agrandissement et d’aménagement au château qui prend la forme définitive qu’il a actuellement. Charles-Auguste La Chambre (1861-1937) s’était marié en 1896 avec Adélaïde Charlotte Marguerite de Chabaud la Tour (1873-1931).
Leur fils Guy Charles Clément François La Chambre (1898-1975), héritier du Domaine, sera maire de Saint-Servan de 1932 à 1940 puis de Saint-Malo de 1947 à 1965 et plusieurs fois ministre.
Le mariage de Guy La Chambre fera grand bruit à la une des journaux le 22 avril 1938 : il aura attendu le décès de ses parents pour épouser l’artiste lyrique connue sous le nom de Cora Madou, alias Jeanne Baptistine Odaglia (1891-1971) ; celle-ci, venant de Marseille, avait commencé sa carrière en 1919 à Paris au Ba-Ta-Clan, dans une revue intitulée La Rouille, puis s’était produite en 1920 dans quelques cabarets, notamment à La Gaîté-Rochechouart et à la Pie-qui-chante, avant de se faire engager, dès 1921, par Alfred Nilson Fysher (1872-1931) dans son cabaret Chez Fysher du n°21 rue d’Antin (transféré rue Fontaine le 17 septembre 1930), où elle interprétera les nombreuses chansons du répertoire de Vincent Scotto dont elle était la compagne. Après le décès de Fysher, Cora Madou continuera sa carrière de chanteuse, réclamée par tous les cabarets et music-halls, poussant la chansonnette même au poste de la T.S.F…
Mariage de Guy la chambre avec Cora Madou - Portrait de Cora Madou
En 1975 Guy La Chambre, décédé sans descendance, lègue le domaine de la Briantais au diocèse qui le cèdera à la ville de Saint-Malo en 1998.
Aujourd’hui le parc de la Briantais d’une superficie de 27 hectares est ouvert au public, tandis que le Château est visitable lors d’expositions et manifestations temporaires.
4802 - Saint-Servan - Le Château de la Briantais – G.F.
Collection Guérin, Saint-Malo
Situé sur la commune de Saint-Servan, le domaine de la Briantais domine la Rance, précisément en face du futur barrage de l’usine marémotrice de la Rance qui, en 1966, reliera la Pointe de la Brebis de la Richardais à la Pointe de la Briantais.
C’est le riche négociant Michel Picot, seigneur de Premenil (1715-1788) qui en a fait l’acquisition vers 1750, alors qu’il ne comporte, à l’époque qu’une simple maison de villégiature estivale ; le domaine avait préalablement appartenu à Henri Poitevin, seigneur des Ormes (1668-1740), autre négociant malouin fortuné. Ayant cédé en 1747 sa « baronnie de Renac » qu’il avait achetée quinze ans auparavant pour 200.000 livres, c’est très certainement grâce à cette cession que Michel Picot décide d’édifier un premier château sur la Briantais (vingt mètres de long sur sept de profondeur, doté d’un étage), où il s’installe définitivement en 1760 avec Servanne Angélique Charlotte Locquet (1721-1797) qu’il avait épousée le 3 mars 1744 à Saint-Malo.
Lors de la révolution, le domaine de la Briantais est vendu comme bien national et racheté en 1803 par l’armateur Jacques-Wulfren Ethéart (ou Jacques-Wulfreus ou Wulfram Ethéard), né le 12 mai 1743 à Gamaches dans la Somme, marié à Saint-Malo le 22 juin 1773 avec Marie Alexandrine Mallet (1750-1824).
Suite à de mauvaises affaires, Ethéart voit les scellés apposés, le 25 juin 1811, sur son Hôtel des Deux-Siciles situé au n°31 rue de Richelieu à Paris dans le 2e arrt. Il se voit contraint de céder la Briantais qui est rachetée, en 1811, par le négociant et armateur malouin Francois-René-Hervé Fontan (1761-1826), époux, depuis 1790, de Françoise Jeanne Beauchef (1771-1830).
En 1818, le domaine passe aux mains de l’officier d’infanterie réunionnais (l’Ile Bourbon à cette date) Charles-Joseph Périer d’Hauterive (1761-1829), marié en 1784 avec Euphrasie-Perrine Moy de Lacroix de Boisbrun (1762-1843).
Il faut attendre 1846 pour que la succession des Périer d’Hauterive soit réglée : la Briantais est alors achetée par le député de l’Ile Bourbon Jacques Sully-Brunet (1794-1858), marié le 14 novembre 1821 avec Marie Françoise Félicité Boussu (1790-1877) ; celui-ci décide alors de laisser à l’abandon la première construction « briantaise » et de faire édifier un vaste Château sur la terrasse supérieure du jardin, lequel sera achevé au cours des années 1850.
En 1865, son fils, Jacques-Eugène Sully-Brunet (1823-1885), marié avec Amélie Stéphanie Marie Larsonnier, revend le domaine de la Briantais et son nouveau Château, à son beau-père Jean Gustave Larsonnier (1812-1888) et à son épouse Félicité Sophie Beaucourt (1810-1887) ; Larsonnier tenait, depuis 1840, une usine pour la filature et le tissage de la laine au n°23 rue des Jeuneurs à Paris, et une seconde, installée à Guise dans l’Aisne.
Au décès de Larsonnier en 1888, la Briantais est achetée par Charles-Émile La Chambre (1816-1907), armateur malouin et négociant-importateur du guano péruvien, devenu député en 1876. En 1855, La Chambre avait épousé en premières noces Clémence Marie Françoise Mouquet (1835-1864), avant de se remarier en 1873 avec la sœur de celle-ci, Adrienne Félicité Sophie Mouquet (1837-1907).
Le domaine de la Briantais revient ensuite au fils La Chambre, Charles-Auguste, également député, lequel fait exécuter de gros travaux d’agrandissement et d’aménagement au château qui prend la forme définitive qu’il a actuellement. Charles-Auguste La Chambre (1861-1937) s’était marié en 1896 avec Adélaïde Charlotte Marguerite de Chabaud la Tour (1873-1931).
Leur fils Guy Charles Clément François La Chambre (1898-1975), héritier du Domaine, sera maire de Saint-Servan de 1932 à 1940 puis de Saint-Malo de 1947 à 1965 et plusieurs fois ministre.
Le mariage de Guy La Chambre fera grand bruit à la une des journaux le 22 avril 1938 : il aura attendu le décès de ses parents pour épouser l’artiste lyrique connue sous le nom de Cora Madou, alias Jeanne Baptistine Odaglia (1891-1971) ; celle-ci, venant de Marseille, avait commencé sa carrière en 1919 à Paris au Ba-Ta-Clan, dans une revue intitulée La Rouille, puis s’était produite en 1920 dans quelques cabarets, notamment à La Gaîté-Rochechouart et à la Pie-qui-chante, avant de se faire engager, dès 1921, par Alfred Nilson Fysher (1872-1931) dans son cabaret Chez Fysher du n°21 rue d’Antin (transféré rue Fontaine le 17 septembre 1930), où elle interprétera les nombreuses chansons du répertoire de Vincent Scotto dont elle était la compagne. Après le décès de Fysher, Cora Madou continuera sa carrière de chanteuse, réclamée par tous les cabarets et music-halls, poussant la chansonnette même au poste de la T.S.F…
Mariage de Guy la chambre avec Cora Madou - Portrait de Cora Madou
En 1975 Guy La Chambre, décédé sans descendance, lègue le domaine de la Briantais au diocèse qui le cèdera à la ville de Saint-Malo en 1998.
Aujourd’hui le parc de la Briantais d’une superficie de 27 hectares est ouvert au public, tandis que le Château est visitable lors d’expositions et manifestations temporaires.
