Funiculaire de Belleville

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JeanMarc
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Le Funiculaire de Belleville et la Compagnie Générale des Omnibus.

En complément des précieuses informations rapportées par Dominique et Cartoparis sur le sujet du funiculaire de Belleville, je voudrais apporter un petit plus !

Rappelons tout d'abord que la Compagnie Générale des Omnibus (CGO) règne en maître sur les transports publics collectifs de la capitale, ayant l'exclusivité de ceux-ci de par une concession impériale obtenue en 1855, puis par le traité du 18 juin 1860 avec la Ville de Paris, étendu le 21 juillet 1877 aux voitures et tramways.
Cette concession a bien entendu une contrepartie : la CGO doit s'acquitter d'un droit de stationnement sur la voirie municipale.
Aussi, lorsqu'il est projeté de créer le funiculaire, la CGO, forte de son monopole, pense obtenir l'exploitation de celui-ci. Mais le Conseil Municipal ne l'entend pas de cette oreille, en raison des manquements de la CGO qui est accusée, entre autre, de négliger la population en refusant de créer des nouvelles lignes, moins rentables, car excentrées.
En juillet 1888, le Conseil Municipal vote un crédit d'un million de francs pour la réalisation du funiculaire et les acquisitions foncières y relatives, afin d'empêcher la CGO d'intégrer cette nouvelle ligne à son réseau.
Bien entendu, la CGO porte cette affaire devant le Conseil d'Etat qui lui donne raison en 1889.
Afin de détourner cette décision, le Conseil Municipal a l'idée de désigner le funiculaire comme un "chemin de fer d'intérêt local", ce qui a pour conséquence d'éliminer la CGO, titulaire uniquement de l'exploitation des omnibus et tramways, les chemins de fer étant, pour la banlieue, sous la coupe du département de la Seine.
C'est ainsi que le funiculaire est alors attribué, en partenariat, à la Compagnie du tramway funiculaire de Belleville, dirigée par Louis Victor Fournier, ingénieur ayant conçu le système français du funiculaire.
Cet acharnement du Conseil Municipal à briser le monopole de la CGO aura, dans le futur, des répercussions très importantes quant à la gestion des transports municipaux et du service public auquel il est attaché.

Le funiculaire obtient un immense succès, et, avant qu'il ne soit concurrencé par le métropolitain, il ne transporte pas moins de 5 millions de voyageurs par an, devenant, trois décennies durant, un symbole Bellevillois.

Bien Cordialement
Jean-Marc
(à suivre peut-être)


Lien vers sujet illustré du Funiculaire de Belleville - Paris XIX :
paris-funiculaire-de-belleville-t549.html
Lien vers Affaire du Tramway Funiculaire de Belleville, dire de la Compagnie Générale des Omnibus de Paris, annexé au Registre d'Enquête (publié en 1889) :
https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k1025044f
(où la CGO démontre avec force et par tous moyens l'ineptie du projet !...)


Certains détracteurs ont même débaptisé le projet de Funiculaire en lui attribuant le "doux" mot-valise "fumistulaire" !
Pose de la voie du funiculaire rue de Belleville (Le Monde Illustré 1890)
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Illustration du système de câble du funiculaire de Belleville (Le Monde Illustré 1890)
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Coupe transversale de la voie du funiculaire (Le Monde Illustré 1890)
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Funiculaire de Belleville
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Modifié en dernier par JeanMarc le sam. 1 févr. 2014 06:23, modifié 1 fois.
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dominique1594

Merci à Jean-Marc pour ce très instructif article. On trouve, sur Gallica, quantité d'articles de journaux, de délibérations du Conseil Municipal et d'autres instances de la Ville de Paris qui détaillent ce fameux combat pour le funiculaire !
On trouve aussi un certain nombre d'articles plus techniques, dont voici quelques références :

Revue La Nature
L'année Scientifique et Industrielle
Notice sur le Tramway funiculaire de Belleville
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JeanMarc
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Des enquêtes magistralement menées suite aux accidents du funiculaire !

A l'instar de tous moyens de transport, le funiculaire n'est pas exempt d'incidents ou d'accidents. Deux, relativement importants, ont marqué les esprits : l'un, survenu le 6 janvier 1906, dû à une rupture du câble, fait 17 blessés ; lors du second, le 23 janvier 1914, le câble se rompt également et le funiculaire dévale la rue du Faubourg du Temple jusqu'à la place de la République, blessant au passage 14 personnes.
La verve et la causticité des journalistes de ce début de siècle n'est pas de reste, et comme tous faits divers de cette période, aucun détail n'échappe à la sagacité de ces "Rouletabille", les blessures sont détaillées, les faits décortiqués et le pedigree complet des victimes est rapporté, nom-prénom-âge-profession-adresse, une mine d'or pour les statisticiens ! Ca, c'est de l'info !
Et si le nom d'un intervenant ne peut être obtenu, on va le baptiser joyeusement du doux nom de "Cocu" !
Alors, au vu de cette truculence et de la minutie dans le détail dont font preuve ces reporters, ne gâchons pas notre plaisir, et reproduisons intégralement une de ces enquêtes !

23 janvier 1914
Il était exactement 4h.45 (de l'après-midi), un "couple" c'est-à-dire un train de deux voitures, remontait la rue du Faubourg du Temple. Ce couple venait de dépasser le garage Saint-Maur lorsque le wattman Cocu (sic), qui le conduisait, aperçut, venant en sens contraire, un autre couple dont le conducteur faisait des signaux désespérés.
Ce couple descendant, conduit par le chauffeur Belloc, ne pouvait s'arrêter pour une raison que l'on connut un peu plus tard. Comme la ligne, sauf aux garages, est à voie unique, une collision était inévitable.
Le wattman Cocu sauta à terre, ainsi que le receveur. Les deux couples entrèrent presque aussitôt en collision et tous deux descendirent la rue du Faubourg-du-Temple.
Mais le receveur s'était porté à l'un des postes avertisseurs de la ligne et avait sonné. Aussitôt, le câble avait cessé de fonctionner et les voitures de Belloc s'étaient arrêtées en même temps au garage Saint-Maur.
Quant aux voitures que conduisait Cocu, n'ayant point les freins bloqués et ayant perdu leur wattman, elles redescendirent à une vitesse effrayante, fauchant tout sur leur parcours.
De tous côtés partirent alors des cris d'effroi. En un instant, la rue fut déserte, mais, au carrefour, des chocs inévitables se produisirent.
Trois voitures, un autre couple et un autobus tamponnés. Le couple bolide se jeta d'abord dans une voiture à bras qui fit une embardée terrible. Le conducteur de la voiturette en fut quitte pour une forte commotion, mais sa voiture fut projetée sur un passant, Georges Tiller, 80, boulevard du Temple, qui eut le pouce de la main gauche cassé.
Une deuxième voiture fut culbutée, puis une troisième le couple vint ensuite tamponner un troisième couple qui montait et dont le conducteur Tilleul sauta également à terre. Enfin, devant le numéro 16, le bolide vint heurter un autobus Belleville-Gare d'Orsay, dont le conducteur Botron, 5, impasse Montferrat, fut violemment contusionné, La course tragique était terminée. Chacun était revenu de sa frayeur. On s'était précipité vers les voitures où se trouvaient de nombreux blessés. Ceux-ci furent transportés dans les pharmacies voisines et la rue peu à peu s'emplit de curieux.
Soudain une immense clameur s'éleva du haut de la rue du Faubourg-du-Temple.
" Gare, gare, Attention ! "
On se rangea juste à temps pour laisser passer le premier couple qui, s'était arrêté au garage de la rue Saint-Maur, et dont l'arrivée si inattendue demeurait inexpliquée. Du reste, cette fois-ci, il n'y eut pas d'accident, mais tous les trains furent refoulés, avec fracas, par le dernier, jusqu'au garage de la place de la République,

Les blessés. — Cette seconde alerte passée, on put de nouveau s'occuper des blessés. Ils étaient nombreux, mais aucun n'avait été grièvement atteint. Tous purent regagner leur domicile, après avoir été pansés à l'hôpital Saint-Louis ou dans diverses pharmacies. Voici leurs noms :
Mmes Eugénie Fichot, 46, rue Saint-Merri
Dejou, couturière, 14, rue Bichat
Polet, 11, rue des Lilas
Sastre, 22, rue des Vertus
Tozolli 11, rue Rampal
MM. Desnoyers, 13, rue de Venise
Georges Dufort, 47, rue Simon-le-Franc
Louis Berne, 38, rue Henri-Chevreau
Thébaud, 38, rue Henri-Chevreau
Georges Tellier
Edouard Sellerin, 88, rue du Temple
Louis Botron, conducteur de l'autobus tamponné
Démosthène Derbier, 12, passage Bouthardy,
et enfin M. Fribourg, ancien conseiller municipal, 40, boulevard de Reuilly, qui fut blessé aux jambes.

Les causes de l'accident. — Aussitôt après l'accident, MM. Faralicq, officier de paix du onzième arrondissement, Joltrain, inspecteur général de la circulation, et M. Giraud, ingénieur attaché au cabinet du préfet de police, s'étaient rendus sur les lieux pour procéder à une première enquête. Cette enquête a donné les résultats suivants, qui nous ont été confirmés en ces termes par le directeur de la Société du funiculaire :

" Le couple conduit par Belloc était entraîné malgré les efforts de son wattman par suite d'un accident survenu au câble. Un des torons de celui-ci s'était en partie défait sur une longueur de près de cinq cents mètres et s'était enroulé autour de la pince qui relie le câble aux voitures. Lorsque la pince est ouverte, le câble n'adhère plus et la voiture n'est pas entraînée. La voiture marche dans le cas contraire. Mais Belloc ne pouvait pas arrêter ses voitures parce que le toron avait fortement attaché la pince au câble et le couple était contraint de descendre à son allure ordinaire.
Lorsqu'on eut sonné à l'un des postes échelonnés le long de la ligne, les voitures de Belloc s'arrêtèrent parce que cette sonnerie avait arrêté la marche du câble. Mais les voitures de Cocu ne purent que redescendre à toute allure, car leurs pinces s'étaient sans doute desserrées et leur frein n'avait pas été bloqué.
II n'y a pas d'autres causes à ce déplorable accident. Quant à la mise en marche, vingt minutes après l'accident, des voitures de Belloc, je ne puis l'imputer qu'à un gamin inconscient qui aura fait fonctionner la sonnerie du poste resté ouvert dans l'affolement.
Une première sonnerie, en effet, signifie l'arrêt; une deuxième indique le départ. "

M. Joltrain a insisté pour que ce système de sonnerie soit modifié il a promis de demander une récompense pour le chauffeur Belloc, dont le sang-froid ne s'est pas démenti un seul instant, ce qui ne fut pas le cas pour ses collègues.

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Pour faire bonne mesure, une seconde enquête, qui nous explique en prime, le fonctionnement détaillé du funiculaire depuis son départ du dépôt du 101 rue de Belleville, angle rue Mélingue. Des dizaines d'autres accidents foisonnent, relatés par tous les quotidiens, toujours sur le ton tragi-comique, et certainement lus avec "délectation" par bon nombre de bellevillois. Soulignons tout de même que le nombre d'accidents survenus paraît dérisoire, eu égard à la circulation intense qui régnait sur ces faubourgs populaires envahis par les voitures à bras, à chevaux, attelages divers, omnibus, piétons, vélos, croisements de tamways, le tout sans aucune signalisation automatique et avec une réglementation dérisoire.

6 janvier 1906
Un très grave accident s'est produit hier matin, à six heures, sur la ligne du funiculaire de Belleville. Un train composé de deux voitures s'est emballé et a déraillé, après avoir parcouru à une allure vertigineuse la distance qui sépare le point de départ, à l'église de Belleville, jusqu'au boulevard de la Villette.
Une vingtaine de personnes ont été plus ou moins grièvement blessées ; s'il était survenu à tout autre moment de la journée, alors que la circulation dans les rues parcourues par les voitures emballées est dans toute son intensité, cet accident aurait pu prendre les proportions d'une véritable catastrophe.

Pour comprendre comment l'accident a pu se produire, un mot d'explication est nécessaire.
Quelques détails techniques. — Un peu avant six heures, un chariot-pilote remorque hors du dépôt, qui est situé au numéro 101 de la rue de Belleville, les voitures désignées pour la circulation, et les amène au point terminus de la ligne, devant l'église. Là, les voyageurs prennent leurs places, tandis que les freins bloqués maintiennent les cars à l'arrêt. Au signal du contrôleur, le mécanicien débloque à moitié les freins, de manière à rester maître de la vitesse de sa voiture, qui se met à rouler tout naturellement sur la pente rapide. Revenu devant le dépôt, il stoppe pour embrayer le câble, puis repart dans la direction de la place de la République.

Chaque voiture est munie de trois freins : un frein à patin qui agit sur la roue, un frein à pédale qui agit sur le rail assez puissamment pour soulever le véhicule, et un frein installé à l'arrière. Les deux premiers sont à la disposition du mécanicien, le troisième est à la disposition du receveur.
Les deux voitures attelées, 4-14, qui devaient effectuer la première descente, avaient été amenées du dépôt jusqu'à l'église. Les freins avaient été bloqués à fond et une quarantaine de voyageurs venaient de prendre place dans les deux voitures, quand le receveur, Emile Perrot, donna le signal du départ.
Le mécanicien Paul Laurent, qui appartient depuis cinq ans à la Compagnie, mit ses voitures en marche, puis il bloqua à demi son premier frein, dit "frein à patin" ; il appuya ensuite sur le frein à pédales qui agit sur les roues, mais ce frein ne fonctionna pas plus que le premier.

Emballées. — Les voitures dévalèrent sur la pente à une allure inquiétante, et qui allait s'accélérant. Elles brûlèrent devant le dépôt, l'arrêt prévu pour l'embrayage du câble ; puis, traversant la rue Bolivar, elles s'élancèrent vers la place de la République. Voyant que le mécanicien ne pouvait plus maîtriser cet élan à l'aide de ses deux freins, le receveur Perrot manœuvra le frein de secours à l'arrière ; il était trop tard ; la vitesse acquise était telle que le frein de secours resta impuissant. Perrot se précipita entre les deux parties du convoi, afin de tirer la chaîne qui actionne un des freins d'avant ; malheureusement, il perdit l'équilibre, et fut précipité à terre, se blessant profondément aux mains et aux jambes.

De son côté, le mécanicien ouvrait la porte qui le séparait du premier compartiment et criait aux voyageurs : "Ne bougez pas ; il n'y a pas de danger !" Mais ce sage conseil ne fut pas entendu des voyageurs de la seconde voiture, où l'affolement était à son comble.
Tous s'étaient levés et poussaient des cris de terreur ; de distance en distance, on en voyait qui se penchaient, sautaient à terre, et allaient violemment rouler sur le pavé, où ils restaient étendus, tandis que le train emballé passait comme un bolide devant les rues Rebeval, Piat, Julien-Lacroix, Rampal, de Tourtille, le passage Lauzin, les rues Vincent, Denoyez, l'allée des Faucheux, débouchait sur le boulevard de la Villette, où la pente se relève, et là, déraillait et s'arrêtait au beau milieu de la chaussée. Le mécanicien et les voyageurs du premier compartiment descendaient alors : ils en étaient tous quittes pour une peur terrible.

Après l'accident. — De tous les côtés, on se précipitait au secours des blessés que le bolide avait semés sur sa route, et dont beaucoup étaient restés évanouis sous la violence du choc ; on les transportait dans les pharmacies voisines, où ils recevaient les premiers soins.
Après l'accident, M. Votez, directeur de la Compagnie, et M. Pibeau, chef du dépôt, sont arrivés sur le boulevard de la Villette avec une équipe d'ajusteurs, ont fait replacer la voiture sur les rails, pris la place du mécanicien, et conduit le car d'abord jusqu'à la place de la République, et. ensuite jusqu'au dépôt. Le véhicule est ainsi rentré par ses propres moyens.
A onze heures, l'inspecteur du contrôle de la préfecture de police et les ingénieurs de la Compagnie ont fait ressortir la voiture dans la rue de Belleville. Ils ont constaté qu'elle n'avait subi aucune avarie sérieuse : deux carreaux ont été cassés. Quant au frein qui agit sur rail il était faussé.

Les blessés. — Une vingtaine de personnes ont été blessées dans cet accident. Quelques-unes, après avoir été pansées dans une pharmacie, ont pu regagner seules leur domicile.
Voici les noms des blessés :
MM. Victor Sakal, 18 ans, journalier, 347, rue des Pyrénées, contusions diverses;
Louis Thiébault, 36 ans, journalier, 4, rue des Mignottes, contusions à la jambe gauche;
Edouard Minute, 38 ans, sans profession, 37, rue de la Villette, contusions à la jambe gauche;
Alfred Cascaret, 47 ans, 4, avenue Taillade, blessures à la main et au genou;
Louis Delaporte, 70 ans, journalier, 152, rue de Belleville, contusions à la hanche gauche;
Lucien Maillard, 25 ans, employé de bureau, 56, rue du Pré-Saint-Gervais, blessures à la tête;
Edmond Gamaret, 48 a.ns, polisseur, 154, rue de Belleville, blessures aux jambes;
Emile Perrot, 35 ans, receveur du funiculaire, 9, rue Fontaine-aux-Roi, contusions multiples.
Ces blessés ont pu regagner directement leur domicile. Cinq autres ont été reconduits chez eux, après avoir été pansés à l'hôpital Saint-Louis, où ils avaient été transportés. Ce sont :
MM. Etienne Amat, 57 ans, mécanicien, 4, villa des Lilas;
Henri Deshayes, 40 ans, employé aux Grands-Magasins, 57, rue des Mignottes;
Vincent Rigolier, 38 ans, frotteur, 130, rue de Belleville;
Pierre Ingewich, 27 ans, garçon de bureau, 31, rue Levert;
Jules Collart, 55 ans, fort aux Halles, 14, rue des Lilas;

Enfin, cinq personnes plus grièvement atteintes, sont soignées à l'hôpital Saint-Louis, où elles ont été admises. Ce sont :
MM. César Boulay, 59 ans, garçon de magasin, 115, rue de Belleville, douleurs dans les reins et ébranlement cérébral ;
Pierre Prettard, 60 ans, scieur de bois, 41 rue du Pré-Saint-Gervais, plaie profonde à la tête ;
Auguste Ressy, 65 ans, nettoyeur de carreaux, 197, rue de Belleville, blessures au genou droit, à la main gauche, et contusion grave à la tête ;
Mme Nicodez, 49 ans, femme de ménage, 19, rue du Plateau, blessure grave à la tête,
Mme Amélie Bernard, 56 ans, ménagère, 19, rue du Plateau, crâne fracturé,
et M. Pierre Gilbert, 53 ans, cocher, 86, rue des Rigoles, crâne fracturé.
Bien que l'état de ces cinq blessés n'inspire pas d'inquiétude immédiate, leur état paraît assez grave.

La Compagnie du funiculaire de Belleville n'avait pas enregistré d'accident semblable depuis plus de quatorze ans ; le dernier, dans lequel deux voyageurs furent blessés, remonte au mois de décembre 1891

L'enquête. — M. Leydet a été chargé par le parquet de rechercher les causes de l'accident et d'établir les responsabilités. Il a commis M. Arnould comme expert.
S'étant rendu sur place, hier matin, il a procédé à certaines expériences, et c'est ainsi qu'il a été amené à se rendre compte, la voiture mise en marche, du bon fonctionnement des freins.
Cependant, le conducteur de la voiture n'en persiste pas moins à affirmer que, lorsqu'il a voulu en faire usage, ceux-ci n'ont pas fonctionné.

MM. Brousse, président du Conseil municipal, Mesureur, directeur de l'Assistance publique, Bernard, chef du cabinet du préfet de la. Seine, et Lépine, préfet de police, sont allés, visiter les blessés à l'hôpital Saint-Louis. Deux d'entre eux, Mme Nicodez et M. Pierre Gilbert, qui ont eu le crâne fracturé, sont dans un état comateux.
A la dernière heure, nous avons fait prendre des nouvelles ; on nous a répondu que leur état était stationnaire.
****
Le rapport de l'expert Arnould de mars 1906 va conclure à l'entière responsabilité du mécanicien Paul Laurent qui est poursuivi devant le tribunal correctionnel.
Le 26 mai 1906, devant la onzième chambre de ce tribunal, le receveur Perrot et le chef de station Woltzauer sont acquittés ; ils étaient poursuivis pour n'avoir pas vérifié, au départ, l'appareil à sable et le frein. Il n'en est pas de même du wattman Laurent qui est reconnu responsable. Mais à raison du sang-froid dont il a fait preuve, il n'est condamné qu'à 25 francs d'amende avec sursis...
Deux voyageurs blessés, parties civiles, obtiennent 500 francs de dommages-intéréts, à titre de provision...

Jean-Marc

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sources :
Journal Le Matin n°10924 du samedi 24 janvier 1914
Journal Le Temps du 10 janvier 1906 (n°16274)
Journal La Lanterne du 11/1/1906
Journal La Justice du 11/9/1891 (n°4258)
Journal hebdomadaire L'Attaque du 6/12/1891 au 13/12/1891
Le Temps 29 août 1903 (n°15414)
Journal La Justice 1/8/1907
Journal La Lanterne du 31/3/1906
Journal l'Aurore 27/5/1906 (n°3142)
Journal Le Temps du 28/5/1906

et bien entendu voir ICI
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