391 - Paris XVIIIe - Le Café-Concert de Trianon - Boulevard Rochechouart
P.P.C. Paris
Les bals dits de l’
Élysée Montmartre, se déroulant au
n°44 boulevard Rochechouart, à l’angle de la rue Virginie (devenue la rue de Steinkerque), sont signalés dans l’almanach des spectacles dès 1831.
Le terrain de ces jardins appartient à cette date à
Jean-Jacques Lambin (1790-1862) qui les tient de son épouse
Marie Orsel (1790-1826) avec qui il s’était marié à l’Église Saint-Roch le 8 juin 1815 ; Marie Orsel avait hérité de son père
Joseph Orsel (1744-1820), propriétaire d’une manufacture de quincaillerie dans les Ardennes, qui avait acquis à bon compte, grâce à la révolution, de nombreux terrains dépendant de l'abbaye de Montmartre saisis en tant que biens nationaux.
L’établissement de l’Élysée-Montmartre, quant à lui, est dirigé par la famille Serres depuis son origine. (1)
Originaire de Saint-Gaudens où son père était boulanger,
Jean-Baptiste François Serres (1803-1848) est restaurateur demeurant au n°22 boulevard Rochechouart, lorsqu’il se marie à Saint-Pierre de Montmartre, le 1er février 1834 avec
Marie Antoinette Fournier (1809-1861), parisienne née dans l’ancien 3e arrt.
Leurs cinq enfants naissent boulevard de Rochechouart (Adolphe Adrien Joachim en 1835, Reine Louise le 6 janvier 1838, Frédéric le 27 octobre 1839, Eugène le 21 mars 1841, Maria Antoinette le 17 octobre 1842)
Jean-Baptiste François Serres décède à 45 ans, le 3 mai 1848, au 44 boulevard Rochechouart.
La veuve Serres continue à gérer les bals de l’Élysée Montmartre et, le 28 février 1858, fait appel à l’architecte Stanislas Delalot (1825-1877) pour édifier un salon sur le terrain de l’établissement, décrit comme suit :
Sa surface est de mille mètres sans aucune colonne ; des galeries aériennes courent autour des murs et viennent s’arrêter à un vaste rocher destiné à porter l’orchestre ; des cascades, des plantations de toutes sortes ajoutent encore à la beauté féerique de ce monument ; un vaste chalet avec salle de jeux, un restaurant construit avec le confort le plus recherché.
L’inauguration de la nouvelle salle de bal et des bâtiments y attenants a lieu le 4 juillet 1858. L’opération coûtera 69.228,93 francs.
Le Bal ouvre tous les dimanches (1 franc l’entrée), mardis, jeudis et samedis (0,75 franc l’entrée)
Au décès de la veuve Serres survenu le 3 juin 1861, ses trois fils (Adrien, Frédéric et Eugène) prennent la direction de l’Élysée-Montmartre dont le bal sera dirigé par le compositeur et chef d’orchestre Olivier Métra (1830-1889).
En 1867,
Marie Reine Rameau acquiert l’Élysée Montmartre auprès des frères Serres.
Marie Reine Rameau (1815-1895), veuve de
Jean-Baptiste Roisin (1799-1857), est également propriétaire du café-concert à l’enseigne du Cheval-Blanc donnant sur le Faubourg Saint-Denis et sur le boulevard de Strasbourg.
L’année suivante, la numérotation du
boulevard Rochechouart est modifiée :
le n°44 devient le n°80.
L’Élysée Montmartre, dont les bals masqués sont toujours donnés avec l’orchestre dirigé par Olivier Métra, est de fait, géré par le fils de la veuve Roisin,
Frédéric Roisin (1843-1886). Hormis les bals, l’établissement organise ou accueille des concerts, des réunions et conférences politiques ou syndicales, etc…
En 1881 la veuve Roisin cède l’Élysée-Montmartre aux époux Armand-Desprez.
Jules Charles Armand-Desprez (1851-1928), né à Nîmes, a épousé le 28 janvier 1874 à Villers-Cotterets où il est limonadier,
Marie Sidonie Grégeois. Après avoir entièrement restauré l’établissement, Armand-Desprez procède à son inauguration le samedi 15 octobre 1881 avec un grand banquet offert à la presse.
L'Élysée Montmartre en 1845 - Plan de l'Élysée-Montmartre vers 1885
L’établissement fait recette puisqu’en 1892, Armand-Desprez devient en outre co-directeur du Casino de Paris, avec le marchand de vins, Louis Borney (1854-1911) ; et fortune-faisant, les deux compères Desprez-Bornay achèteront les Folies-Marigny en mars 1896.
En 1894, Armand-Desprez fait édifier, dans la partie ouest du jardin, une grande salle de café-concert, inaugurée le jeudi 17 mai 1894 sous le nom de
Concert-Trianon. L’entrée sur le boulevard est également modifiée : la vieille marquise est remplacée par une nouvelle, plus moderne, surmontée à son fronton par le nom de l’établissement inscrit en caractères monumentaux.
Quelques affiches du Concert-Trianon
En décembre1894, les journaux parisiens (La Gazette de France, l’Écho de Paris, Le Journal, Paris, Le Soir, Le Réveil, etc…) se font l’écho de la cession du Trianon Concert, publiée sur la Gazette du Palais du 12 décembre 1894 :
Suivant conventions verbales en date du 12 décembre 1894, M. et Mme Desprez, agissant solidairement, ont vendu à M. et Mme Léopold Marx, leur établissement sis à Paris 80 boulevard Rochechouart, connu sous le nom de Trianon-Concert (ancien Élysée-Montmartre). Entrée en jouissance le 1er janvier 1895. Ceux-ci créent à cet effet la société Marx et Cie, au capital de 150.000 francs pour une durée de 8 ans et 6 mois.
Apparemment, cette cession n’a pas été suivie d’effet, puisqu’en 1895 et 1896, Desprez est toujours propriétaire du Concert-Trianon, qu’il cède effectivement le 1er juillet 1897 à Albert Chauvin, administrateur de l’Odéon et fondateur, en 1888, du Pari mutuel dit « Système Chauvin ».
Albert Léopold Chauvin (1859-1927) né à Paray-le-Monial, a épousé à Bayonne le 23 décembre 1895,
Marguerite Dominica Bégué (1877-1962), dont le père, Jean-Baptiste Bégué est commis banquier à Bayonne ; sont témoin du mariage, Arnaud Détroyat, banquier à Bayonne et Victor Bernier, secrétaire du Jockey Club belge à Bruxelles.
Dès son acquisition, Chauvin charge l’architecte Édouard-Jean Niermans (1859-1928) de rénover et réaménager le Concert Trianon qui, trois ans plus tard disparait dans les flammes d’un incendie, le 18 février 1900.
L’établissement est reconstruit par l’architecte Joseph Cassien-Bernard (1848-1926), sur les instructions de Chauvin, et rouvre ses portes le 18 décembre 1902 en tant que théâtre, sous le nom de
Trianon-Théâtre.
En 1936, le théâtre reprend sa destination de music-hall avec l’égérie Yvette Guilbert, puis devient une salle de cinéma à partir de 1939, avant de redevenir une salle de spectacles en 1992.
Après le décès de Chauvin en 1927, l’établissement est devenu la propriété de sa fille
Madeleine Chauvin (1902-1988) et de son gendre
André Abraham Carrus (1898-1980), directeur du Paris Mutuel, et enfin des héritiers de ceux-ci…
(1) Lors d’un procès qui a lieu le 11 février 1861, reproduit dans la Gazette des Tribunaux du 14 février 1861, il est dit que l’Élysée-Montmartre est dirigé par la famille Serres depuis 54 ans !... affirmation forcément erronée puisque Serres est né à Saint-Gaudens le 6 mars 1803 (15 ventôse de l’an XI), et que son père, Laurent Serres, né en 1778 à Latoue, était boulanger à Saint-Gaudens et y est décédé le 9 février 1818.
Voir ICI ► Vue actuelle de cet emplacement

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