200 - Paris XIXe - Rue du Général Brunet – V.P.
Suite à la déconfiture, en 1879, du Marché aux Chevaux de la rue du Général Brunet que nous avons relatée
► ICI, cette voie reste déserte pendant dix ans jusqu’à ce que les terrains qui la bordent soient lotis petit à petit, notamment par l’architecte Paul Fouquiau (1855-1912).
Au niveau des activités commerciales, la première à s’y installer est, en 1889, la
Laiterie du Danube, au
n°25 rue du Général Brunet (près de la future villa des Boërs), tenue par Léonie Woog qui, quelques mois après son ouverture, crée, en date du 28 février 1890, la société en nom collectif «
L. Woog, nourrisseur », pour une durée de 10 ans, au capital de 6.230 francs, à l’enseigne de la
Ferme du Danube. Afin de signaler sa présence dans le quartier, Léonie Woog a la précaution d’indiquer sur ses encarts publicitaires que pour accéder à sa laiterie, on doit arriver soit par le n°98 rue Compans, soit par le n°2 place du Danube. Précédemment, Léonie Woog avait installé sa Laiterie, en 1886, au n°145 boulevard de Magenta.
L’installation d’une laiterie à cet emplacement, uniquement entouré de chantiers de constructions, est une gageure et, dès le 22 avril 1891, Léonie Woog est déclarée en faillite, M. Delalonde étant nommé juge commissaire et M. Chardon, syndic.
Placée en liquidation judiciaire la laiterie Woog est cédée en 1893 à M. Combes qui l’exploitera encore jusqu’en 1896 ; une seconde laiterie, tenue par
M. Biennassé, s’installe en 1894 au
n°34 rue du Général Brunet. Curieusement, la laiterie du n°25 rue du général Brunet est, depuis 1893, mitoyenne, au même numéro 25, avec un dépôt de bière tenu par M. André.
L’année 1894 est l’arrivée officielle des marchands de vins traiteurs sur la rue du Général Brunet : au
n°21 M. Bonnargent ; au
n° 27 M. Minois ; au
n°37 M. Barillas et au
n°10 la veuve Sauvagnac, précisément l’établissement représenté sur notre carte.
Nous avons eu beaucoup de difficultés à trouver qui était précisément la veuve Sauvagnac. Nous avions tout d’abord pensé qu’il s’agissait d’un des Sauvagnac, originaires de Corrèze, installé au n°5 boulevard Richard-Lenoir qui avait justement cédé en 1893, son affaire de marchands de vins. Mais cette piste était fausse. Nous avons donc poursuivi nos investigations en recherchant le décès d’un Sauvagnac à Paris, dans les années 1880-1890, puisqu’il fallait trouver une veuve. Et bingo ! Nous sommes tombés sur
Anselme-Pierre-André Sauvagnac qui est décédé le 30 juin 1892 chez sa mère au n°134 boulevard de Clichy à Paris 18e arrt, époux de
Eugénie Bathilde Garcin, négociante, demeurant, à son domicile conjugal du
n°10 rue du Général Brunet.
A partir de là, il n’y avait plus qu’à filer les recherches jusqu’au bout…
Anselme-Pierre-André Sauvagnac (1853-1892), fils de boulangers, demeurant n°10 passage de Clichy à Paris, a épousé, le 30 avril 1885,
Eugénie Bathilde Garcin (1853-1944), originaire d’Isches dans les Vosges, où ses parents étaient aubergistes. Lors du mariage, Sauvagnac est « employé », tandis que Eugénie-Bathilde est teinturière au n°16 rue Durantin. Celle-ci ne tiendra son affaire de teinturerie que durant deux ans, la revendant le 11 septembre 1886 à Mme Halftermeyer, dite Madame Georges.
Leur fille, Suzanne-Marcelle, nait le 6 septembre 1887, dans le 18e au n° 44 boulevard de Clichy, Sauvagnac étant toujours « employé » à cette date. Lors du décès de celui-ci, il est déclaré « employé retraité ».
L’immeuble du
n°10 rue du Général Brunet où s’est installée la
veuve Sauvagnac (Eugénie-Bathilde Garcin), « négociante » dès 1892, puis bientôt
marchande de vins buraliste, a été édifié en 1891 pour M. Legrain, propriétaire du terrain qui a déposé une demande de permis de construire le 28 novembre 1890 sur les plans de l’architecte Paul Fouquiau (1855-1912).
Ayant, par la suite, acquis cette maison, la veuve Sauvagnac la fait surélever d’un étage après une autorisation accordée le 7 octobre 1902, chargeant l’architecte Maurice Nalet (1873-1957 d’en réaliser les plans.
Le bandeau de l’enseigne de la veuve Sauvagnac indique « Vins-Tabacs-Quinquina-Billard »
Voir ICI ► Vue actuelle de cet emplacement

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Au
n°12 rue du général Brunet, accolé à l’établissement de la veuve Sauvagnac du n°10, une nouvelle maison est construite, en 1900 et 1901, par
Auguste François Grassin, peintre et vitrier, et son épouse Léontine Léocadie Rossignon qui demeuraient au n°43 rue de Mouzaïa ; ceux-ci ont tout d’abord fait édifier un hangar (permis du 20 septembre 1900), puis un bâtiment d’un étage (demande de permis du 30 janvier 1901) sur les plans de l’architecte Julien-Alexandre Brossier (1879-1951), demeurant 27 boulevard de la Villette.
Conservant la propriété de la maison, la veuve Sauvagnac cède son fonds de commerce le 3 décembre 1904 à
Alphonse-Eugène-Amédée Roucoulès (1865-1908), aveyronnais et à son épouse
Marie-Louise-Emilie Guntz (née à Paris le 2 juin 1867), dont le père était marchand de vins boulevard de Charonne.
Après le décès de Roucoulès survenu le 7 novembre 1908, sa veuve, Marie-Louise-Emilie Guntz, conserve l’affaire seule, avant de se marier en secondes noces, le 22 septembre 1910 avec
Stéphane-Louis-Victor Mairot (né le 24 janvier 1868 à Anteuil dans le Doubs), voyageur de commerce, lui-même veuf de Marthe Augustine Dinckelmans depuis 1908.
La veuve Sauvagnac qui continue à occuper pendant quelques temps, le premier étage au-dessus du bar-tabac, avec sa fille Suzanne et son gendre Paul Henry Herembourg, est, depuis 1907, en
litige avec le métropolitain, tout comme l’ensemble des riverains de la rue du Général Brunet : lors du percement de la ligne 7-7bis qui passe sous cette voie, de nombreux désordres et effondrements ont touché la plupart de ces maisons. Un accord intervient le 15 janvier 1911, par lequel, Mme Garcin veuve Sauvagnac obtient du préfet de la Seine, une indemnité de 10.500 francs,
en réparation du dommage causé à son immeuble sis rue du Général-Brunet, 10, par les travaux de la ligne métropolitaine n°7.
Les époux Mairot cèdent le café-tabac en 1914 à
Erhard qui l’exploite jusqu’en 1920. Suivent ensuite,
Falguière de 1921 à 1924,
Bauer en 1925,
Cayla en 1930,
Raynal en 1932 etc…
Après avoir résidé à Menton au n°6 rue de Cabrolles avec sa fille Suzanne dans les années 1920 (celle-ci, veuve, s’est remariée le 30 septembre 1920 avec Sénateur-Alphonse-Prosper Colombel), Eugénie Bathilde Garcin-Sauvagnac, toujours propriétaire de l’immeuble du général Brunet, habite dorénavant, dès 1932, à Colombes au n°22 avenue des Vats où elle décède le 8 juin 1944.
Dans les années 1970, le café-tabac a perdu sa « carotte », devenant une simple brasserie. En 1995, c’est
Éric Fréchon, le futur chef étoilé du Bristol parisien qui vient s’y installer, rebaptisant l’affaire « La Verrière d’Eric Fréchon ». En 1999, celui-ci passe la main à
Mark Singer qui la conserve durant onze ans sous le nom de « La Cave Gourmande ». Puis c’est la « Table de Mehdi » tenue par
Mehdi Corthier jusqu’en 2016. Enfin
Iskandar Guirguis y ouvre sa «
Casa Giorgio » en 2017…