Paris - Rue du Général Brunet

Répondre
cartoparis
100+
100+
Messages : 333
Enregistré le : mar. 27 nov. 2012 21:34

Paris - Rue du Général Brunet

Ce sujet présente une série de cartes postales anciennes de la Rue du Général Brunet à Paris.

Paris - Rue de Général Brunet
CP Photo Travaux sur les puits du Métro. Peut-être un Basque avec sa zahato en train de boire à la régalade.
Image
Classement : 10.53%
Avatar du membre
JeanMarc
500+
500+
Messages : 23462
Enregistré le : sam. 21 déc. 2013 06:28
Localisation : Paris 19ème

Re: Paris - Rue du Général Brunet

(Etant donné que le sujet « rue du Général Brunet » a vocation à accueillir à peine vingt cartes postales, je me permets donc de dépasser légèrement la norme, pour la bonne cause, en publiant un résumé de mes recherches sur l’ancien Marché aux Chevaux de la rue du Général-Brunet, avec la carte ci-dessous)

Paris XIXème - Rue du Général Brunet, à droite Patronage Saint-Michel et la Chapelle du Sacré-Cœur

Le Patronage Saint-Michel et la Chapelle du Sacré-Cœur situés au n°31 rue du Général-Brunet ont été construits en 1911. Cette chapelle est le précurseur (non, je ne cèderai pas à l'invasive écriture inclusive !) de l’Eglise Saint-François d’Assise qui sera construite de 1914 à 1926 au n°9 rue de Mouzaïa et dont la crypte et le futur patronage donnent au n°12 rue du Général Brunet.
A la gauche de la chapelle, on distingue, au n°29, l’épicerie que tenaient les époux Talon de 1903 à 1911, à l’angle de l’entrée de la Villa d’Hauterive. Louis Talon (né le 9 mars 1876) avait épousé Jeanne Emilie Lucas (née le 29 octobre 1880) le 1er avril 1902 à Pantin ; tous deux étaient nés dans le XIIe arrt.
L’épicerie passera ensuite aux mains de Tessier en 1912, puis à celles d’Eugène-Louis Descourtieux en 1913-1914… Aujourd’hui, après avoir été occupée un temps éphémère par une officine de pharmacie, elle est devenue une épicerie italienne.
En face, au n°34 rue du Général-Brunet, à l’angle de la villa de Fontenay, c’est un commerce d’épicerie-mercerie qui est installé, tenu par M. Hudde depuis 1912 jusqu’en 1918.

La totalité de la travée droite (numéros impairs) de la rue du Général Brunet, qui se prolonge jusqu’aux écoles primaires et maternelle à l’angle de la rue Compans, occupe l’emplacement où était installé, en 1878, le
Marché aux Chevaux de Paris Rive Droite. Je propose d’en relater, ci-après, l’origine et le devenir.

Paris XIXème - Rue du Général Brunet, à droite Patronage Saint-Michel et la Chapelle du Sacré-Coeur (1916).jpg
Paris XIXème - Rue du Général Brunet, à droite Patronage Saint-Michel et la Chapelle du Sacré-Coeur (1916).jpg (206.25 Kio) Vu 909 fois

A l’issue de diverses acquisitions réalisées de 1845 à 1860, Jacques Montéage (1809-1889), « maître de carrière à Belleville » et originaire de Chartres, est possesseur de 23 hectares de terrains constituant une partie des anciennes Carrières dite d’Amérique dans le XIXe arrondissement (contrairement à ce que cette appellation pourrait laisser penser, aucun chargement de gypse ou de plâtre n’a traversé l’Atlantique en provenance de ce quartier).
Alors que toute exploitation y est désormais interdite depuis 1872, pour cause de dangerosité, Jacques Montéage projette d’y ouvrir un marché aux chevaux et aux fourrages, censé faire concurrence au marché Vaugirard.
Après avoir obtenu l’autorisation de la municipalité le 23 novembre 1874, Montéage, associé à six autres administrateurs (Louis Emerique, Charles Fontainas, Gustave Chenu, Ernest Gaillard, Jules Heusschen et Jean Bayard), crée, le 20 mars 1875, la
Société des Marchés aux Chevaux et au Fourrages de Paris Rive droite, au capital de 3.500.000 francs, présidée par Paul Léon Aclocque, député de l’Ariège.
Des travaux pharaoniques sont alors réalisés pour niveler et combler les carrières, afin d’aménager le Marché aux chevaux sur une surface de deux hectares et demi, circonscrites par les rues du Général Brunet, Compans, Miguel Hidalgo et place du Danube ; le Marché aux fourrages est, quant à lui, installé sur deux hectares situés en vis-à-vis, circonscrits par les futures rues David d’Angers, du Général Brunet, le boulevard militaire Sérurier et la place publique du Danube.
Une partie du terrain de Montéage, soit 26.950 m², est utilisée pour tracer et aménager les cinq rues et la place publique entourant lesdits marchés, lesquelles deviendront la propriété de la ville de Paris ; le surplus du terrain, soit 151.369 m², reste inoccupé, conservé à titre de garantie.

Plan du Marché aux Chevaux et aux Fourrages 1878
Image

Le Marché aux Chevaux ouvre ses portes le jeudi 3 octobre 1878, suivi, deux jours plus tard, du Marché aux Fourrages.
Le 20 août 1879, soit dix mois après l’inauguration, le Tribunal de commerce de la Seine prononce la dissolution de la Société des marchés aux chevaux et aux fourrages de Paris rive droite, pour laquelle Charles Vidal est nommé liquidateur.
Les 23 hectares de terrain de la société en déconfiture reviennent en partie à ses créanciers : la Banque française et italienne, la Banque d’Escompte de Paris et à
Prosper Crabbe (1827-1889) sénateur, banquier et collectionneur belge.
Dès 1882, Vidal et lesdits créanciers tentent de céder ces terrains à bâtir, mais la foule des acquéreurs n’est pas au rendez-vous. Ainsi sont mis en vente sans succès, en mars 1882, 24.138 m² répartis en 72 lots, variant de 16 à 32 francs le mètre, formant un total de 493.901 francs. De même, la cession des 141.721 m² répartis en 66 lots prévue en août 1885 pour un prix de 2.309.500 francs ne trouve aucun preneur.
Les annonces d’adjudications se succèdent : 4 août 1886, 30 lots pour 814.500 francs ; 8 janvier 1887, 26 lots pour 472.000 francs ; 25 juillet 1894, 19 lots pour 386.600 francs…
Dans le même temps, la Banque française et italienne a été dissoute le 27 avril 1883 et absorbée le 27 juin par la Banque d’Escompte de Paris, laquelle est déclarée en faillite le 16 février 1894.
Prosper Crabbe et son épouse, Clémence Allard baronne du Mesnil, qui possédaient 70.487 m², réussissent à en céder une bonne partie, conservant in fine 32.000 m², que la veuve Crabbe cède en 1892 pour 300.000 francs, à l’architecte et spéculateur
Paul Fouquiau (1855-1912).
Avant cette acquisition, Paul Fouquiau avait déjà procédé, de 1888 à 1892, à de nombreux lotissements sur le quartier des rues du Général Brunet et de la Mouzaïa, obtenant l’autorisation de construire 209 maisons individuelles avec cour ou jardin.

Marché aux Chevaux qui devait ressembler à celui, éphémère, de la rue du Général-Brunet, dont on ne possède malheureusement aucun cliché
Image

Depuis que Fouquiau a fait l’acquisition des 32.000 m² de terrains de la veuve Crabbe, il ne construit plus aucun pavillon sur le quartier et pour cause : l’Assistance publique ayant acquis, en 1885, les deux hectares de terrains qui constituaient l’ancien Marché aux Fourrages de la place du Danube, y a installé cinq baraquements en septembre 1892, afin d’y accueillir les patients atteints de maladies contagieuses, et notamment du choléra qui sévit durant cette période. Un coup dur pour les promoteurs et architectes qui voient les futurs acheteurs s’enfuir à toutes jambes de ce quartier pavillonnaire en construction !...

Menant grand train, Paul Fouquiau et son épouse, Eve Lévinson, résident boulevard Beauséjour à Passy et possèdent le Château du Fournils à Mussidan en Dordogne où Fouquiau se fait nommer maire en 1896.
Impliqué dans d’innombrables procédures durant la période 1890-1900, Fouquiau crée, le 14 mars 1899, la
Société anonyme des Terrains et Habitations à Bon Marché, 1 rue Saint-Georges, au capital de 1.250.000 francs, pour une durée de 75 ans, à laquelle il fait apport des 26.413 m² qu’il possède sur les Carrières d’Amérique et d’une promesse de vente des 29.049 m² que lui ont concédé Léon Bariquand (1840-1904) et son épouse Julie-Joséphine Tricot (1851-1935), autres spéculateurs habitués des tribunaux (en 1897, Bariquant avait fait l’acquisition, auprès de la Banque d’Escompte de Paris, faillie en 1894, de 44.800 m² au prix de 438.006 francs).

De cette date, Fouquiau ne construira plus que 14 maisons sur le quartier des anciens marchés aux chevaux, en 1901-1903, et sera finalement placé en redressement judiciaire par jugement du 8 mai 1904, la liquidation étant prononcée le 30 mai. Replié en Turquie, Fouquiau y décèdera le 4 août 1912.

Avant sa prévisible faillite, Fouquiau avait eu la précaution de transférer ses actifs immobiliers dans une nouvelle société créée le 8 avril 1902, la
Société Parisienne des Habitations à Bon Marché, au capital de 100.000 francs, d’une durée de 55 ans, ayant son siège social au n°4 Square de l’Opéra. Cette nouvelle société, ainsi nantie des terrains récupérés de Fouquiau et Bariquand, est dirigée par Eugène Leblanc (né le 25 décembre 1862 dans le Xe arrt.), entrepreneur de travaux publics. Cinq administrateurs-actionnaires sont nommément indiqués aux statuts de la société :
— Etienne Georges Leblanc (le frère d’Eugène) (né le 20 novembre 1856 dans l’ancien 5e arrt.), entrepreneur de travaux publics.
— Elie-Gustave dit Gaston Ressiga-Vacchini Bettetini (1864-1927), entrepreneur de fumisterie au n°6 avenue Richerand.
— Achille Gilquin (1843-1904), entrepreneur de miroiterie au n°72 rue d’Hauteville dans le Xe arrt.
— Louis Royer, serrurier au n°38 rue Claude Vellefaux dans le Xe arrt.
— Henri Buisson, directeur de la Société ouvrière « Le Travail », peinture et vitrerie au n°50 rue Joseph de Maistre dans le XVIIIe arrt.

A l’évidence, ce n’est pas un hasard si Eugène Leblanc (qui laissera son nom à une des Villas de la rue de Mouzaïa) a choisi comme administrateurs de sa société, une série d’entrepreneurs, touchant divers corps de métiers. Ils seront nécessaires pour mener à bien la construction de 67 pavillons d’un étage, d’une maison de six étages et de l’Ecole Primaire et maternelle de trois étages, tous ces bâtiments édifiés sur l’emplacement des Carrières d’Amérique et de l’ancien Marché aux Chevaux, après obtention de permis déposés entre le 18 décembre 1901 et le 23 juin 1923.

Un dernier constructeur a parachevé l’édification de ce fameux quartier pavillonnaire en construisant 30 autres maisons d’un étage au 38 rue du Général Brunet / rue de la Liberté (Hameau du Danube), sur un terrain de 4.086 m² acquis le 22 mars 1922 par les architectes René Berthomier (1884-1954) et Eugène Gonnot (1879-1944), après avoir obtenu leur permis de construire les 28 avril 1923 et 6 février 1924.

Nous avons évoqué plus haut l’installation en 1892, par l’Assistance publique, des baraquements pour maladies contagieuses sur l’emplacement du Marché aux Fourrages ; ceux-ci vont être transformés en hôpital de réserve en 1894 et devenir l’Hôpital Hérold consacré exclusivement aux enfants à partir de 1899.

Lors d’une prochaine publication je reviendrai en détail sur la construction de l’Ecole de la Rue-Compans, rue du Général-Brunet, chère à mes yeux.

Rue du Général-Brunet (emplacement de l’ancien Marché aux Chevaux sur la travée gauche) — Hôpital Hérold, place du Danube, qui occupait l’emplacement de l’ancien Marché aux Fourrages)
Image
Classement : 5.26%
Avatar du membre
JeanMarc
500+
500+
Messages : 23462
Enregistré le : sam. 21 déc. 2013 06:28
Localisation : Paris 19ème

Re: Paris - Rue du Général Brunet

2 - Paris XIXème - Rue Compans et Rue du Général Brunet - Les Écoles – E.M.
Edit. M.C.B. Paris

Nous avons indiqué avec notre carte précédente que la Société Parisienne des Habitations à Bon Marché fondée le 8 avril 1902, dirigée par Eugène Leblanc et administrée par une floppée d’entrepreneurs chevronnés, avait fait main basse sur les terrains, non encore lotis, de l’ancien Marché aux Chevaux et des anciennes carrières d’Amérique.
Depuis l’annexion à Paris du quartier de la Villette et de la moitié nord de celui de Belleville, l’accroissement démographique du XIXe arrondissement, ainsi constitué, a explosé, faisant cruellement ressortir le manque d’établissements scolaires et la vétusté de ceux déjà existants. C’est ainsi que les Ecoles primaires de Garçons et de Filles des n°9 et 11 rue Delouvain (trois classes chacune), situées au pied de l’Eglise Saint-Jean-Baptiste-de-Belleville, ouvertes en 1864, s’avèrent, en 1903, totalement insuffisantes puisqu’il faudrait dix classes pour caser tous les élèves. En outre, selon les conclusions de Paul Chautard, conseiller municipal, rapportées lors de la séance du 10 juillet 1903, les
Ecoles de la rue Delouvain sont tombées dans un tel état de vétusté que M. le directeur de l'Enseignement nous a prévenus qu'il ne pouvait plus prendre la responsabilité d'y envoyer des élèves.
Les Ecoles Delouvain avaient en fait été installées en 1864, à la place d’un pensionnat qui était tenu par M. Droit ; la propriété des n°9 et 11 rue Delouvain (anciennement n°7), d’une superficie de 1.480 m², avait été vendue aux enchères le 9 avril 1861, par maître Gozzoli, notaire au n°81 rue de Belleville, sur une mise à prix de 60.000 francs. Les premiers directeurs nommés pour ces écoles étaient M. Quetelard pour les garçons et Mme Olivier pour les filles.
Il est donc décidé dans cette même séance municipale du 10 juillet 1903 de prendre en location un terrain formant l’angle de la rue Compans et de la rue du Général-Brunet, appartenant à la
Société Parisienne des Habitations à Bon Marché d’Eugène Leblanc et consorts, afin d’y édifier une nouvelle Ecole de Garçons (5 classes n°106 rue Compans), une nouvelle Ecole de Filles (5 classes n°7 rue du Général Brunet) et une Ecole Maternelle (n°9 rue du Général Brunet) pour y translater les Ecoles de la rue Delouvain.

Le 24 septembre 1903, Eugène Leblanc, dépose au nom de sa société des Terrains et habitations à Bon Marché, une demande de permis de construire ces écoles, sur trois niveaux, auprès des services de l’urbanisme parisien.
Et le 10 décembre 1903, une convention est passée entre la Ville de Paris et Eugène Leblanc, par laquelle celui-ci s’engage à construire cette nouvelle école à ses frais, sous le contrôle du Service d’architecture, à charge par la Ville de Paris de rembourser la dépense de construction, estimée à 905.200 francs, par annuités sur une durée de 18 ans ; en outre, la Ville de Paris bénéficie d’une promesse d’achat du terrain réalisable pendant toute la durée de la location qui prendra fin le 31 août 1903.

Compte tenu de son statut, la Société des Terrains et habitations à bon marché obtient d’être exonérée des droits de voirie afférents à l'édification du groupe scolaire d’un montant de 2.253 francs 79, par décision municipale du 2 décembre 1904.


Image

La construction ne traîne pas, puisque le Groupe Scolaire Compans-Général-Brunet ouvre ses portes le 1er octobre 1905. De leur côté, les Ecoles de la rue Delouvain sont désaffectées.
Emile Juncker (1847-1930) est nommé directeur de l’Ecole communale des Garçons ; celui-ci avait dirigé, auparavant, de 1885 à 1893, l’Ecole de la rue Navier, puis à partir de 1893, celle de la rue Tandou.
Anne-Elisabeth-Marie Peschet, née Collignon (née le 31 juillet 1858 à Metz) prend la direction de l’Ecole communale des Filles ; elle dirigeait l’Ecole Delouvain depuis octobre 1900. Son mari, Benjamin Peschet, avait été professeur à l’Ecole normale d’Alençon.
L’Ecole Maternelle est confiée à
Mlle Rose-Marie Doudey (1891-1983) qui se mariera le 1er mars 1920 avec Alfred-Louis Anselme.

A l’échéance du bail de 18 ans prévue le 31 août 1923, le Conseil Municipal décide, le 9 décembre 1922, de réaliser la promesse de vente des immeubles du Groupe Scolaire Compans-Général-Brunet et d’acquérir les Terrains sur lesquels ils sont construits, appartenant toujours à la Société immobilière des terrains et habitation à bon marché. Le prix du terrain avait été déjà déterminé et fixé à 167.105 francs 50 c par arrêté préfectoral du 30 juillet 1906 ; aussi, après qu’un mémoire ait été déposé le 4 décembre 1922 auprès du Préfet de la Seine, celui-ci donne son accord pour acheter définitivement le terrain et les immeubles y édifiés. Par délibération municipale du 11 février 1923, cette acquisition est entérinée au prix de 167.105 frs 50 c., auquel il y a lieu d’ajouter les frais s'élevant à 28.391 frs 50 c., soit un total de 195.500 francs.

Paris XIXème - Rue Compans et Rue du Général Brunet - Les Écoles
Image
Classement : 10.53%
Avatar du membre
JeanMarc
500+
500+
Messages : 23462
Enregistré le : sam. 21 déc. 2013 06:28
Localisation : Paris 19ème

Re: Paris - Rue du Général Brunet

200 - Paris XIXe - Rue du Général Brunet – V.P.

Suite à la déconfiture, en 1879, du Marché aux Chevaux de la rue du Général Brunet que nous avons relatée ► ICI, cette voie reste déserte pendant dix ans jusqu’à ce que les terrains qui la bordent soient lotis petit à petit, notamment par l’architecte Paul Fouquiau (1855-1912).

Au niveau des activités commerciales, la première à s’y installer est, en 1889, la Laiterie du Danube, au n°25 rue du Général Brunet (près de la future villa des Boërs), tenue par Léonie Woog qui, quelques mois après son ouverture, crée, en date du 28 février 1890, la société en nom collectif « L. Woog, nourrisseur », pour une durée de 10 ans, au capital de 6.230 francs, à l’enseigne de la Ferme du Danube. Afin de signaler sa présence dans le quartier, Léonie Woog a la précaution d’indiquer sur ses encarts publicitaires que pour accéder à sa laiterie, on doit arriver soit par le n°98 rue Compans, soit par le n°2 place du Danube. Précédemment, Léonie Woog avait installé sa Laiterie, en 1886, au n°145 boulevard de Magenta.
L’installation d’une laiterie à cet emplacement, uniquement entouré de chantiers de constructions, est une gageure et, dès le 22 avril 1891, Léonie Woog est déclarée en faillite, M. Delalonde étant nommé juge commissaire et M. Chardon, syndic.
Placée en liquidation judiciaire la laiterie Woog est cédée en 1893 à M. Combes qui l’exploitera encore jusqu’en 1896 ; une seconde laiterie, tenue par M. Biennassé, s’installe en 1894 au n°34 rue du Général Brunet. Curieusement, la laiterie du n°25 rue du général Brunet est, depuis 1893, mitoyenne, au même numéro 25, avec un dépôt de bière tenu par M. André.

L’année 1894 est l’arrivée officielle des marchands de vins traiteurs sur la rue du Général Brunet : au n°21 M. Bonnargent ; au n° 27 M. Minois ; au n°37 M. Barillas et au n°10 la veuve Sauvagnac, précisément l’établissement représenté sur notre carte.

Nous avons eu beaucoup de difficultés à trouver qui était précisément la veuve Sauvagnac. Nous avions tout d’abord pensé qu’il s’agissait d’un des Sauvagnac, originaires de Corrèze, installé au n°5 boulevard Richard-Lenoir qui avait justement cédé en 1893, son affaire de marchands de vins. Mais cette piste était fausse. Nous avons donc poursuivi nos investigations en recherchant le décès d’un Sauvagnac à Paris, dans les années 1880-1890, puisqu’il fallait trouver une veuve. Et bingo ! Nous sommes tombés sur Anselme-Pierre-André Sauvagnac qui est décédé le 30 juin 1892 chez sa mère au n°134 boulevard de Clichy à Paris 18e arrt, époux de Eugénie Bathilde Garcin, négociante, demeurant, à son domicile conjugal du n°10 rue du Général Brunet.
A partir de là, il n’y avait plus qu’à filer les recherches jusqu’au bout…

Anselme-Pierre-André Sauvagnac (1853-1892), fils de boulangers, demeurant n°10 passage de Clichy à Paris, a épousé, le 30 avril 1885, Eugénie Bathilde Garcin (1853-1944), originaire d’Isches dans les Vosges, où ses parents étaient aubergistes. Lors du mariage, Sauvagnac est « employé », tandis que Eugénie-Bathilde est teinturière au n°16 rue Durantin. Celle-ci ne tiendra son affaire de teinturerie que durant deux ans, la revendant le 11 septembre 1886 à Mme Halftermeyer, dite Madame Georges.
Leur fille, Suzanne-Marcelle, nait le 6 septembre 1887, dans le 18e au n° 44 boulevard de Clichy, Sauvagnac étant toujours « employé » à cette date. Lors du décès de celui-ci, il est déclaré « employé retraité ».

L’immeuble du n°10 rue du Général Brunet où s’est installée la veuve Sauvagnac (Eugénie-Bathilde Garcin), « négociante » dès 1892, puis bientôt marchande de vins buraliste, a été édifié en 1891 pour M. Legrain, propriétaire du terrain qui a déposé une demande de permis de construire le 28 novembre 1890 sur les plans de l’architecte Paul Fouquiau (1855-1912).
Ayant, par la suite, acquis cette maison, la veuve Sauvagnac la fait surélever d’un étage après une autorisation accordée le 7 octobre 1902, chargeant l’architecte Maurice Nalet (1873-1957 d’en réaliser les plans.

Le bandeau de l’enseigne de la veuve Sauvagnac indique « Vins-Tabacs-Quinquina-Billard »
Voir ICI ► Vue actuelle de cet emplacement
Paris XIXe - Rue du Général Brunet.jpg
Paris XIXe - Rue du Général Brunet.jpg (199.31 Kio) Vu 13 fois

Au n°12 rue du général Brunet, accolé à l’établissement de la veuve Sauvagnac du n°10, une nouvelle maison est construite, en 1900 et 1901, par Auguste François Grassin, peintre et vitrier, et son épouse Léontine Léocadie Rossignon qui demeuraient au n°43 rue de Mouzaïa ; ceux-ci ont tout d’abord fait édifier un hangar (permis du 20 septembre 1900), puis un bâtiment d’un étage (demande de permis du 30 janvier 1901) sur les plans de l’architecte Julien-Alexandre Brossier (1879-1951), demeurant 27 boulevard de la Villette.

Conservant la propriété de la maison, la veuve Sauvagnac cède son fonds de commerce le 3 décembre 1904 à Alphonse-Eugène-Amédée Roucoulès (1865-1908), aveyronnais et à son épouse Marie-Louise-Emilie Guntz (née à Paris le 2 juin 1867), dont le père était marchand de vins boulevard de Charonne.
Après le décès de Roucoulès survenu le 7 novembre 1908, sa veuve, Marie-Louise-Emilie Guntz, conserve l’affaire seule, avant de se marier en secondes noces, le 22 septembre 1910 avec Stéphane-Louis-Victor Mairot (né le 24 janvier 1868 à Anteuil dans le Doubs), voyageur de commerce, lui-même veuf de Marthe Augustine Dinckelmans depuis 1908.

La veuve Sauvagnac qui continue à occuper pendant quelques temps, le premier étage au-dessus du bar-tabac, avec sa fille Suzanne et son gendre Paul Henry Herembourg, est, depuis 1907, en litige avec le métropolitain, tout comme l’ensemble des riverains de la rue du Général Brunet : lors du percement de la ligne 7-7bis qui passe sous cette voie, de nombreux désordres et effondrements ont touché la plupart de ces maisons. Un accord intervient le 15 janvier 1911, par lequel, Mme Garcin veuve Sauvagnac obtient du préfet de la Seine, une indemnité de 10.500 francs, en réparation du dommage causé à son immeuble sis rue du Général-Brunet, 10, par les travaux de la ligne métropolitaine n°7.
Les époux Mairot cèdent le café-tabac en 1914 à Erhard qui l’exploite jusqu’en 1920. Suivent ensuite, Falguière de 1921 à 1924, Bauer en 1925, Cayla en 1930, Raynal en 1932 etc…
Après avoir résidé à Menton au n°6 rue de Cabrolles avec sa fille Suzanne dans les années 1920 (celle-ci, veuve, s’est remariée le 30 septembre 1920 avec Sénateur-Alphonse-Prosper Colombel), Eugénie Bathilde Garcin-Sauvagnac, toujours propriétaire de l’immeuble du général Brunet, habite dorénavant, dès 1932, à Colombes au n°22 avenue des Vats où elle décède le 8 juin 1944.

Dans les années 1970, le café-tabac a perdu sa « carotte », devenant une simple brasserie. En 1995, c’est Éric Fréchon, le futur chef étoilé du Bristol parisien qui vient s’y installer, rebaptisant l’affaire « La Verrière d’Eric Fréchon ». En 1999, celui-ci passe la main à Mark Singer qui la conserve durant onze ans sous le nom de « La Cave Gourmande ». Puis c’est la « Table de Mehdi » tenue par Mehdi Corthier jusqu’en 2016. Enfin Iskandar Guirguis y ouvre sa « Casa Giorgio » en 2017…
Classement : 15.79%
Répondre

Retourner vers « Paris XIXe arr. »