Paris XIXe – Temple Antoiniste – 45 bis rue du Pré-Saint-Gervais
Le culte Antoiniste, fondé en Belgique en 1910 par Louis-Joseph Antoine (1846-1912), a compté jusqu’à 64 temples dont 31 en France. Selon les statuts de cette association cultuelle déposés au Journal Officiel par deux fois les 29 décembre 1917 et 16 avril 1923, elle se propose de « propager l’enseignement moral révélé par le père Antoine dans son temple de Jemeppe-sur-Meuse, de 1906 à 1909 ». Celui de la rue du Pré-Saint-Gervais sera le neuvième temple français et le deuxième parisien.

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L’origine, un peu complexe, du terrain sur lequel a été bâti le Temple Antoiniste
Dès avant 1922,
Pierre Chanteau (1886-1966) et
Maurice Parage (1888-1962), mayennais, l’un de Laval, l’autre d’Evron, ont fondé la société en nom collectif
Chanteau et Cie, fabricant des peignes et démêloirs dans leur usine située rue de Garennes à Ivry-la-Bataille dans l’Eure ; en 1923 leur agent à Paris, Almode et fils, est basé au n°11 rue Martel.
En 1925, Chanteau et Cie reprend l’activité d’un certain Séheur installé au n°192 bis rue Championnet dont le bail vient d’être résilié le 11 juillet 1923 par la veuve Rémond, et y commercialise dorénavant « des Articles réclames sous celluloïd, des cadres cuivre moulés et estampés, des glaces pour publicité et bazars, des protèges-boites d’allumettes avec coins arrondis, des tampons buvards » ; auparavant, ces locaux avaient été loués, de 1913 à 1918, à E. Merville et Cie qui y fabriquait de l’émail souple et des tableaux réclames.
Ses locaux de fabrication devenant trop exigus, la société Chanteau et Cie décide, en 1927, de faire l’acquisition d’un terrain, vierge de construction, situé au
n°45 rue du Pré-Saint-Gervais, afin d’y aménager ses ateliers et, par la même occasion, de fournir un terrain pour la construction d’un temple pour l’Association Cultuelle Antoiniste dont Chanteau et Parage sont visiblement des membres actifs.
Comme on le voit sur le plan ci-dessous, la
petite rue des Lilas, qui commence entre les n°45 et 47 de la rue du Pré-Saint-Gervais, forme un retour en équerre vers un second tronçon de ladite petite rue des Lilas (celui-ci sera renommé rue Janssen en 1930).
Ayant envisagé d’élargir la petite rue des Lilas, le Conseil municipal signe, le 21 août 1927, un traité avec la société Chanteau et Cie, par lequel la ville de Paris acquiert auprès de Chanteau et Parage leur terrain de 276 m² du
n°45 rue du Pré Saint-Gervais, une bande de terrain de 64 m² la longeant le long de la petite rue des Lilas et une seconde bande de terrain de 74 m² le long de la rue du Pré-Saint-Gervais. En contrepartie, la ville de Paris qui est propriétaire du terrain situé au
n°47-49 rue du Pré-Saint-Gervais, donne celui-ci à la société Chanteau et Parage, «
agissant au nom de la Société Cultuelle Antoiniste pour laquelle ils déclarent se porter fort » ; la société Chanteau et Cie s’engage en outre à verser une soulte de 10.000 francs à la municipalité.
L’Association cultuelle Antoiniste dépose un premier permis de construire auprès de la Mairie le 19 octobre 1927, complété par un second en date du 24 mai 1928 : la numérotation de la rue du Pré-Saint-Gervais ne semble pas fixée définitivement puisque ces demandes de permis sont délivrées pour les n°43 bis et 45 bis. L’architecte de Tours, Aubry, est chargé d’établir les plans du Temple qui ouvre ses portes et est consacré le 22 juillet 1928.
Dès son achèvement, le Temple Antoiniste est représenté, pour ses relations avec l’administration, par le pharmacien Louis Henri Jolly (né à Sézanne le 23 mai 1874) qui tenait une officine jusqu’en 1923 au n°27 rue Mazarine dans le 6e arrt, puis au n°1 rue Christine.
Le desservant du Temple est Albert Jeannin (1894-1970).
La municipalité qui, finalement, n’a jamais agrandi la
petite rue des Lilas, mais l’a au contraire condamnée, se retrouve avec une parcelle de terrain vacant de 259 m², au n°47 rue du Pré-Saint-Gervais, qu’elle cède le 16 juillet 1966 au prix de 530 francs le mètre carré, au Temple Antoiniste, afin qu’il agrandisse son lieu de culte.
Plan 1910 — Quelques fidèles devant le Temple Antoiniste de la rue du Pré-Saint-Gervais
Qu’est devenue la société Chanteau et Cie ?
Le 25 octobre 1927, Maurice Parage cède ses droits dans la société Chanteau et Cie à MM. Chanteau et François. Pierre Chanteau n’abandonne apparemment pas son projet d’ouvrir un nouvel atelier doté d’un étage au n°45 rue du Pré-St-Gervais puisqu’il dépose une demande de permis le 2 avril 1928, peu après avoir fait l’acquisition, le 13 janvier 1928 du droit au bail des locaux du n°192 bis rue Championnet.
Cependant ce permis n’est pas suivi d’effet, et Chanteau continue son activité rue Championnet où il passe des réclames, notamment en septembre 1928 : «
CHUTES DE FER BLANC, sommes acheteurs quantités importantes. Ecrire : Chanteau et Cie 192 bis rue Championnet qui donnera précisions. Téléphone : Marcadet 15-70. »
Le 29 juillet 1928, la société Chanteau et Cie devient la Sarl Cadmail ; le 16 juillet 1929, celle-ci est transférée de la rue Championnet au n°4 passage René et est rebaptisée SIAB (Société Industrielle des Articles de Bimbeloterie, anciennes Maisons Cadmail, Henri Morel et veuve Bonne réunies)…
Pierre Chanteau, quant à lui, conserve sa « maison mère », l’usine d’Ivry-la-Bataille dans l’Eure, qui perdurera jusqu’après 1939.