Kiosques à Musique — Petits Plus

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Kiosques à Musique — Petits Plus

Message par JeanMarc » jeu. 11 déc. 2014 14:22

Kiosques à Musique — Petits Plus
Ayant de grands remords à parfois être obligé de sacrifier de longs passages d'articles de presse relatifs aux sujets abordés, passages qui parfois sont goûteux et instructifs à la fois, obligation compréhensible destinée à ne pas surcharger de commentaires les CPA publiées, il faut cependant, afin que mes recherches ne soient pas vaines et puissent éventuellement devenir utiles à de futurs suiveurs, que ces envolées journalistiques et autres truculents débats municipaux ou judiciaires soient lisibles, même en diagonale, par tous ceux que cela passionne.
En outre, de manière à ne pas alourdir le sujet principal du kiosque, il peut être intéressant de développer un sujet gravitant autour de celui-ci.
Aussi, il me paraît judicieux et indispensable d'ouvrir ce "Petit plus" relatif aux Kiosques à Musique.
Jean-Marc


Sujet principal : Kiosques à musique CPA.

Sommaire des sujets abordés.
AVESNES-SUR-HELPE (59) - Querelles de clocher avec Avesnelles
BIARRITZ (64) - Les Casinotiers en ligne de mire
BIESLES (52) - Un sonneur de cloches récalcitrant
BILLY-MONTIGNY (62) - Concours musical à Paris du 25 au 28 mai 1912
BOULOGNE-SUR-MER (62) - François Lhoste, dit Frank, aéronaute.
BOULOGNE-SUR-MER (62) - Hilarion Hirschler, intrépide, ingénieux, mais pas très honnête...
BRAY-DUNES (59) - Incursion outre-quiévrain
CABOURG (14) - Des Bertrand comme s'il en pleuvait !...
CABOURG (14) - Henry Ruhl, infatigable créateur d'Hôtels et Casinos de Luxe
CALAIS (62) - Le Tramway à traction à Chevaux de Calais.
CALAIS (62) - Madame Charly, intrépide et insatiable aéronaute !
CAMBRAI (59) - Sculptures du Jardin Public de Cambrai.
CAPDENAC-GARE (12) - Des difficultés d'obtenir une Gare quand on s'appelle Capdenac-Gare !
CHARMES (02) - Alfred Maguin, maire de Charmes, a plus d'un "tour" dans son sac !
CHÂTILLON-SUR-SEINE (21) - L'Abbaye abritait un lupanar avant que de devenir l'Hôtel de Ville.
CHEMILLÉ (49) - Bruneau Six-Sous, un émule de Judas les Trente deniers !...
CHIGNY-LES-ROSES (51) - Jeanne-Alexandrine-Louise Pommery, une veuve pétillante !
DIGNE (04) - Les Dignois ne se laissent pas rouler dans la farine !...
ENGHIEN-LES-BAINS (95) - Antoine Alègre et Louis Lauze, une équipe d'aigrefins bien au point.
ESTAIRES (59) - Le Tramway de Béthune à Estaires : un déraillement financier chronique.
ÉVIAN-LES-BAINS (74) - On a rasé le Château de Blonay d'Évian en 1911, n'éradiquons pas son passé !
ÉVIAN-LES-BAINS (74) - Chanter la Marseillaise, oui, la siffler, non !
FONTENAY-LE-COMTE (85) - L'Arbre de la Liberté de Fontenay-le-Peuple trempe ses racines dans le sang des Vendéens.
FOURMIES (59) - La Buvette des Promenades a fait les beaux jours du Jeu de Balle au Tamis face au Kiosque à musique fourmisien.
GRASSE (06) - Les choix cornéliens de la municipalité grassoise : Kiosque du Clavecin ou monument Fragonard ?
LA BASSÉE (59) - La Statue de la Liberté de la Grand'Place malmenée.
LA ROCHELLE (17) - Michel Goujaud, apothicaire et aéronaute rochelais, confondu avec les "martiens" par les habitants Marandais.
LA ROCHELLE (17) - Un ennemi des fusains et ormeaux à La Rochelle.
LA VARENNE SAINT-HILAIRE (94) - Les Fêtes aérostatiques de La Varenne Saint-Hilaire.
LANNOY (59) - Les Tramways de Lannoy.
LAON (02) - L'Eglise Saint-Rémi-au-Velours devenue la Salle de Spectacle laonnoise.
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Re: Kiosques à Musique — Petits Plus

Message par JeanMarc » jeu. 11 déc. 2014 14:31

Avesnes-sur-Helpe (Nord)
Complément au résumé des débats publié ici.

Querelles de clochers entre Avesnes et Avesnelles !
Avesnes essaie par tous les moyens de s'approprier des terrains situés à Avesnelles.

Conseil général du Nord 1/9/1882.
Par une délibération en date du 6 avril 1881, le Conseil municipal d'Avesnes a émis le voeu qu'il y avait lieu, à la suite de la démolition de l'enceinte fortifiée de la ville, de reculer ses limites territoriales et d'annexer à Avesnes une partie du territoire d'Avesnelles d'une superficie évaluée à 98 hectares, 73 ares, 29 centiares.

Conclusions du rapporteur d'Avesnes, M. Ernest Legrand :
Celui qui jette les yeux sur la carte de notre pays est frappé de la situation singulière qui a été faite à la ville d'Avesnes. Au milieu de communes dotées de vastes territoires, elle apparaît isolée dans ses murailles ; à peine si du côté du Nord, elle possède quelques hectares de terres labourables et de prairies. La commune d'Avesnelles, sa voisine, vient de son extrême frontière pénétrer jusqu'au pied de ses remparts , et effleurer pour ainsi dire, du Nord au Midi, les glacis de ses fortifications. A ses portes, le long de la route Nationale, s'échelonnent, pressées les unes contre les autres, des maisons de commerce, des auberges surtout, qui doivent à sa proximité leur étonnante prospérité. On dirait la banlieue de la ville. (...)
Aujourd'hui que la place est déclassée, que les terrains militaires sont vendus, que rien ne s'oppose à la création d'auberges et d'estaminets dans le rayon voisin des remparts, nous voyons s'élever de tous côtés des établissements qui absorbent, à nos portes, les bénéfices que les Avesnois seuls sont en droit d'espérer. Autour de la Rotonde, du Jeu de balle, de nos riantes promenades, où se donnent des fêtes si coûteuses, où abondent les visiteurs attirés par nos brillants programmes, viennent s'installer des étrangers qui profitent seuls, au détriment de nos mandants, des sacrifices que nous leur imposons. (...)
Estimant que le seul but à atteindre était de nous garantir de l'invasion de nos voisins, et bien que certains propriétaires nous aient demandé d'englober leurs propriétés dans la nouvelle limite, bien que les 4/5è d'entr'eux, presque tous Avesnois, consentent à l'annexion, nous n'avons pas cru devoir dépasser un rayon d'environ 400 mètres à partir des remparts.
De cette façon nous n'augmentons le territoire d'Avesnes que de 98 hectares 75 ares 29 centiares.
Avesnes n'avait qu'une superficie de 193 hectares 30 ares 81 centiares.
La superficie d'Avesnelles est de 1224 hectares, représentant un revenu total de 116.824 francs.
La zone à détacher de la commune représente un revenu de 14.358 francs.
Certains intérêts particuliers doivent-ils arrêter vos esprits ? Nous ne le pensons pas ; pourquoi leur faire une situation meilleure que celle de nos concitoyens. D'autant plus qu'ils profitent de tous les avantages que la ville offre à ses habitants, et qu'aujourd'hui déjà, bien qu'en droit ils fassent partie da la commune d'Avesnelles, c'est avec Avesnes qu'ils ont établi tous leurs rapports ; c'est à l'église d'Avesnes qu'ils viennent entendre les offices religieux : c'est au Collège, aux Frères et aux Soeurs d'Avesnes qu'ils envoient leurs enfants ; c'est l'Hospice d'Avesnes qui reçoit leurs malades nécessiteux. Rien ne serait donc changé dans leurs habitudes comme dans leurs relations.
La commune d'Avesnelles, par la distraction projetée d'une partie de son territoire, perdrait 479 habitants sur
un total de 2149 habitants.
Pour dédommager la commune d'Avesnelles, la ville d'Avesnes devrait donc lui payer une imdemnité en capital d'un revenu égal à celui qu'elle enlève à cette commune, soit environ 47.130 francs calculé au taux de 4%.

Kiosque à danser d'Avesnes-sur-Helpe — Kiosque à musique d'Avesnelles
Image

Réponse du Conseil Municipal d'Avesnelles par M. Hannoye, adjoint au maire :
Depuis longtemps nous entendions dire que notre voisine songeait à nous dépouiller d'une partie de notre commune, nous, nous n'y croyions guère, nous ne pensions pas qu'on pût avoir un seul instant la pensée de ruiner une commune, pour le simple plaisir d'augmenter ses ressources déjà plus que suffisantes, et qu'une cité florissante pût jalouser la propriété de deux pauvres établissements au point de ne pas reculer devant une demande qui sera certes qualifiée durement par toutes les personnes désintéressées. (...)
C'est en réalité la plus belle partie de notre territoire que veut accaparer la ville, en tous cas, c'est la plus productive, je dirai même la seule productive.
Toutes les affirmations contenues dans le rapport qu'on nous a communiqué contiennent des erreurs fortes ; ainsi il y est dit qu'on n'a pas cru devoir dépasser un rayon de 400 mètres à partir des remparts. Les bornes kilométriques et hectométriques que les ponts et chaussées ont fait planter sont là pour prouver que la limite demandée s'étend au moins au double du périmètre indiqué.
Le rapport reproche à nos concitoyens d'aller à l'église d'Avesnes, quel en est le motif ? La ville d'Avesnes a de beaux magasins, Avesnelles n'en a pas. Les deux communes sont trop proches, et les habitants d'Avesnelles font toutes leurs provisions à Avesnes, ils profitent du dimanche pour faire leurs achats, et vous voyez les femmes aller là aux offices en allant faire leurs courses. La proximité d'Avesnes tue tout espoir de voir Avesnelles prospérer comme petit commerce. Avesnes a un immense marché où va s'approvisionner notre commune, tout l'argent des habitants d'Avesnelles va pour la plus grande partie à Avesnes. Je me suis informé près de nos Etablissements Industriels du chiffre de paie fait aux ouvriers, environ 450.000 fr. qui pour les trois quarts au moins se dépensent à Avesnes.
Avesnelles a deux cabarets qui pendant la fête d'Avesnes voient de nombreux visiteurs. La ville d'Avesnes a cependant établi dans sa promenade de rotonde une buvette, le long du jeu de balle, la commune d'Avesnes a vu s'établir sur son territoire plusieurs cabarets, et c'est vraiment une mauvaise chicane que de venir pour si peu jeter la perturbation dans une commune et léser tant d'intérêts pour une simple plus-value.
I1 n'est pas exact que les malades nécessiteux de notre commune profitent de l'hospice d'Avesnes ; après bien des recherches, nous avons trouvé qu'un seul individu y était allé, et encore Avesnelles payait sa pension. Nos enfants ne vont pas à l'école primaire d'Avesnes, les registres des Instituteurs peuvent le prouver. Le collège et le couvent sont des établissements où les enfants n'entrent qu'en payant largement leur pension, ils y viennent de toutes les communes de la contrée, et il sied mal à une commune qui veut à grands frais établir un nouveau collège pour attirer les enfants de la région et les empêcher d'aller dans les lycées, de nous reprocher la présence de nos enfants dans ces établissements, alors que cette fréquentation ne fait que concourir à la prospérité de la
ville. (...)
En résumé, la ville d'Avesnes nous demande le 13ème de notre territoire, le 8ème de nos revenus, le 5ème de notre population.

Décision du Conseil général du Nord :
En peu de mots , voici ce dont il s'agit. La ville d'Avesnes qui a un petit territoire, — à l'inspection de la carte, il est facile de s'en assurer, — désire s'arrondir. Elle a trouvé une partie de territoire qui est tout-à-fait à sa convenance, qui l'arrondit parfaitement, qui rapporte beaucoup et elle dit à la commune d'Avesnelles : Vous avez 98 hectares qui me conviennent, qui me permettent de donner une grande extension à mon territoire, sans bourse délier. Nous allons remplir les formalités réglementaires. Nous nous présenterons devant le Conseil général ; nous lui demanderons de donner un avis favorable. Un avis favorable, dans quelles conditions ? En présence d'une défense désespérée d'Avesnelles, malgré l'avis du Conseil d'arrondissement, malgré l'avis du Sous-Préfet, malgré l'avis du Directeur des contributions directes. Est-ce dans de pareilles conditions qu'une demande de distraction peut recevoir un avis favorable ? C'est absolument impossible, vous ne pouvez que la rejeter.
Je vais vous lire l'avis du Sous-Préfet, car c'est un corps autorisé que le Sous-Préfet, c'est le premier magistrat de l'arrondissement. (...)
Vu la délibération, en date du 6 avril 1881, par laquelle le Conseil municipal d'Avesnes a émis le voeu qu'il y avait lieu, à la suite de la démolition de l'enceinte fortifiée de la ville, de reculer ses limites territoriales, et d'annexer à Avesnes une partie du territoire d'Avesnelles, d'une superficie évaluée à 98 hectares, 75 ares, 29 centiares ;
Considérant que le développement d'Avesnes s'accomplit au Nord de la ville, dans la vallée de l'Helpe, s'étendant autour de la gare du chemin de fer, que les industriels y trouvent l'eau nécessaire pour les filatures et peignages en même temps qu'ils peuvent en user comme force motrice, pour leurs établissements ; qu'ils sont là à portée de toutes leurs voies de transports ; que trois filatures et un peignage y sont déjà établis et qu'une quatrième filature y est en construction :
Que c'est de ce côté, par conséquent, et non au Sud vers Avesnelles, comme on le demande, que la ville doit chercher à augmenter son territoire, si la nécessité en est reconnue ;
Que la commune d'Avesnelles éprouverait du fait de l'annexion, un préjudice considérable ;
Que les particuliers à annexer, victimes autrefois des servitudes militaires, verraient leurs sacrifices (qu'ils supposaient terminés) remplacés par une nouvelle charge, celle de l'octroi ;
Que la ville d'Avesnes qui absorbe une partie des ressources des habitants d'Avesnelles en fournissant à tous les besoins de sa population, ne peut équitablement demander à lui enlever encore un huitième de ses revenus ;
Qu'enfin le seul intérêt de la demande d'annexion paraît être pour Avesnes d'empêcher quelques débitants de boissons de profiter de ses fêtes qui ont lieu à la limite des deux territoires et que cet intérêt est trop minime pour mériter considération ;
Sommes d'avis : Qu'il y a lieu de rejeter la demande d'annexion de territoire présentée par le Conseil municipal d'Avesnes dans sa délibération du 16 avril 1881.
Avesnes, le 18 juillet 1882.

Plan de la Zone qu'Avesnes-sur-Helpe guigne avec ardeur.
Limites : Helpe Majeure, chemin du Moulinet (auj. rue du Moulinet), chemin des Laguettes (auj. rue des Laguettes), chemin de la Goulette (auj. rue de la Goulette),
chemin de Mont-en-Cul (auj. rue du Mont Inculte), chemin de Warpont, chemin de Haut-Lieu (auj. route de Haut-Lieu).

Image

Description littérale de la zone concernée : L'Helpe majeure, jusque la rencontre du chemin du Moulinet avec la rivière, le chemin des Laguettes, jusque son intersection au chemin d'Avesnes à Avesnelles, les numéros 78, 79, 80, section A, le chemin de la Goulette, jusqu'à la route de Sains, la propriété de M. Georges, Numéros 175, 176,177, 178, 179, section D , au dessus du ruisseau, le chemin rural de Mont-en-Cul jusqu'aux parcelles 157, 159,160, 161, 162, section D, au-dessus du ruisseau, le cours du ruisseau, jusqu'à la route nationale n° 2, la parcelle 58, section D, en continuant par les parcelles 54, 240, 244, 245, le chemin de Warpont, le chemin du Haut-Lieu N° 4, et les limites des territoires des-communes de Haut-Lieu et Avesnes à l'Ouest.
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Re: Kiosques à Musique — Petits Plus

Message par JeanMarc » lun. 9 févr. 2015 13:17

BIARRITZ - La Rampe Mobile et le Casino Bellevue
en complément du Kiosque du Casino de Biarritz.

Les Casinotiers en ligne de mire
Alfred Boulant, propriétaire du Casino Bellevue et Sous-Locataire du Casino Municipal, second casino de Biarritz, pris à parti par le député Gustave de Kerguézec.
9 mai 1913 — Extrait du Débat à l'assemblée nationale sur le projet d'une taxation progressive sur le Produit des Jeux. Gustave de Kerguézec (1868-1955), député qui n'a pas la langue dans sa poche, s'en prend aux Casinos, à l'augmentation faramineuse des recettes et bénéfices de ceux-ci, à l'enrichisssement disproportionné de leurs dirigeants, en regard de leurs origines modestes..., et aux pourboires astronomiques dont bénéficient les croupiers :
Sur les recettes des Casinos :
(...) Et Biarritz — ah ! Biarritz ! nous en parlerons ! — 1.700.000 francs l'année dernière et cette année 2.248.000 francs, soit 548.000 francs d'augmentation. Et la saison a été mauvaise ! (...)
Sur l'enrichissement des Directeurs de Casinos :
N'est-il pas utile de rappeler au ministre compétent les fortunes scandaleuses édifiées sur l'exploitation du vice par certains tenanciers ?
Deloye, ancien ouvrier peintre, s'est retiré du casino municipal de Nice avec une fortune de plus de 20 millions en moins de dix ans.
Les trois frères Bertrand, anciens cochers et garçons d'écurie, ont ramassé une fortune de plus de 30 millions et ils continuent à l'augmenter à Paris, à Cabourg, à Pau.
M. Dainaut, l'actuel tenancier d'Enghien, ancien cordonnier de la rue du Bac où il fit de mauvaises affaires, encaisse à Enghien, le chiffre fabuleux de près de 10 millions de cagnotte tous les ans.
Boulant, tenancier des deux casinos de Biarritz, le grand seigneur du tapis vert, ancien garçon de café, réalise près de 2 millions de bénéfices nets par an, et cela depuis vingt cinq ans. (Exclamations.) D'une rapacité sans exemple, il possède actuellement à lui seul la colossale fortune de 40 millions.
Comment voulez-vous qu'il ne soit pas le maître absolu de la ville de Biarritz ? (...)
Sur les pourboires des croupiers :
Le total des pourboires, à Enghien, s'est élevé, du 2 avril au 31 octobre 1911, à la somme de 1.735.110 fr. Le croupier le plus favorisé d'Enghien favorisé d'Enghien a obtenu cette année, à la répartition, 60.439 fr. 70. (Exclamations.)
Du 4 novembre au 19 mai 1912, le total des pourboires donnés aux croupiers à Nice s'est élevé à 2.403.908 fr. 30. Le croupier le plus favorisé à Nice, M. Gros, a touché 48.320 fr. 58.
A Biarritz, en deux mois, M. Cadenas a touché 67.000 fr., ce qui fait pour ce brave croupier 1.103 fr. par jour.
A Biarritz encore, M. Boulève touche 62.703 fr., soit 1,027 frs par jour. (...)


Biarritz - Casino Bellevue et son entrée
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Biarritz - Casino Municipal et son entrée
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Re: Kiosques à Musique — Petits Plus

Message par JeanMarc » mer. 11 févr. 2015 14:20

BIESLES - L'Église, Place de la Concorde
En complément du Kiosque place de l'Eglise à Biesles.

Un sonneur de cloches récalcitrant
Etait-ce le Bedeau ? Etait-ce le Sacristain ? Nul ne saura qui sonnait l'Angélus à Biesles, mais il faut espérer que le bougre récalcitrant s'est fait... sonner les cloches !...
La prise de position du Ministre des Cultes a fait jurisprudence en la matière :

Lettre du 20 novembre 1857 de M. le ministre de l'instruction publique et des cultes (M. Rouland) à M. le ministre de l'intérieur.
Monsieur le ministre et cher collègue,
Des difficultés se sont élevées entre l'administration municipale de la commune de Biesles (Haute-Marne) et le desservant de la succursale de Biesles, au sujet du service de l'horloge placée dans le clocher de l'église. M. le préfet de la Haute-Marne vous a soumis à cet égard les questions suivantes :
1° Lorsqu'une horloge communale est placée dans le clocher de l'église et que le sonneur nommé par le curé refuse de la surveiller, le maire peut-il exiger que le curé, détenteur des clefs du clocher, les mette à la disposition de l'agent de la commune chargé du service dé l'horloge, sauf à en obtenir la restitution aussitôt le travail terminé ?
2° Lorsque le clocher a deux issues, l'une ouvrant, sur la voie publique, l'autre dans l'église, le curé est-il fondé à demander que pour arriver à l'horloge, l'agent de la commune passe par l'église ou peut-il être forcé de lui livrer passage par la porte extérieure ?
Sur la première question, vous pensez, Monsieur le ministre et cher collègue, que l'horloge qu'une commune a placée dans le clocher de son église ayant surtout une destination civile, la direction et la surveillance en appartiennent particulièrement à l'autorité municipale, et que, dès lors, le desservant ne doit pas s'opposer aux mesures prises par le maire pour en assurer le service, si, comme dans l'espèce, ces mesures ne portent aucune atteinte au libre exercice du culte.
Sur le second point, vous ne vous expliquez pas le motif par lequel le desservant exigerait que l'agent de la commune pénétrât dans le clocher par l'entrée pratiquée dans l'église plutôt que par la porte extérieure ; cette porte paraissant devoir être désignée de préférence dans l'intérêt du service religieux.
Toutefois, avant de répondre en ce sens à M. le préfet de la Haute-Marne, vous avez cru devoir, Monsieur et cher collègue, me communiquer la dépêche de ce fonctionnaire, afin de me mettre à même de l'examiner en ce qui me concerne.

1° Je reconnais comme vous, Monsieur le ministre et cher collègue, que l'horloge installée par l'administration communale dans le clocher d'une église est, en raison de sa destination civile, placée sous la direction et la surveillance particulières de l'autorité municipale. Mais le droit du maire à cet égard me paraît devoir se combiner avec le droit de police de l'intérieur de l'église, qui appartient exclusivement au curé, d'après une décision du gouvernement du 21 pluviôse an XIII (Au curé seul appartient le droit d'avoir les clefs de l'église et du clocher ; ainsi que l'a décidé l'avis du Comité de législation du Conseil d'Etat du 17 juin 1840). En vertu de cette décision, le curé est fondé à exiger que le maire s'entende avec lui pour confier le service de l'horloge communale à un agent que le curé puisse agréer ; mais, lorsque le curé a été consulté sur le choix de cet agent, il ne peut refuser les clés du clocher nécessaires pour le service de l'horloge.
Dès lors le maire aurait le droit de les lui réclamer. Du reste, dans l'espèce, le curé de Biesles n'a pas refusé ces clés ; mais seulement celle de la porte principale de l'église, dont le conducteur de l'horloge n'avait aucun besoin pour se rendre à la tour du clocher.

2° Le droit de police du curé me paraît également lui conférer le pouvoir d'ordonner que l'agent chargé du service de l'horloge passe, pour se rendre au clocher, par telle porte de l'église à l'exclusion de telle autre qu'il faudrait : ouvrir pour lui livrer passage. D'ailleurs, il résulte des explications que m'a fournies Mgr l'évêque de Langres et du plan de l'église joint au dossier que les réclamations de l'administration municipale de Biesles sur ce point sont dénuées de fondement.

Au surplus, le prélat m'informe que dans la commune de Biesles, depuis la fin du mois de novembre 1856, les choses sont rentrées de fait dans l'état normal et que le conflit signalé n'existe plus.
J'ai l'honneur de vous renvoyer les pièces que vous m'aviez communiquées ; je crois devoir y ajouter la lettre que m'a adressée sur cette affaire Mgr l'évêque de Langres et les nouvelles pièces qui m'ont été transmises par M. le préfet de la Haute-Marne.


(Bulletin des lois civiles ecclésiastiques : journal encyclopédique du droit et de la jurisprudence en matière religieuse et du contentieux des cultes 1863)

Eglise de Biesles :
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Cartes Repro : Région Champagne-Ardenne, Service Régional de l'Inventaire, Direction de la Culture.
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Re: Kiosques à Musique — Petits Plus

Message par JeanMarc » jeu. 12 févr. 2015 13:12

BILLY-MONTIGNY - Harmonie des Mines de Courrières de Billy-Montigny
Complément du Kiosque de l'Harmonie de Billy-Montigny.

Un peu pour rendre hommage aux victimes de la catastrophe de 1906, il nous paraît impossible de tronquer l'article relatif à cette magnifique victoire de l'Harmonie des Mines de Courrières de Billy-Montigny qui concourait parmi 460 formations musicales et 40.000 musiciens. En voici donc le texte intégral qui nous plonge dans l'ambiance qui régnait lors de ces concours musicaux ayant lieu très fréquemment dans nombreuses villes.
Par chance, l'Agence Rol a eu la bonne idée de photographier quelques moments de cette belle manifestation.

25 au 28 mai 1912 — Concours musical à Paris
PREMIÈRE JOURNÉE
Les musiciens, en cette journée ensoleillée de Pentecôte, ont remporté un très gracieux succès de sympathie et; de curiosité. Dès le matin, les rues furent remplies de sociétés qui, après s'être rassemblées, se rendaient aux endroits marqués pour les concours. Ces épreuves commençaient à neuf heures du matin. Beaucoup d'instrumentistes, juchés sur des tapissières, jouaient pendant la route. Et les passants s'arrêtaient, en applaudissant à ces flots d'harmonie matinale. D'autres prirent des autobus, de préférence des tramways, en raison des impériales. Ceux-là aussi jouèrent quelques morceaux, à la grande joie des ménagères qui, le long des boulevards où filait le tramway, se mettaient aux fenêtres. Enfin, certains, profitant du beau temps, allèrent simplement à pied, défilant au milieu de la chaussée, en rangs serrés, bannières déployées, sanglés dans leurs uniformes chamarrés d'or ; ces musiques, bientôt suivies par des troupes d'enfants et de promeneurs exécutaient des marches entraînantes au milieu de l'enthousiasme général.
Puis, ce fut l'arrivée aux salles des concours où les jurés attendaient. La journée d'hier était consacrée aux sociétés d'harmonie, aux fanfares et aux trompettes. Les sociétés chorales et mixtes orphéons et chœurs ne passeront les concours qu'aujourd'hui.

Concours musique 25 au 28 mai 1912
Image

Il y avait une centaine de jurys et par conséquent un nombre égal de concours dans tous les quartiers de Paris. La division d'excellence a été examinée au Trocadéro, où le jury supérieur était composé de MM. Charles Widor, membre de l'Institut, G. Balay, chef de musique de la Garde républicaine ; Aug. Chapuis, Camille Chevillard, Drouin, d'Estournelles de Constant, Février, Franquin, Louis Ganne, d'Harcourt, Laurent de Rillé, Maréchal, Gabriel Parès, Pierné, Sporck et Paul Vidal.

C'est donc au Trocadéro que les prix d'excellence ont été décernés. Il y avait deux groupes : le jury du groupe A a décerné, à l'unanimité, le premier prix de 5.000 francs à l' « Harmonie des Mines de Courrières de Billy-Montigny » et le deuxième prix de 3.000 francs, par six voix et un bulletin blanc, à l' « Harmonie de Berne ». Le jury a donné une mention honorable, à l'unanimité, à la Société anglaise « Dewsbury and district ».
Le jury du groupe B a accordé le premier prix de 5.000 francs au « Cercle Berlioz de Lille » et le deuxième prix de 3.000 francs à la « Lyre narbonnaise ».
Dans ces conditions, l' « Harmonie des mines de Courrières et le « Cercle Berlioz de Lille » ont été qualifiés pour concourir entre eux en vue de l'obtention du grand premier grand prix d'excellence de 10.000 francs.

Pendant ce temps, les autres concours avaient lieu un peu partout, dans les gymnases et dans les préaux des écoles. Il y avait : Symphonie dans la salle des fêtes du Petit Journal et salle Pleyel ; « Estudiantina » à l'école Edgar-Quinet ; Trompettes aux écoles de la rue Lacordaire et de la rue Michel-Bizot ; Trompes de chasse au gymnase de la rue de la Bidassoa ; Tambours et clairons aux écoles des rues du Général-Lassalle et de la Guadeloupe ; Harmonie au Trocadéro, comme nous venons de le dire, et dans vingt-trois autres salles et écoles ; Fanfares aux gymnases Huyghens et Japy, ainsi que dans trente-cinq salles et écoles.

Tous les jurys ont distribué des récompenses. Il n'y a pas moins de 135 sociétés primées.
Les concours de la matinée terminés, les musiciens ont été libérés, tandis que les membres des jurys se réunissaient de leur côté, en plusieurs déjeuners, présidés par MM. Deville, Henri Galli, Bédorez, d'Andigfté, César Caire, etc.

Concours musique 27 mai 1912 : Audition Trocadéro — Audition place de la bourse (Clichés Agence Rol)
Image

LA SOIRÉE
Plusieurs sociétés récompensées ont joué, à huit heures et demie du soir, au Trocadéro, à la salle des Horticulteurs, aux gymnases Huyghens et Voltaire.
Le jury supérieur s'est réuni à la même heure au Trocadéro pour l'audition des deux sociétés, l' « Harmonie
des Mines de Courrières » et le « Cercle Berlioz de Lille », qui, ayant obtenu chacune dans leur division d'excellence le grand prix de 5.000 francs, étaient seules classées pour le grand prix d'excellence de 10.000 francs.
Vers dix heures du soir, après l'audition des deux sociétés concurrentes, devant une assistance considérable composée en majeure partie de dames, le jury a proclamé vainqueur du tournoi l' « Harmonie des Mines de
Courrières » qui gagne le prix de 10.000 francs. Le prix a été décerné à l'unanimité.
La proclamation du jugement a été accueillie par d'unanimes applaudissements. Le chef de l'harmonie des « Mines de Courrières », M. Dusautois, est venu saluer à plusieurs reprises l'assistance. Les exécutants étaient débordants de joie. Aussitôt le résultat proclamé, ils sortirent en criant « Vivent les Mines ! vive Courrières ! »
Lorsque le « Cercle Berlioz de Lille » a joué, après la proclamation du jugement du jury, les spectateurs lui ont
fait une ovation.
La fête s'est terminée hier sur la place de l'Hôtel de Ville, brillamment illuminée, où en présence d'une foule énorme un grand concert choral et instrumental a été donné par le Choral mixte de Leeds et Sheffield. Les 350 exécutants accompagnés par l'Orchestre symphonique de la ville d'Amiens, ont remporté un très grand succès.
Mais la foule comptant sur un concert prolongé se fâcha de n'avoir entendu qu'un orchestre. Un kiosque de musique resté vide fut renversé. La police mit fin sans peine à cet incident.

(Le Figaro 27 mai 1912)

Défilés du 27 mai 1912 : Fanfare belge de Dour — Musique de Thann (Clichés Agence Rol)
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JeanMarc
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Re: Kiosques à Musique — Petits Plus

Message par JeanMarc » mer. 4 mars 2015 15:53

François Lhoste (1859-1887), aéronaute, surnommé Frank.
Complément du Kiosque du Jardin des Tintelleries de Boulogne-sur-Mer

L'Impartial relate en ces termes l'ascension du ballon « la Ville de Boulogne » :
16 septembre 1883 — Il y avait relativement peu de monde dans le Jardin des Tintelleries, à Boulogne, pour assister au départ de l'intrépide Lhoste, qui ne méritait point une semblable indifférence.
L'ascension a eu lieu sans incident ; le ballon s'est rapidement enlevé au-dessus du jardin, a plané quelques instants sur la ville et a suivi une ligne parallèle aux jetées.
Il ressemblait alors à ces pigeons voyageurs qui montent en tournoyant dans les airs, afin de prendre le courant favorable au but qu'ils désirent atteindre.
C'est alors que les spectateurs ont compris que ce voyage n'était point sans danger, surtout avec la perspective d'une descente en mer.
Les courants qui se trouvaient dans les couches atmosphériques semblaient suivre une marche contraire. D'un côté, les nuages se détachant, au coucher du soleil, d'un centre orageux qui se trouvait alors sur l'Angleterre semblaient monter du sud-ouest vers l'est, et, de l'autre, une brise de terre chassait les navires vers l'ouest.
C'est cette voie que semblait vouloir conserver l'aéronaute, car, étant parvenu à une grande altitude, il redescendit ostensiblement pour rester dans la couche inférieure qui semblait le porter rapidement vers l'Angleterre.
Vers sept heures et demie ou huit heures moins le quart, le ballon n'apparaissait plus que comme un point imperceptible sur l'horizon, et il devait n'être éloigné que de quelques lieues de la côte anglaise.
M. Lhoste ne doutait pas d'ailleurs de la direction qu'il allait prendre, les ballons d'essai se dirigeant tous vers la mer : aussi crut-il devoir partir seul.
Comme l'aéronaute n'était point équipé pour un voyage en mer, on alla chercher une ceinture de sauvetage à la Société humaine ; c'est ce qui explique son départ tardif.
On était même assez inquiet sur la situation de l'aéronaute, mais on apprit hier dans l'après-midi que le ballon avait atterri jeudi à 10 h. 30 à quelques kilomètres de Folkestone, à Newromney. C'est la seconde fois que M. Lhoste a accompli cette traversée aérienne.

Blanchard-Jefferies de Douvres à Guînes (estampe) — Ascension du Ballon Ville de Boulogne
— 7 janvier 1785. Jean-Pierre Blanchard (1753-1809) accompagné de John Jeffries (1745-1819) est le premier à traverser la Manche en Ballon, partant de Douvres pour toucher terre à Guînes (Pas-de-Calais).
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Avant son exploit de la traversée de la Manche entre Boulogne-sur-Mer et Folkestone, Lhoste n'avait pas toujours été à la fête !
Gazette du Village du 24 juin 1883
Un drame dans les airs. Le "Précurseur" d'Anvers donne des détails sur les épisodes dramatiques de l'ascension du ballon "Pilâtre de Rozier", monté par M. Lhoste, aéronaute, qui était parti de Boulogne-sur-Mer dans le dessein de traverser la Manche en ballon et de descendre en Angleterre.
Après une première tentative infructueuse, M. Lhoste s'était de nouveau élevé dans les airs le vendredi 15 juin. à minuit. Le samedi à onze heures, il tombait dans la Mer du Nord. Nous laissons la parole au Précurseur, à qui M. Lhoste a raconté les faits lui-même :
M. Lhoste s'était à peine élevé qu'un brouillard impénétrable l'enveloppa et l'empêcha de reconnaître sa route. Vers six heures du matin, l'aérostat, dilaté par un soleil brillant, s'enleva avec une rapidité vertigineuse à 4.000 mètres.
Trois heures après, l'atmosphère se chargeant d'une lourde humidité, le Pilâtre de Rozier, cédant à la pression, redescendit, et M. Lhoste reconnut qu'il planait sur Dunkerque. Il descendit encore, malgré ses sacrifices de lest. A la fin il se décida à atterrir.
A peine à Dunkerque, M. Lhoste s'aperçoit que le vent a tourné et souffle dans une direction favorable. Il n'hésite pas et, après avoir fait une nouvelle provision de lest et acheté quelques vivres, il s'élance de nouveau dans les airs, et de nouveau le brouillard l'enveloppe. Il jette du lest pour traverser la couche nébuleuse et s'enlève progressivement jusqu'à la hauteur prodigieuse de 5.000 mètres. Un orage éclate sous ses pieds.
A onze heures du matin, le Pilâtre de Rozier commença à descendre, il planait sur la mer.
L'aéronaute jeta d'énormes quantités de lest mais il ne put obtenir que des relèvements passagers ; il était suspendu entre deux couches de nuages qui suivaient des courants contraires, de sorte qu'il lui était impossible de reconnaître sa position.
Il distinguait vaguement une mer, mais quelle était cette mer ? Une heure après, le gaz se condensant de plus en plus sous l'influence de la pression humide, le Pilâtre de Rozier rasait les flots, sur lesquels il semblait rebondir comme une balle à chaque sacrifice de lest. Le dernier sac est jeté, après lui tous les ustensiles de poids qui garnissaient l'intérieur le la nacelle. La course furieuse, marquée par des bonds de cent pieds, continua quelques instants encore.
M. Lhoste criait de toutes ses forces, mais son appel demeurait sans écho.
Le Pilâtre de Rozier s'enfonça dans les flots, la nacelle fut submergée, et le vaillant aéronaute n'eut que la ressource de grimper dans le filet.
Maintenant le ballon, dont le taffetas était détendu, flottait comme une énorme vessie.
C'est dans cette position que M. Lhoste fut enfin entendu et aperçu par le lougre Noémi, qui, après l'avoir hissé à bord avec son matériel, l'a amené, comme nous l'avons annoncé, dans notre port (le port d'Anvers).
Le Précurseur ajoute qu'en faisant ce récit lui-même, M. Lhoste répétait "Je recommencerai, et je réussirai ou je mourrai."
C'est à des hommes de cette nature intrépide que nous devrons peut-être un jour la découverte des moyens de diriger les baltons dans l'air comme on dirige les bateaux sur la mer. Qui sait si nos enfants ou nos petits-enfants ne verront pas un service de voyages par ballons organisé en Europe et faisant concurrence aux chemins de fer et aux bateaux à vapeur ? Il faut s'attendre à tout dans ce temps de progrès, où la science a déjà réalisé tant de miracles.

François Lhoste meurt à 28 ans avec Joseph Mangot (19 ans), lors d'un vol sur le ballon L'Arago, qui s'écrase dans les flots le 13 novembre 1887.
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Re: Kiosques à Musique — Petits Plus

Message par JeanMarc » ven. 6 mars 2015 11:49

Hilarion Hirschler, intrépide, ingénieux, mais pas très honnête...
(1842-1916)
en complément du Kiosque à musique du Casino de Boulogne-sur-Mer.

L'Omnibus du Travailleur, une aventure qui tourne mal. (1865-1875)
— En 1865, Moïse Wallach dit Valich, négociant, fonde la Société l'Omnibus du Travailleur, magasin de meubles, literie Meubles, Literie, Habillements pour hommes et enfants, Confections pour dames, Chaussures, Chapellerie, Soieries, Velours, Alpagas, Lainages, Orléans, Draperie, Nouveautés et tissus de toute sorte, Lingerie, Chemises, Draps, Serviettes, Mouchoirs, Flanelles, Calicots, Cretonnes ; Porcelaines, Cristaux, Horlogerie, Ombrelles, Cannes et Parapluies.
L'Omnibus du Travailleur a son magasin au 10 rue Coquillière à Paris 1er, un second local au 1er étage du n°44 de la même rue et de soi-disant vastes ateliers de fabrication de meubles au 177 rue Saint-Antoine.
La particularité de l'Omnibus du Travailleur est de vendre à tout un chacun ce dont il a envie en n'exigeant le paiement que d'un tiers du prix. Le solde doit être acquitté tous les huit jours en 10 fois.
— Hirschler y est employé depuis l'origine, puis associé.
— Trois ans après, en 1868, le Journal Paris-Programme, dans un long article publicitaire annonce que la foule abonde, les 150 personnes qui y sont employées n'y suffisent plus, 50.000 souscripteurs ont déjà fait le bon choix ; des hyperboles pour les badauds ! Les affaires vont tout autrement. Valich, endetté de 600.000 francs, cherche des associés de tous côtés pour renflouer la boutique. La guerre de 1870 ne va pas arranger les choses !
— En 1874, Hirschler, Valich et Michel Halphen, un de ses associés, guère mieux loti qu'eux, lancent l'idée de transformer l'affaire en Société Anonyme au capital de 3 millions de francs ; une maison de banque, le Crédit Général, est créée pour donner plus de sérieux à l'affaire, et on part à la chasse aux souscripteurs. Bien entendu le capital de 3 millions est totalement imaginaire, puisque les associés créateurs sont criblés de dettes.
— Hirschler, passé de simple contrôleur à chef général du contentieux, s'occupait de souscrire avec complaisance des traites entre associés : la cavalerie. Il se chargeait de racoler les membres du Conseil d'administration "jusque dans le personnel inférieur de l'établissement."
— Le 23 février 1875, les journaux annoncent l'arrestation des 3 responsables de l'Omnibus du Travailleur et du Crédit Général : Valich, président ; Hirschler, directeur ; Duparc, chef du contentieux. Les livres sont saisis et les scellés apposés. Le 10 mars, la faillite de la société est publiée. Un syndic est nommé : Sautton. Onze personnes vont être inculpées, pour un procès qui commence le 21 septembre 1875.
— Le 25 septembre 1875, Hirschler (Hilarion-Moïse) demeurant 6 rue des Halles est condamné à deux ans de prison et 1.000 fr. d'amende ; Valich et deux autres comparses subissent le même sort ; Halphen n'écope que d'un an. Les complices laissent derrière eux un trou de plus d'un million de francs...

Magasin de meubles de l'Omnibus du Travailleur (Le Journal illustré 1867) — Journal Le Tintamarre publicité 1874
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Hôtel du Parc et Grand Casino d'Aulus-les-Bains, (1879-1883)
Depuis sa sortie de prison en 1877, il subsiste une période de 4 ans de zone d'ombre dans la vie d'Hilarion Hirschler. En 1881, on le retrouve marié avec enfants.
— Le 27 novembre 1881, Hirschler, ou sa femme, fait l'acquisition de 100 actions de la Société anonyme des Bains et du Casino de Monaco au prix de 270.000 francs. Ces actions dont on ne sait pas par quel moyen il a pu les acquérir, vont lui servir à plusieurs reprises à obtenir des emprunts en les donnant en gage.
— En juillet 1882, il est Directeur de l'hôtel du Parc et des Bains d'Aulus-les-Bains, et de concert avec le directeur du Casino, M. Delannoy, organise de grandes fêtes, bals, feu d'artifices.
« M. et Mme Hirschler ont fait les honneurs de cette fête avec une grâce et un sans façon de bon goût qui en doublaient le charme. » (Journal l'Orchestre 8 juillet 1882)
— En juin 1883, Hirschler est président du conseil d'administration des eaux et du grand casino d'Aulus. Il est même précisé dans le Figaro du 4 juin 1883 que «la direction actuelle a réalisé de véritables prodiges et l'on ne saurait trop féliciter M. Hirschler, président de la Société, des brillants résultats qu'il a su obtenir en quatre ans.» Ce qui expliquerait, en partie, les années manquantes.
Il se retrouve possesseur de 300 obligations et 500 actions de la Société des Eaux d'Aulus.

Aulus-les-Bains - Sur la Terrasse du Grand Casino
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publié par Cyril Mar 24 Sep 2013 09:44

Casino de Boulogne-sur-Mer (1884-1890)
— En juillet 1884, il devient fermier du Casino de Boulogne-sur-Mer et signe à cet effet, un bail de 30 ans avec la Ville, propriétaire des lieux. A l'issue d'importants travaux de restructuration — restaurant et hydrothérapie — financés par la bailleresse, Hirschler lance une vaste campagne journalistique annonçant l'inauguration du nouveau Casino. Et, les 4, 5 et 6 juillet 1884, l'inauguration donne lieu à une immense fête.
Le Figaro, toujours bien renseigné, nous informe du déroulé détaillé de cette manifestation :

— Le premier jour, concert dans les jardins du Casino ; le soir, illumination féerique ; Guillaume Tell a été représenté avec « maestria » sur le théâtre du Casino, puis première représentation d'un ballet plein de couleur locale, les Pêcheurs Boulonnais, par les artistes de l'Eden.
— Le lendemain, grande promenade en mer sur un des magnifiques bâtiments de la Compagnie du South Easthern Railway, la Louise Dagmar, et lunch à bord. Le soir, banquet de deux cents couverts servi par le restaurant Pellé et Adolphe. (le nouveau restaurant du Casino). La toute charmante Mme Hirschler fait les honneurs des salons avec une parfaite distinction. Un grand bal est ensuite organisé.
— Le troisième jour enfin, grande excursion dans la forêt de Boulogne, et bal le soir.

Les éloges ne manquent pas, Hirschler est un virtuose de l'organisation des réceptions et fêtes et devient un spécialiste des choix artistiques susceptibles de plaire à sa clientèle :
Hirschler, l'intelligent directeur du Casino de Boulogne. (Le Figaro 28 Juillet 1887)
Quel habile metteur en scène de féerie pourrait être le sympathique directeur, M.Hirschler : il semble disposer même du brouillard, ce coloriste. (Le Figaro 26 juin 1888)
Hirschler combine de nouvelles merveilles et organise tout un plan d'attractions ininterrompues. (Le Figaro 12 juin 1889)
L'été 1890 sera sa dernière saison à Boulogne-sur-Mer.
Le 27 octobre 1891, par jugement du tribunal de commerce de Boulogne-sur-Mer, le sieur Hirschler est déclaré en faillite. La date de la cessation de payements est reportée au 22 décembre 1883, soit du temps d'Aulus-les-Bains. Et tous les actes, emprunts, remboursements effectués depuis cette date sont reconsidérés, étant effectués pendant la période suspecte. Un boomerang en quelque sorte.


Boulogne-sur-Mer - Les jardins du Casino
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publié par JeanMarc Jeu 5 Mar 2015 17:42

Casino et Jetée-Promenade de Nice (1891)
La soif des honneurs et les fautes de jeunesse qu'il va renouveler vont mener Hilarion Hirschler à sa perte.
A Nice, en 1883, le Palais construit sur Pilotis, le long de la promenade des Anglais n'a pas fait de vieux os : juste 3 jours d'exploitation, inauguré le 1er avril, incendié le 4 avril !
Le Palais était composé d'un grand café-restaurant, une grande salle des Fêtes, salle de spectacles, salons de lecture et de conversation, et bien entendu les salles de jeu de Casino, Baccara et Petits Chevaux. La société propriétaire va évidemment couler et il faudra attendre 1889 pour trouver un repreneur ; les travaux de reconstruction dureront deux ans, et c'est là qu'on retrouve Hilarion Hirschler.
N'ayant pas encore été déclaré en faillite puisque celle-ci n'interviendra que le 27 octobre 1891, il a créé une société pour exploiter la Jetée-promenade et son Casino, et c'est lui qui va organiser l'inauguration le samedi 10 janvier 1891.
Et comme à l'accoutumée, Hirschler ne fait pas dans la demi-mesure ! Il a convié toute l'élite de la société mondaine et officielle de la ville, et à une heure, un grand banquet de cent vingt-cinq personnes commence la fête. Le banquet est suivi d'un bal d'enfants et d'une représentation de la Traviata. Et Hirschler remporte tous les suffrages jusqu'en avril 1891.
Seulement voilà, la société en nom collectif « Hirschler el Cie » qu'il a fondée le 6 novembre 1890 avec un certain Charles Pacile, ayant pour objet l'exploitation du casino sis à Nice (la Jetée-Promenade), prévoyait qu'il devait verser au plus tard le 15 novembre, une somme de 500.000 francs dans la caisse sociale. Or, il n'a versé en tout et pour tout que 125.000 francs. Pacile va verser sa part, mais Hirschler pour ne pas payer, va dissoudre la société et la déclarer en faillite. Il va être poursuivi personnellement pour le passif de la société qui s'élève à 240.000 francs.

Nice - La Jetée-Promenade (cliché 1904)
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voir Ici, belle série de Cartes de Jean-Pierre de la Jetée-Promenade de Nice :

Casino de Bagnères de Bigorre (1893-1894)
Hirschler, malgré ses déboires, ne se décourage pas. Un an après on le retrouve Directeur du Casino de Bagnères de Bigorre, et toujours, il est grandement apprécié :
En juillet 1893, Hirschler organise une fête de nuit et les éloges fusent
: II serait trop long d'énumérer ici comment M. Hirschler a décoré le parc et la façade du Casino, c'était tout simplement féerique, et, de mémoire de Bagnérais, on n'a jamais vu une telle profusion de fleurs et de lumières de toutes sortes délicieusement arrangées. Pour compléter le ravissant coup d'œil qu'offre le parc, les Chanteurs montagnards sont là ! L'Harmonie bagnéraise, toujours sur la brèche, égrène elle aussi les meilleurs morceaux de son répertoire, tandis que dans la salle du Casino, Faust, joué d'une façon remarqnable, vaut à tous ses interprètes de chaleureux bravos, notamment à M Boussa, superbe dans Mephisto. Mlle Pirollaud, qu'on ne se lasse pas d'entendre, a enthousiasmé le public, c'est, en effet, la Marguerite la plus parfaite qu'on puisse désirer ; du reste, chaque soirée est pour elle l'objet d'ovations méritées. Cette soirée, brillante entre toutes, a été terminée par un magnifique feu d'artifice. (L'Europe Artiste 30 juillet 1893)

Mais après la saison 1894, Hirschler file à l'anglaise, laissant des dettes de tous les côtés. Cette fois-ci les journalistes ont la plume acide :
Bagnères-de-Bigorre. — M. Hirschler, directeur du casino, a levé le pied. Il laisse en panne ses artistes lyriques et ses musiciens. Pas une facture n'est payée. Compagnie du gaz, épiciers, bouchers, imprimeurs, logeurs, boivent de sérieux bouillons.
Nous le regrettons bien vivement, mais aussi, quelle folie a poussé le syndicat des eaux de Bagnères de confier la direction du casino à un Hirschler, à un ... infect, qui plusieurs fois déjà, avait faussé compagnie à ses fournisseurs. Le syndicat n'avait qu'à écrire au maire de Boulogne, et il eût été exactement renseigné sur les procédés et l'honorabilité du ... Hirschler.
(L'Express du Midi 11/9/1894)

Bagnères-de-Bigorre - Le Casino
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publié par JeanMarc Lun 22 Déc 2014 13:35

Grand Casino de Paramé (1900-1901)
Hirschler, après 5 années sabbatiques, remet le couvert ! Après avoir écumé Paris, le Nord, le Sud, le Sud-ouest, peut-être que le climat breton calmera ses ardeurs ! Surtout que la belle digue de Paramé sur laquelle il jette son dévolu est balayée par le vent et les vagues en permanence. Et bien là encore il n'exécute pas ses obligations en regard des actes qu'il a signés.
En vue d'exploiter le Grand Casino de Paramé, il crée le 19 juin 1900 la société Bertrand J. et Hirschler. Il signe le bail le 17 août 1900, moyennant un loyer annuel de 26.000 francs, pour une durée de 10 ans et 3 mois, auprès de MM. Baschmakoff et Michel propriétaires. Ces derniers vendent à M. Meyran, les murs du Casino le 25 février 1901, Hilarion Hirschler et son associé Joseph-Fortuné Bertrand restant bien évidemment locataires.
Mais Hirschler fidèle à ses habitudes refuse de payer le loyer à ses nouveaux bailleurs, et finalement se fera expulser en août 1901, après résiliation judiciaire du bail.


Paramé - Le Grand Casino
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publié par JeanMarc Jeu 5 Mar 2015 17:46

Kursaal d'Enghien-les-Bains (1902-1903)
Fin 1901, Bressoux, banquier, acquiert, à Enghien-les-Bains, l'ancienne résidence d'Hippolyte de Villemessant, fondateur du Figaro ; il n'y connaît rien aux affaires casinotières et théâtrales. Il doit lire les journaux comme tout un chacun, et il a eu vent des exploits d'Hirschler. Qui n'a entendu parler, à cette époque, de la faillite retentissante de l'Omnibus du travailleur, avec, à la clef, la mise sous les verrous dudit Hirschler ? ou bien des faillites des Casinos de Boulogne-sur-Mer, de Nice, de Bagnères-de-Bigorre ? ou encore de sa récente expulsion du Casino de Paramé ? Pas de doute donc, Hirschler est l'homme de la situation pour diriger ou tout au moins lancer sur les rails le Kursaal d'Enghien.
En 1902, Bressoux fonde la société Bressoux et Hirschler, Kursaal d'Enghien, chargée d'exploiter l'affaire et Hirschler en est le directeur responsable.
La saison 1902 se déroule comme sur des roulettes, si on peut dire : les représentations théâtrales marchent à plein régime ; le café-restaurant — Dîner 5 frs. comme l'annonce le grand panonceau-enseigne visible à 50 mètres à la ronde sur l'avenue de Ceinture à l'entrée du Kursaal — ne désemplit pas ; la Terrasse, lorsque le temps le permet refuse du monde ; le Kiosque à musique fait entendre les meilleurs concerts ; et les salles de Jeux drainent tout-Paris. La municipalité et le Casino en face essaient bien un peu de contrecarrer l'entreprise, mais en vain.
Le début de la saison 1903 se présente sous un moins bon augure : le dimanche 12 avril, jour de Pâques, Hilarion Hirschler reçoit une petite visite du Commissaire de Police d'Enghien qui lui dresse un procès verbal constatant qu'il est en infraction sur la législation des maisons de jeux au Kursaal, à savoir la tenue de jeux de hasard prohibés, et lui enjoignant de cesser, séance tenante, cette activité.
Hirschler qui en a vu d'autre, ne se laisse pas démonter, et continue les jours suivants sa petite affaire, comme si rien ne s'était passé.
Le samedi 9 mai 1903, le Commissaire de Police d'Enghien fait une nouvelle descente musclée au Kursaal et dresse un second procès-verbal à l'encontre de l'honorable directeur Hilarion Hirschler, constatant que le jeu « des petits chevaux » est installé et fonctionne publiquement, en infraction avec l'article 410 du Code Pénal. La même infraction est relevée contre les sieurs Orsatelli, Favre, Hugues et Cazade, préposés d'Hirschler. Le Commissaire fait saisir dans la salle de jeux la somme de 212 francs, vraisemblablement la mise lors de son passage, le jeu proprement dit, appareil à neuf chevaux, deux tables de jeu, trente-deux chaises garnissant la pièce et deux râteaux servant aux croupiers à ramasser les sommes perdues par les joueurs.
Le 3 juillet 1903, Hirschler se défend comme un beau diable devant le tribunal de Pontoise : il affirme que, n'ayant pas d'autorisation écrite des pouvoirs publics pour ouvrir et tenir cette maison de jeux de hasard, il en avait toutefois obtenu la tolérance. Les sieurs Orsatelli, Favre, Hugues et Cazade seront au final relaxés, Hirschler, quant à lui, est condamné à... 100 francs d'amende et aux dépens ! Pas de quoi fouetter un chat ! Ca a du donner envie à bien d'autres d'ouvrir des tripots clandestins... En appel, la Chambre correctionnelle de Paris confirme la sentence le 20 février 1904.

Enghien-les-Bains - Villa Villemessant, Kiosque et Kursaal
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publié par JeanMarc Mar 20 Sep 2016 13:24

Théâtre Moncey (1904)
L'avant-dernier dernier acte d'Hilarion Hirschler n'est cette fois-ci pas un Casino, mais un théâtre, lieu artistique dans lequel il excellait au vu de sa carrière bien remplie. Les avis des quotidiens sont partagés.
Le Figaro du 30 août 1904 nous prévient que
le théâtre Moncey subit un nouvel avatar. Il devient un music-hall, qui s'appellera Titania. M. Hirschler, le nouveau directeur, ouvre les portes de Moncey transformé, après-demain soir, avec un opéra bouffe en cinq tableaux : Tout l'Olympe à Titania. Les interprètes de cette pièce, due à MM. de Marsan et Georges Charton, sont Mmes Gabriani, Marie Chalon et MM. Colas, Rablet et Ransard.
Le Journal Gil Blas a apprécié : L'ancien théâtre Moncey (avenue de Clichy), complètement métamorphosé, coquettement décoré par les soins de la nouvelle direction, et devenu music-hall sous le nom gracieux de et Titania », ouvre ses portes jeudi soir ; la veille, mercredi, répétition générale.
Pour cet ingénieux essai de décentralisation artistique, le nouveau directeur, M. Hirschler, a eu l'heureuse idée de commander la pièce d'ouverture à deux maîtres, MM. de Marsan, l'auteur applaudi de Madame la Lune, et Georges Charton.
Donc, jeudi soir, première de Tout l'Olympe à Titania, opéra-bouffe en cinq tableaux, joué par MM. Colas, Rablet, Ransard, Mmes Gabriani, Marie Chalon.

Paris - Le Théâtre Moncey
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publié par ombellule Sam 21 Déc 2013 09:07

Vélodrome d'Hiver de la Galerie des Machines - Spectacle « Le Palais Hippique » (1905) (1)
Le dernier acte du spectacle d'Hirschler avant de tirer le rideau.
Fidèle à ses habitudes, près de 30 ans de métier, Hirschler fait précéder le spectacle qu'il prépare, de nombreux articles élogieux. On peut même se demander si la rédaction de ceux-ci ne serait pas rédigée par lui-même, tellement, la similitude est frappante quant aux termes employés ?
Cette fois-ci c'est la fameuse Galerie des Machines du Champ-de-Mars et son Vélodrome d'Hiver qui le tente. Il y organise un spectacle à la "Robert Hossein" du Palais des Sports, ou encore façon "spectacles du grand parcours du Puy-du-Fou", engageant 300 artistes et figurants, costumes époque Louis XV, 150 chevaux et des décors illuminés par de puissantes lampes à arc, tableaux historiques, scènes équestres, combats moyenâgeux à la lance, le tout suivi d'une pantomine-ballet.
Hirschler met le paquet pour son dernier lever de rideau !
Le spectacle qui devait avoir lieu le 1er juin s'est finalement déroulé le 12 juin 1905, et les promesses annoncées dans les quotidiens le 26 mai 1905 (foule de jolies filles, corps de ballet aussi complet qu'à l'Opéra, 300 cavaliers et 500 figurants) se sont réduites comme peau de chagrin le jour fatidique du spectacle : point de jolies filles, plus que 150 cavaliers et 300 figurants. Quant aux milliers de spectateurs qui étaient attendus, rien dans la presse n'est venu confirmer que le succès escompté fut au rendez-vous !...
(2)

Paris - Galerie des Machines
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publié par Carpostale Lun 27 Déc 2010 13:54

Hilarion Hirschler décède en 1916 au n°23 de la rue de Maubeuge à Paris.

----------
(1) Le Palais ou Galerie des Machines
La fameuse Galerie des Machines du Champ-de-Mars - Avenue de Suffren, édifiée pour l'Exposition universelle de 1889, d'une superficie de 8 hectares, une fois l'exposition terminée, servira tour à tour pour les courses hippiques, courses de vélocipèdes et autres triplettes, exposition d'ethnographie, agricoles, salle de concert. Elle est même transformée en juillet 1893 en une immense caserne où s'installent des détachements de hussards, cuirassiers, dragons et chasseurs venus de Versailles, Compiègne, Melun et Rambouillet...
En décembre 1892, on inaugure dans ce Palais des Machines, un Vélodrome d'Hiver avec sol en bois de 400 mètres de périmètre avec virages de 80 mètres relevés de 25% ; des cabines de coureurs et une salle d'hydrothérapie sont installées, et au premier étage sont aménagées des salles de lecture, de billard, d'escrime, avec buffet, téléphone, etc...
Une autre partie de la Galerie des Machines est réservée au fool-ball, au lawn-tennis et à la piste de courses à pied, etc...
A partir de 1897, on prépare l'exposition de 1900 et on va réaménager, en gardant sa structure, la Galerie des Machines. Durant l'exposition de 1900, cette galerie abrite l'Exposition française de l'Agriculture et de l'Alimentation, et on installe à ses côtés la Grande Roue.
Et, en 1903, on recommence comme en 1892 : un nouveau Vélodrome d'Hiver est construit, avec une piste de 333 mètres, donc plus petit que son prédécesseur. Les Concours agricoles et autres expositions et spectacles reprennent, les concours hippiques sont toujours d'actualité. En mai 1906, de nouveau la Galerie des Machines sert de caserne, mais cette fois-ci c'est en raison des grèves que la troupe a été appelée : un nombre impressionnant de bataillons et d'escadrons y sont cantonnés : 6 bataillons des Régiments d'Infanterie et 18 escadrons de Régiments de Cavalerie.
En 1909, la ville de Paris décide et procède à la destruction du Palais des Machines afin d'harmoniser la perspective du Champ-de-Mars.

Paris - Galerie des Machines
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publié par Beube Lun 13 Fév 2012 12:16

(2) 26 mai 1905 - Le Palais Hippique. — Au Vélodrome d'Hiver de la Galerie des Machines. — Un spectacle équestre sans précédent. — Trois cents chevaux en piste.
Paris a soif de beaux spectacles et ne manque jamais de faire un succès aux attractions grandioses, qui n'ont pas été inventées, comme on pourrait le croire, par l'Amérique, puisque une place de la capitale — et l'une des plus belles — la place du Carrousel, perpétue encore la mémoire des fêtes fastueuses de la Chevalerie, dont la dernière fut donnée par Louis XIV.
Aussi, est-ce une heureuse idée qu'ont eue MM. Hirschler et Cie en reconstituant, d'après les documents historiques, des scènes équestres qui forment sans nul doute un des plus beaux spectacles qu'on puisse rêver : témoin le carrousel triomphal qui a clôturé cette année le Concours Hippique.
Mais le carrousel auquel vont nous convier, à la Galerie des Machines, MM. Hirschler et Cie, sera plus admirable encore que celui du Grand Palais. Avec une cavalerie de trois cents chevaux et des costumes de l'époque où les chevaliers de France, avant le perfectionnement des armes à feu, avaient la lance au poing, défiait toutes les armées de l'Europe, le numéro qui inaugurera le programme du Palais Hippique, fera courir tout Paris par sa magnificence inédite. Car, à ce spectacle, s'ajoutera une pantomime : Au temps des Preux, maniée avec un luxe et une mise en scène réellement nouvelle qui constituera, à elle seule, une attraction unique.
En dehors des principaux rôles, tenus par le mime et maître de ballet Paglieri, créateur de Vercingétorix à l'Hippodrome, et de Mlle Bernadette Darson qui fut si remarquée aux Folies-Bergère et à l'Olympia, une foule de jolies filles, un corps de ballet aussi complet que celui de l'Opéra, trois cents cavaliers et enfin près de cinq cents figurants, tout ce monde, costumé par Roize, formera un ensemble que jamais aucune scène, aucun cirque au monde n'a présenté au public.
Il faudra reparler du programme du Palais Hippique, dont l'ouverture a été irrévocablement fixée au 1er juin mais dès maintenant, citons les principaux collaborateurs de ce spectacle colossal, auquel vont être conviés les Parisiens : M. Marcus, auteur à la fois du livret et de la musique de la pantomime ; M. Jasset, qui, avec une expérience consommée, a mis en mouvement et réglé ces masses inaccoutumées d'acteurs, aidé par l'habile metteur en scène Georges Hatot ; M. de Monti, sous-maître à Saumur, qui dirige la cavalerie avec le concours de M. Désiré Weiss et du chef écuyer Henri Bohn ; enfin, Mme Cochel, de l'Opéra, qui a réglé avec Paglieri les danses que comporte ce formidable et féerique spectacle.
(Le Journal - 26 mai 1905)

29 mai 1905 - Le Palais Hippique - Un reconstitution merveilleuse - Grandes scènes du moyen âge. - Les combats à la lance.
On travaille nuit et jour à la Galerie des Machines pour transformer le Vélodrome d'Hiver en une immense arène où se dérouleront les magnifiques spectacles du Palais Hippique. MM. Hirschler et Cie, les habiles managers, ont confié à M. Emile Jandelle, l'architecte de tous les grands Music-halls, le soin d'opérer cette transformation et de conduire les travaux dont a été chargé la maison Lapeyrière. En moins d'une semaine, de belles et spacieuses loges, que borde un large promenoir, ont été élevées tout autour de la lice qui servira de champ clos aux combats équestres que certainement tout Paris viendra voir.
Mais il a fallu songer à l'éclairage de l'immense hall, pour permettre à des milliers de spectateurs de suivre tontes les péripéties d'un programme extraordinairement varié ; et, pour cela, MM. Hirschier et Cie ont fait établir une profusion de puissantes lampes à arc qui inonderont d'une lumière intense les acteurs et tous les interprètes des scènes hippiques, de la pantomime et des ballets, qui constitueront autant d'attractions uniques. On pourra se faire une idée de l'installation électrique nécessitée par cet éclairage lorsque nous aurons dit que la maison Clémençon a dû employer plus de 35 kilomètres de câbles pour relier à la canalisation du secteur, toutes les lampes.
Nous avons déjà parlé des costumes, méticuleusement reconstitués d'après des documents authentiques, et qui ont été fournis par Roize : les armures, tout particulièrement soignées, ont été copiées sur les plus beaux modèles du musée d'artillerie des Invalides. Elles sont d'ailleurs du même poids que les armures de l'époque, puisqu'elles doivent servir à protéger les cavaliers dans les tournois qui vont être donnés au cours de la pantomime « Au temps des preux », combats à la lance, qui passionnèrent nos aïeux, et qui passionneront, certainement les spectateurs, de la même façon que les luttes où se rencontrent annuellement des athlètes qui ont nom Paul Pons et Raoul le Boucher.

(Le Journal - 29 mai 1905)

12 juin 1905 - Aujourd'hui à 2 heures et à 8 heures du soir, Galerie des Machines, à l'Exposition de Médecine et d'Hygiène, tout visiteur, moyennant son prix d'entrée, a le droit d'assister au splendide spectacle offert par le Palais hippique, et où l'on pourra admirer des tournois moyen-âge, un magnifique carrousel Louis XIV avec 150 chevaux, 300 artistes, costumes de l'époque, et autres attractions intéressantes, absolument nouvelles.
(Journal des débats - 12 juin 1905)

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Re: Kiosques à Musique — Petits Plus

Message par JeanMarc » mar. 31 mars 2015 09:30

Incursion outre-quiévrain.
en complément du Kiosque à musique de Bray-Dunes.
La proximité immédiate de la Belgique, à peine deux kilomètres par la plage entre Bray-Dunes et La Panne, nous incite à faire une incursion outre-quiévrain, d'autant que les très beaux kiosques à musique y sont légion. Il est vrai que Cparama n'est consacré qu'aux cartes de la France et de ses anciennes colonies, mais une petite digression n'est pas coutume ; et profitons-en pour glisser une anecdote réelle survenue dans un kiosque belge, précisément à Louvain.

Le Ménestrel 20/9/1863 Rarement, croyons-nous, un concert plus curieux a eu lieu que celui qui a été donné, sur la grande place de Louvain (Belgique), le 10 de ce mois, à l'occasion de la kermesse communale. Un kiosque élégant avait été placé devant le perron de l'Hôtel de Ville de Louvain; la musique du 2e régiment de chasseurs à cheval devait s'y faire entendre, et, vers six heures du soir, au moment où la fête allait commencer, une foule assez compacte entourait l'estrade.
Quarante musiciens montent au kiosque, le chef range ses hommes, les instruments s'accordent et puis le bâton d'orchestre frappe une... deux... trois...
A la première note du morceau, le plancher du kiosque s'enfonce et toute la musique va achever son accord à cinq pieds au-dessous du sol ! A part le bris des instruments, il n'y a, fort heureusement, eu aucun malheur sérieux à déplorer. Mais nous renonçons à décrire le spectacle que présentèrent ces pauvres artistes, sortant comme ils le pouvaient de l'espèce de caverne dans laquelle ils avaient été précipités et emportant les restes de leur costume et de leurs instruments. Il va de soi que cet événement eut un succès inespéré d'hilarité, mais que la justice ne manquera pas de chercher l'auteur de la négligence qui eût pu convertir un simple accident en un terrible malheur.


Petit Florilège de Kiosques à musique en Belgique :
Kiosque de La Panne
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Anvers & Lessines
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Audenarde & Heyst sur Mer
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Bruges & Gand
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Mariakerke & Tirlemont
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Ostende & Spa
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Re: Kiosques à Musique — Petits Plus

Message par JeanMarc » mar. 5 mai 2015 10:17

Des Bertrand comme s'il en pleuvait !...
En complément du Grand-Hôtel Casino et Kiosque de Cabourg.

1884 Cauterets
Charles et Henri Bertrand font leurs premières armes à Cauterets (1), en tant que fermiers du Casino-Club appartenant à la Dame Ballay, née Job. En 1884, la Dame Ballay a maille à partir avec eux ; elle les contraint par exploit d'huissier au payement de 35.000 fr. qui lui sont dûs à titre de loyers. Ayant été expulsés, ils vont se retrouver au tribunal devant Sandoval, le cessionnaire de la Dame Ballay, une première fois le 13 août 1886 (tribunal de la Seine), puis le 22 juin 1887 (tribunal de Lourdes). Et du fait des deux jugements établis dans des juridictions différentes, ils vont gagner du temps par des arguties jusqu'à un nouveau jugement du 9 avril 1889, autorisant Sandoval, nouveau propriétaire du Casino de Cauterets, à obtenir que les Frères Charles et Henri Bertrand paient leurs dettes par une saisie hypothécaire sur le Casino de Pau qu'ils ont pris en main.
Mais l'affaire n'est pas terminée ! Ce n'est que le 25 février 1913, que la Cour de Cassation, ayant cassé un jugement de la Cour d'Appel de Pau du 1er juin 1909, permet aux époux Cabaud, subrogés dans les droits des précédents propriétaires du Casino de Cauterets, de poursuivre les frères Charles et Henri Bertrand pour le paiement des 35.000 fr. Soit 29 ans de procédure !...


Cauterets - Boulevard Latapie-Flurin - Casino-Club Théâtre
(cliché-gauche : Entrée du Casino-Club aux cariatides à gauche ; cliché-droite : Immeuble en entier du Casino-Club Théâtre, à droite, bacs à fleurs tout au long)
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1884-1893 Paris
Pas moins de cinq frères Bertrand vont tenir la une des journaux pendant des mois en 1892-1893. Charles, Henri, Léon, Léopold et Louis tiennent, à eux cinq, trois Cercles de Jeux à Paris. On dit, mais aucun élément ne vient l'attester, qu'ils sont tout cinq d'anciens domestiques de Rothschild. L'un était cocher, l'autre piqueur, le troisième groom, le quatrième concierge, le dernier cuisinier...
Dès 1884, Henri Bertrand (né en 1846), après son départ en catastrophe de Cauterets, reprend à Paris, 4 rue Mogador, le cercle de jeux Le Betting-Club, créé depuis le 2 avril 1881 ; le cercle est dirigé par Porte.
De son côté, Charles Bertrand acquiert le Cercle Franco-Américain le Washington, 4 place de l'Opéra, auprès de Marius Sammarcelli qui, lui, va prendre en main le Casino de la Villa des Fleurs d'Aix-les-Bains. Léopold Bertrand est co-directeur du Washington, Louis Bertrand en est le chef de cuisine.
Enfin, Léon Bertrand († 1905) prend les rênes du Cercle Anglais, 3bis rue de la Chaussée d'Antin.
Henri Bertrand, en plus de son cercle, tient une "parfumerie" à l'enseigne La Rosée-Crème 46 Boulevard Haussmann. Il se fait passer dans les journaux pour un chimiste possédant un laboratoire de recherche. (2)


1893 Le Boomerang
Donc tout semble marcher comme sur des roulettes pour cette petite famille, jusqu'à ce mois de septembre 1893 où Henri Bertrand dépose une plainte pour escroquerie contre l'un des membres de son cercle, Armand Schwob, bijoutier-horloger à Paris. Schwob aurait pratiqué le système Ponzi avant l'heure, en lui faisant miroiter des retours sur bénéfice considérables, par le biais d'une fabrique d'ambre artificielle dans laquelle Schwob faisait investir Henri Bertrand ; et régulièrement, il lui versait des bénéfices substantiels bien entendu fictifs, de manière à l'inciter à accroître sa mise investie. L'ambre n'a jamais existé, et les capitaux ont disparu (1 million 700.000 francs)
Mais la plainte d'Henri Bertrand va en fait se retourner finalement contre lui ; le 17 octobre 1893, il est arrêté et placé à Mazas. Un habitué de son cercle du Betting-Club, Guy de Marcilly, prétend que Bertrand lui a prêté en plusieurs fois la somme de 87.000 francs, et qu'à la suite de ce prêt, il s'est trouvé devoir la somme de 200.000 francs à Henri Bertrand qui lui a fait signer chez un notaire de Touraine, une reconnaissance de dettes, assortie d'une hypothèque. A l'annonce de l'arrestation d'Henri Bertrand, le notaire de Blois qui s'est chargé de l'acte hypothécaire frauduleux, Maître Cailler, se suicide, en novembre 1893.
Le Betting-Club est bien entendu fermé par autorité de justice et Me Moreau est désigné, en qualité de liquidateur judiciaire. Les 23 et 24 décembre 1893, le mobilier, le matériel et le stock du Cercle du 4 Rue Mogador sont vendus aux enchères publiques ; la cave constitue un trésor d'Ali Baba avec 3.000 bouteilles, parmi lesquelles 380 bouteilles de Chablis et Graves, 600 bouteilles de Pouilly, 1.000 bouteilles de Porto, Xérès, Madère, 100 bouteilles d'absinthe, 200 bouteilles Grande Fine-Champagne, sans compter les cognacs et les vieux marcs...
Les Frères d'Henri Bertrand vont être expulsés de leurs Clubs Parisiens ; Charles Bertrand, quant à lui, avait préparé ses arrières, puisqu'il avait investi tous ses gains, dès 1892, dans le Grand-Hôtel, le Restaurant et le Casino de Cabourg.
Le 1er juin 1894, la 9e chambre correctionnelle condamne Henri Bertrand à 4 mois de prison et 45.000 francs d'amende, pour habitude d'usure envers de nombreux joueurs malheureux à qui il prêtait de nombreuses sommes.


Salle de Jeu non identifiée
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publié par maracuja Mer 2 Oct 2013 13:49

1895 Journaux Maîtres-chanteurs (la réponse du berger à la bergère de Charles Bertrand)
A la suite des déboires d'Henri Bertrand, les journaux s'en donnent à coeur joie sur les cercles, tripots, casinos et autres salles de jeux plus ou moins clandestines. Et certains journalistes vont se prêter au jeu devant la manne qui passe sous leurs yeux, la convoitise finissant par les aveugler.
Le Journal le XIXème siècle (le Directeur Edouard Portalis, Girard, administrateur du journal et plusieurs journalistes) fait chanter de 1892 à 1894 les propriétaires de cercle de jeu et casinos de Paris, leur demandant de grosses sommes d'argent, les menaçant de publier des articles incandescents sur eux s'ils ne s'exécutent pas.
Charles Bertrand, administrateur du Cercle Washington, se fait ainsi soutirer 70.000 frs.
Camille Dreyfus du journal La Nation tente la même chose avec Charles Bertrand en lui "empruntant" 6.000 frs. ; Dreyfus essaie d'emprunter d'autres sommes à Charles Bertrand, mais ce dernier ayant refusé de cracher au bassinet, le lendemain, le journal La Nation publie un article sulfureux sur "les Tripots".
Charles Bertrand dépose donc une plainte contre tout ce beau monde.
Camille Dreyfus est arrêté, et Edouard Portalis s'enfuit. Dreyfus va vite s'empresser de rembourser les "prêts" de Charles Bertrand.
Lors du procès en 1895, Charles Bertrand est décrit comme
"un gros garçon épais, moustachu, à l'allure lourde et à la parole empâtée, laissant impression de crainte, d'hésitation et de méfiance".
Son frère Henri Bertrand, était lui aussi concerné par ces menaces, avec son Betting-Club.
Parmi l'ensemble des 8 prévenus :
Portalis est condamné par défaut à cinq ans de prison et 3.000 francs d'amende.
Girard à deux ans de prison et 1.000 francs d'amende.
Camille Dreyfus à un an de prison et 500 francs d'amende.
En appel, Girard écope de 18 mois au lieu de deux ans de prison, la condamnation de Dreyfus est confirmée.

1892-1927 Cabourg
Charles Bertrand, "rangé des voitures" connaît ses heures de gloire pendant cette période. Une statue est même édifiée à son effigie pour la postérité en 1928. (voir description et détails de cette période sur notre article principal de Cabourg Grand-Hôtel-Casino et Kiosque)

voir ici Buste de Charles Bertrand dans les Jardins du Grand-Hôtel de Cabourg.
27 mai 1928 — Cabourg. Aujourd'hui dimanche jour de la Pentecôte à 4 heures, dans le jardin du Casino, aura lieu l'inauguration du monument Charles Bertrand, ancien maire de Cabourg, chevalier de la légion d'honneur.
Cette cérémonie se déroulera sous le haut patronage du préfet du Calvados, de M. Henry Chéron, ancien ministre, sénateur ; M. Blaisot, député ; du comte de Villefranche, maire, et du Conseil municipal de Cabourg M. Delarbre, conseiller général, et M. Cailloué, conseiller d'arrondissement.


Cabourg - Le Casino (à gauche) et les Jardins du Grand Hôtel
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publié par mimigege Sam 17 Jan 2015 18:27

1900-1908 Casino de Paramé
Charles Bertrand se replie donc à Cabourg entraînant quelques frères avec lui (Léon et Léopold).
Le 23 avril 1900, il se retrouve avec Hilarion Hirshler sur qui nous avons publié une petite étude
voir Ici PETIT PLUS déjà publié sur Hilarion Hirschler-Kiosque Boulogne-sur-Mer.. Ils ont tous deux rendez-vous au Casino de Paramé avec M. Martin, entrepreneur des réparations en cours d'exécution et ses sous-traitants.
Le 25 avril 1900 Charles Bertrand et Hilarion Hirshler sont définitivement concessionnaires pour dix ans du Casino de Paramé. Les travaux de restauration, interrompus depuis deux mois, reprennent, et le casino ouvrira dans la première huitaine de juillet. Bertrand, trop occupé par ses propres affaires et son mandat de maire, délègue à sa place Joseph-Fortuné Bertrand (son fils ?). Bertrand et Hirschler sont expulsés en août 1901 pour défaut de paiement de leur loyer au nouveau propriétaire Meyran.
Si Hirschler abandonne l'affaire et part sous d'autres cieux, Bertrand de son côté fait appel de la décision et, le 22 avril 1902, la 8ème chambre lui donne raison ; le 2 mai il signe avec Meyran son propriétaire, un nouveau bail pour neuf années chez Me Bazin, notaire à Paris.
En janvier 1908, Bertrand céde ses droits au bail à MM. Bélagas et Raoul Barbe, de Nice. (3)

Paramé - Le Grand Casino (voir ici Inauguration du Casino en 1883)
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publié par JeanMarc Dim 3 Mai 2015 09:51

1903-1905 Casino de Saint-Malo
La saison estivale 1903 voit arriver à la Direction du Casino municipal de Saint-Malo, Léon Bertrand, le frère, du Cercle Anglais de la Chaussée d'Antin. Les éloges sur son empathie et son habileté dans la gestion du Casino et de ses représentations dramatiques et théâtrales, ne cessent pas dans les revues et journaux.
De son côté il s'efforce de faire venir des vedettes du spectacle, tel Félix Galipaux, venu jouer "la Carotte" en août 1903.
Pour la saison 1904, il transforme complètement l'établissement et transfère le Cercle, sa spécialité, dans la grande galerie. En outre, le 27 février 1904, il a obtenu l'autorisation du conseil municipal de Saint-Malo de controler, trois mois par an, l'entrée du jardin public du Casino afin d'y donner des feux en plein air, d'installer un orchestre sur la terrasse du café, etc. Il donne à ce titre une indemnité de 500 francs par an à la ville.
Léon Bertrand ne verra pas la saison 1905 : il décède le 30 mai 1905 à Paris.
Bernardin qui lui succède à la tête du Casino est déjà en pourparlers en septembre 1907 pour céder son droit au bail du Casino aux frères Gautier, directeurs du Casino de Berck-sur-Mer.

Saint-Malo - Le Grand Casino Municipal (voir ici Résumé de l'historique du Casino et Cliché de celui-ci en 1944)
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publié par JeanMarc Lun 4 Mai 2015 08:52

(1) Il est possible que Charles et Henri Bertrand aient tenu, pendant la saison d'été 1882, le Casino de Bagnères de Luchon, établissement qui appartenait à Sicre du Breilh dont l'état de santé l'avait contraint à s'absenter. Cependant, une seule source le relatant, cela reste à vérifier.

(2) Le Figaro 7 janvier 1892 — C'est une chose reconnue par les médecins que les boutons, la couperose, la moindre plaie donnent facilement prise aux épidémies. Ce sont des portes ouvertes aux microbes. La rosée crème de M. Bertrand, 35, rue de la Tour-d'Auvergne, par ses propriétés antiseptiques, assure non seulement la beauté en préservant la peau des flétrissures de l'âge et des altérations qui peuvent l'atteindre, mais elle est encore une garantie pour la santé.
Le Figaro 10 mars 1892 — Le froid persistant oblige les personnes dont la peau est susceptible à prendre certaines précautions. Le meilleur moyen pour éviter les gerçures, les rides et les rougeurs provoquées par l'air trop vif, c'est d'employer la Rosée Crème qui possède des qualités toniques et adoucissantes, et la Rosée Neige, poudre de riz invisible et hygiénique. Ces deux préparations, que nous devons au chimiste H. Bertrand, 35, rue de La Tour-d'Auvergne, donnent à l'épiderme la santé et la beauté.
Ces deux créations du chimiste H. Bertrand, que l'on trouve à son laboratoire, 35, rue de La Tour-d'Auvergne, ont sur l'épiderme une influence bienfaisante que nos Élégantés ont depuis longtemps appréciés.


(3) 14 octobre 1906 — Un incident s'est passé à Paris tout dernièrement. Sur le boulevard de la Madeleine, M. Bertrand, directeur du Casino de Paramé, ayant fortuitement rencontré un de ses clients, M. X. invita celui-ci à rembourser des jetons de jeu. Ayant essuyé un refus, une altercation assez vive a eu lieu entre ces deux messieurs. L'affaire aura des suites...
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Re: Kiosques à Musique — Petits Plus

Message par JeanMarc » lun. 11 mai 2015 15:25

Henry Ruhl, infatigable créateur d'Hôtels et Casinos de Luxe
En complément du Grand-Hôtel, Casino et Kiosque de Cabourg.

Né Anglais, il se fait naturaliser Français en 1907.
Les premières intentions d'Henry Ruhl (1869-1956) étaient fort différentes de la suite de sa carrière : le 28 décembre 1901, il crée à Paris pour une durée de 5 ans, la société H. Ruhl et Cie, ayant pour objet social l'Exploitation des buffets de champ de course, avec un capital de 50.000 frs. (1)
Dans les faits, en quelques années, il va constituer à partir de 1902 un empire hôtelier de belle qualité. Par un choix judicieux des emplacements et des régions où il implante ses hôtels et casinos, il use d'un discernement sans égal en cette période. Sa biographie, très discrète à ce jour, reste à faire.
Les fonds nécessaires aux gros investissements qu'il a réalisés sur les hôtels et casinos, lui ont été procurés par des commanditaires, dont entre autres, le Grand Duc Michel de Russie (1878-1918), ainsi que par le Crédit foncier et agricole d'Algérie, rue Cambon à Paris.
Il crée plusieurs sociétés, dont il est administrateur ou dirigeant, la principale étant la Société des Hôtels Réunis, 55 bld Haussmann, société anonyme issue de la transformation le 7 novembre 1904 de la société H. Ruhl et Cie. Initialement, le Capital est détenu par Henry Ruhl à 55% (550.000 frs sur 1 million de frs). Plusieurs augmentations de Capital seront nécessaires au gré des acquisitions : en 1920, le capital dépasse les 10 millions.
Les administrateurs de la société en 1907 sont : MM. H. Fossey, H. Ruhl, G. Viguier, H.-L. Eschger, G. Moritaillier, H. Viguier, E. Etienne, Cardin, Le Bret, et G. Doeuillet.
En 1912, Henry Ruhl est toujours président, de nouveaux administrateurs apparaissent : le comte Emmanuel de la Rochefoucauld, René Lacour, Otto Zels, Frédéric Ruhl, Bergeret de Frouville, A. Seguin, Georges Ruhl.
Frédéric Ruhl est le frère d'Henry Ruhl, Georges Ruhl est leur père.
Certains établissements ont été construits puis revendus plus ou moins rapidement, d'autres ont été restaurés et pris à bail ou fermage, mais la plupart, une fois l'affaire "lancée", sont dirigées par des professionnels que Ruhl met sur les rails. Cependant, Henry Ruhl s'est fait connaître partout, par la clientèle, les journalistes ; il était omniprésent.
Il est intéressant de réunir un aperçu des établissements qu'il a restaurés, modifiés, construits ou relancés, au moins jusqu'au conflit de 1914-1918. Pendant cette dernière période, les affaires d'Henry Ruhl ne vont pas être merveilleuses, la fréquentation touristique est de toute à l'évidence tombée au plus bas. Quelques journaux, en 1916, s'en sont pris à Henry Ruhl : par des sous-entendus, des journalistes laissent entendre qu'étant directeur de l'Hôtel d'Antibes, il aurait embauché un espion qui vient d'être condamné à mort, et d'autre part, les mêmes journalistes laissent planer le doute sur la nationalité de Ruhl, compte tenu de la consonance de son nom. Henry Ruhl va se défendre aussitôt par une réponse au journal le Temps en date du 29 novembre 1916, précisant que cela fait plus de 10 ans qu'il n'est plus directeur de cet hôtel, que d'autre part il est né anglais, naturalisé français :
"j'ai servi dans l'armée française où j'ai obtenu les plus élogieux certificats pendant les premiers mois de la guerre, et j'ai été ensuite attaché à l'armée britannique, à raison de ma connaissance de l'anglais."
Pendant le conflit, la plupart des établissements sont réquisitionnés pour servir d'hôpitaux (2) ; une fois utilisés à cet usage et rendus à leur propriétaire, les hôtels de standings étaient de fait bien dégradés. La fréquentation des établissements qui n'avaient pas été concernés par ces réquisitions n'était pas au mieux. Une des société d'Henry Ruhl est même déclarée en faillite. Mais à la sortie du conflit, Ruhl va se relever et continuer, sur un rythme certes moins soutenu, à lancer et créer de belles affaires, notamment :
1920 : Cannes. Hôtel Beau Rivage, futur Majestic en 1926.
1924 : Houlgate. Casino
1924 : Paris. Hotel Scribe
1928 : Cannes. Casino Palm Beach
etc...
Henry Ruhl est promu officier de la légion d'honneur le 25/10/1925.

1900 *** CHANTILLY *** Hôtel du Grand Condé, boulevard d'Aumale
Dès 1900 Henry Ruhl, et c'est là, la première trace de sa vie professionnelle hôtelière, est propriétaire de l'Hôtel du Grand Condé à Chantilly. Le 9 août 1900, les journaux relatent qu'il vient de recevoir "la croix de chevalier du Lion et du Soleil", une distinction de Sa Majesté le Schah de Perse remise par S.Exc. Emir-é-Behadour-Djeng, chef de l'escorte de Sa Majesté. On suppose que le Schah a du faire un séjour très réussi dans l'Hôtel du Grand-Condé.
En mai 1907, il procède à la fermeture de l'Hôtel et décide de le reconstruire en totalité sur l'ancien terrain Aumont. Pour cela il fait appel à l'architecte Charles Holl. En 1908, le nouvel Hôtel ouvre ses portes avec 100 chambres et 65 salles de bains. Coût de la construction et propriété de Chantilly au bilan de la Société des Hôtels Réunis d'Henry Ruhl : 2 millions de francs.
En novembre 1914, après la bataille de la Marne, le Maréchal Joseph Joffre vient s'installer avec plus de quatre cents officiers et huit cent hommes de troupe dans l'Hôtel du Grand Condé. Il en fait son Quartier Général jusqu'à la fin de l'année 1916.
De nouveau réquisitionné en 1940, par les Allemands, il est transformé après 1948 en appartements.


Chantilly - Hôtel du Grand Condé
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1902 *** DINARD *** Hôtel Royal & Grand Casino — High Life Casino
La Société immobilière de Dinard-Saint-Enogat, créée le 22 août 1901, acquiert un terrain Square des Falaises à Dinard, sur lequel, en 1902, elle fait construire par l'architecte Blanchet, un casino et un "hôtel pour voyageurs". En 1902, Henry Ruhl et son épouse prennent à bail l'Hôtel Royal et se retrouvent assignés au tribunal de Saint-Malo par leur propriétaire, dès décembre 1903, pour non paiement de loyers à concurrence de 40.000 frs, et pour mise en saisie du mobilier de l'hôtel. Finalement, les choses vont s'arranger, le propriétaire étant lui-même poursuivi par son architecte Blanchet, en paiement de ses honoraires, une vente aux enchères étant même prévue pour le 8 février 1904... Le 7 novembre 1904, Henry Ruhl crée spécialement la Société des Hôtels Réunis afin d'y intégrer le fonds de commerce et le bail de l'Hôtel Royal et de son Casino. Il va d'ailleurs se servir de cette société pour nombre d'affaires ultérieures.
Le casino situé à la gauche de l'Hôtel est appelé le Grand Casino, et deviendra plus tard le Petit Casino. En 1905, Ruhl fait surélever l'Hôtel Royal de 2 étages, et dispose ainsi de 300 lits.
Ses concurrents, sur la même plage de l'Ecluse, l'Hôtel des Terrasses et devant celui-ci le Casino High Life, ont disparu lors de l'incendie du 10 août 1900. Reconstuit en 1907, le High Life Casino est repris en exploitation par Henry Ruhl qui finit par le racheter en 1910 pour 1.023.943 frs. ; Ruhl crée la Société d'exploitation de casinos et d'hôtels Henry Ruhl et Cie afin d'exploiter le casino.
Le Grand Hôtel et les deux casinos de Dinard sont encore exploités par Ruhl en 1929 ; à cette date, Dinard ayant créé un 3ème Casino sur la plage de Dinard, le Balnéum, Ruhl fait savoir qu'il fera tout pour se retirer de Dinard.

Dinard - Hotel Royal & Grand Casino — High Life Casino
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1906 *** NICE *** Hôtel Royal, Promenade des Anglais
En décembre 1904, Henry Ruhl signe une promesse de bail avec Emile Jellineck Mercedes, propriétaire d'un terrain avec construction situé à Nice, promenade des Anglais, n°23, pour une durée de dix-huit années, qui commenceront à courir le 1er décembre 1905 pour finir le 30 novembre 1923. Mr Jellineck s'engage par ailleurs, verbalement, à proroger ladite promesse de bail pour une nouvelle période de douze années.
Fort de cette promesse, Ruhl engage, au nom de sa Société des Hôtel Réunis, l'architecte Charles Delmas qui, en 1905 et 1906, procède à la démolition du bâtiment existant et à la construction de l'Hôtel Royal.
Inauguré en 1906, il possède 300 chambres avec salles de bains.
Il est dirigé en 1910 par Frédéric Ruhl, frère d'Henry Ruhl.
Réquisitionné en tant qu'Hôpital militaire en 1914 et 1915.


Nice - Hôtel Royal et Promenade des Anglais — Terrasse de l'Hôtel Royal
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1906 *** NICE *** Hôtel Scribe, Rue de la Paix (20 Avenue Georges Clémenceau)
Cet Hôtel Scribe de Nice fait l'objet d'une confusion totale dans tous les articles ou entrefilets concernant Henry Ruhl : en référence à un seul article de journal de 1900, il est affirmé partout qu'Henry Ruhl aurait débuté en tant que propriétaire de l'Hôtel Scribe à Paris en 1900. Pour nous, sans éléments probants, cela reste fort douteux, puisque la même année on le retrouve, à Chantilly en train de faire ses premières armes à l'Hôtel du Grand Condé, recevant fièrement, c'est attesté, une distinction honorifique du Schah de Perse. L'année suivante, en 1901, il crée sa première société aux fins d'exercer une activité en rapport avec les buffets de champ de courses, ce qui est tout à fait plausible avec les courses à Chantilly où il est installé.
Cette "légende" du Scribe à Paris provient à notre avis, d'une allusion que Ruhl a du faire plus tard devant des journalistes qui ont donc confondu l'Hôtel Scribe bien connu à Paris et qui impressionnait d'autant plus les lecteurs, avec l'Hôtel Scribe de Nice, nettement plus modeste. Et l'imbroglio ne devait pas être pour déplaire à Ruhl !
Et pour confirmer nos dires, Henry Ruhl va finalement réaliser ce qu'il était sensé avoir fait en 1900 : le 25 février 1924, il signe un bail, pour une durée de 40 années, de la totalité de l'immeuble 14 boulevard des Capucines, et 1 rue Scribe, pour ce fameux Hôtel Scribe parisien, pour le compte de la Société des Hôtels Réunis.
Pour en revenir à l'Hôtel Scribe Niçois, on sait que c'est l'architecte Charles Dalmas qui l'a conçu pour le compte de la Société Paris Carlton Hôtel Limited d'Henry Ruhl.
Il comporte 80 chambres et 50 salles de bains.

Nice - Hôtel Scribe Rue de la Paix
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1911 ***NICE *** Hôtel Ruhl et des Anglais, promenade des Anglais et Jardin public

Construit en 1862, l'Hôtel des Anglais sera démoli en 1909 pour faire place à l'Hôtel Ruhl et des Anglais, conçu par l'architecte Charles Dalmas. La construction est achevée en 1912. Il compte 300 chambres.
Henry Ruhl, gérant de la Société Hôtel des Anglais a signé un bail en 1911 avec le propriétaire des murs de l'Hôtel.
La société Hôtel des Anglais tombe en faillite en 1914, Pierre Bermond en est nommé administrateur.
L'Hôtel Ruhl est réquisitionné pour servir d'Hôpital militaire du 17 septembre 1914 au 22 octobre 1915
Bermond fait ensuite appel à Emmanuel Martinez pour diriger l'Hôtel Ruhl de 1915 à 1917. Puis de 1917 à 1921, c'est Joseph Aletti de Vichy qui dirige l'hôtel.
En 1920, le sénateur Alfred Donadéï (1875-1933) fait l'acquisition de l'Hôtel Ruhl et des Anglais auprès de l'administrateur Pierre Bermond. En outre il acquiert la majorité des parts de la société propriétaire des murs. En 1930, Donadéï, surendetté, l'Hôtel est saisi.
En 1970, l'Hôtel est rasé par la municipalité niçoise...


Nice - Hôtel des Anglais (avant transformation) — Hôtel Ruhl et des Anglais

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publié par J.P. Rigouard Lun 29 Avr 2013 21:55 ICI

1907 *** CANNES *** Casino Municipal, Restaurant

Construit en 1906-1907 sur les terrains de la plage situés en face du square Mérimée et occupant une superficie de dix mille mètres carrés, le Casino municipal est l'oeuvre de l'architecte Camille Mari sur les instructions d'Henry Ruhl, administrateur délégué de la Société des Hôtels Réunis. Le Conseil municipal Cannois a accordé à Henry Ruhl, la concession du futur Casino le 5 avril 1905. L'inauguration a lieu le 28 janvier 1907.
Sa salle de théâtre compte 800 places. La direction du grand cercle et jeux est confiée à M. Louis Robberi, qui alterne selon les saisons avec le High Life Casino de Dinard.
En 1910, Henry Ruhl crée la Société d'exploitation de casinos et d'hôtels Henry Ruhl et Cie pour porter l'actif de ce casino et le gérer. Le coût d'acquisition du Casino porté à l'actif de cette société s'élève à 3.000.000 frs.
Le Casino est transformé en hôpital militaire pendant la guerre 1914-1918.
Agrandi en 1919, il sera détruit en 1979.


1909 *** CANNES *** Carlton Hôtel, Promenade de la Croisette
En 1909, aidé par le Grand Duc Michel de Russie, la société Carlton-Hôtel d'Henry Ruhl acquiert un terrain sis au 58 Boulevard de la Croisette. De 1909 à 1911, l’architecte Charles Dalmas (1863-1938) édifie le fameux Hôtel Carlton avec ses 250 chambres salons et salles de bains ; il est inauguré le 30 janvier 1911, en présence de son propriétaire, Henry Ruhl et de son directeur Emmanuel Martinez (1882-1973), futur propriétaire de l'Hôtel éponyme de la Croisette.
En 1912-1913, la S.A. du Carlton-Hôtel rachète l'Hôtel de la Plage contigü au Carlton à la succession de M. Gimpert, et, après travaux, l'Hôtel Carlton est enfin achevé avec ses deux ailes, 300 chambres et 250 salles de bains. Martinez va diriger le Carlton jusqu'en 1914, en intermittence avec le Grand-Hôtel de Cabourg, en fonction des saisons.
La S.A. du Carlton-Hôtel fusionnera avec la Société des Hôtels Réunis.
En 1920 Henry Ruhl confie la direction du Carlton à M. Wessinger.


Cannes - Casino municipal et Kiosque à musique — Hôtel Carlton et promenade de la Croisette

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publié par Mektoub 17 Dim 18 Déc 2011 08:10 ICI
publié par mimigege Mer 7 Mai 2014 08:05 ICI

1909 *** PARIS *** Carlton Hôtel, 119-121 avenue des Champs Elysées
De 1906 à 1907, l'Hôtel Carlton du 119 Champs-Elysées à Paris est édifié sur les plans de l'architecte Pierre Humbert (1848-1919). La même année, le 121 Champs Elysées est édifié par le même architecte.
Le 24 avril 1906, la Société Paris Carlton Hôtel Limited, dont Henry Ruhl est administrateur délégué, est créée à Londres avec pour objet l'exploitation à bail du Carlton Hôtel situé à Paris, 119 avenue des Champs-Elysées et l'acquisition de l'immeuble mitoyen à cet hôtel aux fins de l'agrandir.
Le 28 septembre 1907, l'Hôtel est terminé pour ce qui est du 119 Champs Elysées, et la Société du Carlton Hôtel de Paris maître d'oeuvre de la construction engage les travaux pour adjoindre le 121 Champs Elysées à l'Hôtel Carlton.
Les travaux terminés, le Carlton est inauguré le 15 mars 1909.
En 1912, Henry Gottlieb prend la direction du Carlton. Celui-ci compte 125 chambres à cette date, depuis 15 frs.
De 1921 à 1929, Emmanuel Martinez est nommé administrateur délégué, puis président du conseil d'administration de l'hôtel Carlton.


Paris - Hôtel Carlton Champs Elysées
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1910 *** BIARRITZ *** Hôtel Carlton, angle Avenue de la Reine Victoria - Avenue Edouard VII
Félix Labat fait construire en 1902, une villa, la Villa Labat, face au grandiose Hôtel du Palais de Biarritz, avenue Edouard VII. Sa villa est entourée à gauche, de l'Eglise orthodoxe Russe et à droite de l'Hôtel Restaurant Pavillon Henri IV, appartenant à Achille Seners.
En 1908, Labat prend l'engagement, avec Henry Ruhl et sa société Biarritz Carlton Hôtel Limited, de construire en lieu et place de sa Villa et du Pavillon Henri IV, un Hôtel de voyageurs.
Le 18 février 1908, Labat fait une belle opération : il revend sa Villa "en kit" à Alfred Boulant, le fameux casinotier biarrot. Celui-ci va faire démonter pierre par pierre cette villa et la reconstruire dans la même rue, la renommant au passage, Villa Cyrano.
Cazalis, architecte, est chargé de la construction de l'Hôtel Carlton, hôtel qui est inauguré le 15 février 1910.
Le bail est signé entre Labat et Ruhl, le loyer annuel s'élève à 145.000 frs.
Henry Gottlieb est le directeur de l'Hôtel de 1910 à 1912, date à laquelle il part pour le Carlton des Champs-Elysées.
En 1926, c'est au tour du Pavillon Henri IV de subir la pioche du démolisseur pour agrandir le Carlton, Achille Seners ayant cédé son affaire pour 800.000 frs.
Une fois terminé, le Carlton de Biarritz possède 300 chambres avec salles de bains.
En 1956, l'Hôtel Carlton sera transformé en appartements.


Biarritz - Hôtel Pavillon Henri IV, Villa Labat (avant démolition), Eglise Russe — Pavillon Henri IV et Hôtel Calton (Villa Labat démontée)
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Biarritz - Hôtel Carlton agrandi, Pavillon Henri IV supprimé — Villa Labat transférée même rue.
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1910 *** CABOURG *** Grand-Hôtel & Casino Restaurant

(voir développement sur Article principal Cabourg, Kiosque, Casino et Grand-Hôtel)

Cabourg - Grand Hôtel - Le Casino, boulevard des Anglais
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publié par janineB Lun 2 Jan 2012 12:24 ICI

1911 *** MAISONS-LAFFITTE *** Hôtel et Restaurant Royal

Par ce choix d'implanter un grand Hôtel de luxe à Maisons-Laffitte, on voit qu'Henry Ruhl est toujours attiré par ses premières amours, à savoir les Champs de courses. (voir ci-dessus, Nice, Hôtel Scribe)
Construit en 1910-1911 par l'architecte Holl, tout près du Château de Maisons, l'Hôtel est inauguré en mai 1911.
Présenté comme le rendez-vous des sportsmen, l'hôtel possède
"un restaurant de premier ordre, five o'clock tea concert, une splendide terrasse précédant un jardin ombragé et de très jolis parterres fleuris ayant vue sur le champ de courses, une salle de verdure des plus appréciées par les grandes chaleurs, le bar américain où le célèbre barman Otis prépare des apéritifs de choix est le rendez-vous de la colonie anglaise ; de bons billards font les délices des amateurs de ce jeu hygiénique et passionnant."
"A l'occasion du Prix du Président de la République qui se courra dimanche sur le magnifique hippodrome de la Société sportive d'Encouragement, chambres et appartements se louent en masse. Il y aura foule, dimanche, au Royal de Maisons-Laffitte. à deux minutes du champ de courses. Retenir sa table paraît prudent."

En 1914, il est réquisitionné et devient un hôpital de la Croix Rouge.
Resté à l'abandon après la guerre 1914-1918, il est racheté en 1948 par la Mutuelle Générale de l’Education Nationale (MGEN) qui le transforme en Hôpital privé à but non lucratif.
L'Hôtel, en tant que tel, n'aura été exploité que 3 ans ! Probablement un record de longévité...


Maisons-Laffitte - Hôtel et Restaurant Royal
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publié par gauthier_ph1963 Jeu 14 Jan 2010 21:53 ICI

1911 *** BEAUSOLEIL *** Palais du Soleil & Casino municipal
La Société anonyme du Casino de Beau-Soleil charge l'architecte Edouard-Jean Niermans (1859-1928), de dresser les plans du Palais du Soleil à Beausoleil, palais qui est inauguré le 29 janvier 1907. Il comprend un casino avec baccara et petits chevaux, un restaurant, un théâtre music-hall.
Immédiatement après, en février 1907, le Casino Municipal de Beausoleil ouvre à son tour ses portes. Une salle de spectacles-théâtre est adossée à la salle des jeux.
Le Conseil municipal, sous la houlette de son maire Camille Blanc, lors de sa délibération du 4 septembre 1907, autorise les jeux dans la commune. Le cahier des charges prévoit l’exploitation dans le casino municipal d’une salle de spectacles.
En 1911, Henry Ruhl est chargé de prendre en mains la direction du Palais du Soleil et du Casino Municipal. Là encore, Henry Ruhl crée une société, "la Société du Casino municipal de Beausoleil", pour exploiter ces établissements.
Après des travaux de réaménagements, restauration et embellissements, ils ouvrent leurs portes le 30 décembre 1911, précédés de nombreuses annonces, photos à l'appui, dans les journaux, la méthode qu'adopte depuis toujours ce spécialiste du lancement des affaires qu'est Henry Ruhl.
Le Palais du Soleil est géré par M. Gras dès 1911. Le maître d'hôtel Rainelli du Grand-Hôtel de Cabourg, vient seconder le directeur pendant la période hivernale.
La direction des Casinos de Beausoleil est confiée à E. Hely, ancien directeur du casino de Trouville.
De grandes vedettes du music hall vont se produire au Palais du Soleil : Mata-Hari, Mistinguett...
Lors du conflit de 1940, il est transformé en hôpital auxiliaire (hôpital bénévole 97 bis).
En 1924, la Société des Bains de Mer (SBM), nouveau propriétaire, engage de lourds travaux puis renomme l'édifice le Capitol. En 1961, il devient l'Alcazar et en 1976, il est démoli.
Le casino municipal, quant à lui, arrête définitivement sa roulette en 1963.

Beausoleil - Palais du Soleil — Salle de spectacle et Théâtre du Palais du Soleil
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Beausoleil - Casino municipal — Hall du Casino municipal (Salles de jeux à gauche)
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1911 *** LE HAVRE *** Hôtel Frascati, rue du Perrey (renommée boulevard Clémenceau)
Edifié tout d'abord en bois, il est reconstruit en dur en 1839, puis réédifié une nouvelle fois en 1867.
Fermé en 1899, il est incendié partiellement en 1900.
Revendu à Henry Ruhl, il est totalement remanié et réouvert en 1911, avec 300 chambres, avant d'être réquisitionné comme hôpital militaire en 1914.
Inoccupé de 1918 à 1929, il est revendu en 1929, réaffecté comme hôtel, il est détruit en septembre 1944 par des bombardements. Il sera remplacé par un musée.


Le Havre - Hôtel Frascati — Entrée Hôtel Frascati
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1913 *** VICHY *** Hôtel Ruhl (Hôtel Radio), 15 boulevard de Russie
En 1861, la Mairie de Vichy est édifiée à cet emplacement. Devenue trop étroite, elle est revendue en 1910 à un certain Gelly d'Asnières. L'architecte Antoine Chanet est chargé de rénover cet édifice, mais les travaux sont interrompus en 1911. Henry Ruhl, par l'intermédiaire de sa société Hôtel des Anglais signe le bail de l'hôtel en cours de construction en 1913 et charge le même architecte d'achever les travaux.
L'hôtel Ruhl est inauguré en mai 1913. Frédéric Ruhl, frère d'Henry, en prend la direction. L'Hôtel compte 300 chambres et 250 salles de bains.
La société Hôtel des Anglais tombe en faillite en 1914, Pierre Bermond en est nommé administrateur. Puis c'est Me Chavrier qui assure la succession de Bermond en tant qu'administrateur de l'Hôtel Ruhl.
Le 25 août 1920, l'Hôtel Ruhl de Vichy est vendu en adjudication avec une mise à prix de 1.500.000 frs.
Les acquéreurs sont les époux Giorgetti qui donnent la Direction à Joseph Aletti (1864-1938).
L'Hôtel est renommé en 1922 "Hôtel Radio". En 1937, la Société des Grands Hôtels de Vichy, appartenant à Aletti, rachète l'hôtel qui sera revendu après la guerre de 1940 pour être transformé en appartements. La résidence prend le nom de Palais des Parcs.

Vichy - Hôtel Ruhl
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***

Outre les investissements hôteliers, Henry Ruhl s'est essayé dans la Villa de luxe Dinardaise de 1903 à 1914.
Puis de 1926 jusqu'après 1932, il est propriétaire avec son épouse, née Hulot, du Château de L'Hosmes près de Tillières sur Avre (Eure), et réside également à Paris, à la même époque, au 23 Rue Laugier.


Dinard - Villa La Roche Pendante
En 1867, John-Burgess Camac, Américain originaire de Philadelphie achète un terrain sur la Pointe du Moulinet à Saint-Enogat (futur Dinard). Il y fait construire La villa Roche Pendante, dite également Château.
En décembre 1882, Nadine, fille de John-B Camac meurt de la typhoïde à 18 ans à la Roche Pendante.
John-Burgess Camac est un habitué des hippodromes chers à Henry Ruhl : en 1887, il fonde avec le comte de Carcaradec et le comte du Guillier la Société des courses de Dinard, afin d'y donner des courses d'obstacles. La même année, cette société inaugure son hippodrome
"en distribuant pour 7.600 francs de prix en un jour de courses."
Le 13 septembre 1903, une petite annonce recherche un acheteur pour la "splendide propriété de la Roche-Pendante contenant 14.000 mètres à Dinard". Mais aucun acheteur sérieux ne se présente.
Du 12 au 14 septembre 1906, John-B Camac, probablement très en difficulté, voit son
"superbe mobilier du Château de la Roche-Pendante" mis en vente en l'étude de Maître Lemée, notaire à Saint-Malo.
Henry Ruhl, qui tient l'Hôtel et les Casinos de Dinard, a du fréquenter les mêmes hippodromes que John Camac. Et c'est donc fort logiquement qu'en 1908, Ruhl rachète à celui-ci la Villa la Roche Pendante, avec les fonds de sa société des Hôtels Réunis. Coût de l'opération : 383.424 frs.
Mais cette propriété est un "boulet" pour la société hôtelière. Elle va finalement la revendre dès 1912, afin de se recentrer sur son activité.
La Villa la Roche Pendante sera détruite avant 1914 et remplacée par la villa Granite House en 1923.

Dinard - Villa La Roche Pendante
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Dinard - Villa Mercédès
En 1903, Henry Ruhl acquiert un terrain placé juste derrière l'Hôtel Royal qu'il vient de prendre à bail, précisément au 11 boulevard Albert Ier. C'est Auguste Poussineau (1831-1910), grand promoteur du quartier de la Malouine, qui lui cède cette parcelle.
Henry Ruhl fait bâtir sa résidence sur ce terrain vers 1907-1908. Il baptise celle-ci "Villa Mercédès".

voir ici, Villa Mercédès à Dinard, aujourd'hui.
et Ici.

Portrait d'Henry Ruhl - (Archives Municipale de Nice)

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(1) Voici la seule trace que nous ayons trouvée concernant l'activité d'Henry Ruhl, antérieure à celle d'hôtelier. Et effectivement, cette présence de Ruhl, attestée sur un champ de courses, en train d'organiser un mini-banquet correspond parfaitement à l'objet social qu'il a déclaré dans les statuts de la société qu'il a créée en 1901.
— Le Figaro 3 juin 1902
Aujourd'hui, Courses à Saint Ouen.
Prix du Forez (steeple-chase, à réclamer, 3.000 fr., 3.600 mètres).
Prix du Livradois (haies, 4.000 fr., 2.800 mètres).
Prix du Doubs (steeple-chase, 4.000 fr., 3.400 mètres).etc...
Un déjeuner intime, auquel ont assisté MM. Dupuy, ministre de l'agriculture, Deloncle, Cabaret, Riotteau, député de la Manche et président de la Société du Demi-Sang, MM. les commissaires et plusieurs propriétaires, avait été servi avant les courses par M. Ruhl dans l'enceinte même du pesage.
A l'issue de ce déjeuner, M. Dupuy, a remis les insignes du Mérite agricole à M. Renault, secrétaire adjoint de la Société du Demi-Sang, pour le récompenser des services qu'il a rendus à l'élevage.
Tout le monde applaudira à cette distinction.


(2) Comment étaient indemnisés les hôtels réquisitionnés en 1914-1918.
Le 3 décembre 1918, le Tribunal civil de Nice statue sur le différent qui oppose l'Etat à Bermond, administrateur, depuis 1914, de l'Hôtel Ruhl et des Anglais de Nice. L'hôtel a été réquisitionné du 17 septembre 1914 au 22 octobre 1915.
L'indemnité de réquisition est fixée comme suit :
l° une indemnité de 100 francs par jour, représentant la location des sous-sols, du hall et de tous les locaux nécessaires aux services administratifs et chirurgicaux, et des pièces destinées au garde-meuble ;
2° une indemnité de 50 centimes par jour et par lits qui auraient pu être installés dans l'ensemble de l'hôtel, y compris les locaux non réquisitionnés ; le nombre de lits s'entend, dans les conditions de confort et d'hygiène nécessaires, avec cette précision qu'un quart des chambres de chaque étage (les moins importantes) devant être réservées aux grands blessés, ne devront être comptées que pour un lit;
3° une indemnité fixée à 6 % de la valeur du mobilier réquisitionné, et à 2 % de la valeur du mobilier non réquisitionné ;
La valeur du mobilier est fixée non pas en fonction de la valeur d'acquisition, mais d'après sa valeur au jour de la réquisition.
Classement : 16.67%
 

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Re: Kiosques à Musique — Petits Plus

Message par JeanMarc » lun. 18 mai 2015 09:07

Le Tramway à traction à Chevaux de Calais.
En complément de La Place d'Armes de Calais.

En août 1876, le Ministre des Travaux Publics autorise une enquête sur un projet de Tramways entre Calais, Saint-Pierre et Guînes.
Un décret du 25 octobre 1877 déclare d'utilité publique l'établissement d'un réseau de voies ferrées, à traction de chevaux, destiné à desservir les communes de Calais, Saint-Pierre-lez-Calais, Coulogne, Hâmes-Boucres et Guînes. La concession est accordée à l'anglais Cécil Johnson pour une durée de 40 ans, à partir du 25 octobre 1879.
Le cahier des charges prévoit qu'au bout d'un an, doit être achevée la portion de ligne comprise entre la place de Richelieu et l'extrémité de la grande rue de Saint-Pierre, l'ensemble de la ligne devant être terminée dans un délai de deux ans. Le tramway doit emprunter les routes nationales n° 21 et 43 et le chemin de grande communication n° 127, sur une longueur de 13.472 m.
Le 25 mars 1879, les lignes n° 2 et 3 et la partie de la ligne n° 1 comprise entre Calais et le chemin de fer du Nord à Saint-Pierre-lez-Calais, longueur 4.200 m., sont mises en exploitation. Les recettes brutes s'élèvent au 30 juin suivant à 28.924 fr.
Le 1er avril 1879, le concessionnaire demande à ce que le projet de la partie de la ligne n° 1 comprise entre le chemin de fer du Nord à Saint-Pierre-lez-Calais et Guînes (9.272 m.), soit supprimé. Cette demande sera rejetée le 10 mai 1880.
Toujours le 1er avril 1879, le concessionnaire dépose une requête en vue de prolonger de 1.250 mètres la ligne n° 3 jusqu'à la halte de Saint-Pierre-les-Calais sur le chemin de fer de Calais à Dunkerque. Cette demande est agréée le 10 mai 1880, un décret du 3 septembre 1880 venant la conforter.
Cécil Johnson a demandé, à la date du 1er juillet 1878, l'autorisation de prolonger la ligne n° 1, jusqu'à la place d'armes de Calais, en suivant la rue Royale, de manière à placer l'origine du tramway, au centre même de la ville. N'ayant pas encore obtenu le décret de concession, Johnson fait exécuter les travaux et met en service ce tronçon de 300 mètres, le 14 juillet 1879. Finalement le décret est accordé le 16 juillet.
Le 23 avril 1881, le Conseil d'Etat décrète que
le matin et le soir, les dimanches et jours fériés exceptés, aux heures d'ouverture et de fermeture des ateliers, le prix du transport sera abaissé au taux de cinquante centimes, aller et retour, de Calais ou Saint-Pierre à Guînes.
Le 19 juillet 1881, les autorités de contrôle constatent que la section non faite sur la ligne n°1 entre le passage à niveau des Fontinettes et la ville de Guînes est toujours en suspens, malgré une mise en demeure adressée à Johnson le 12 mai 1881. Par ailleurs, ce dernier demande à l'administration supérieure l'autorisation de rétrocéder son entreprise à la Société dite « des Tramways de Calais ».
Un décret du 30 mai 1882 approuve, a posteriori, les conventions et cessions passées par Cécil Johnson. Celui-ci avait cédé ses droits sur la concession des tramways, dès le 2 avril 1878 à « Tramways and général works company limited », laquelle, en date du 15 décembre 1881, les a rétrocédés à la société dénommée « The Calais tramways company limited ».
Le 20 mai 1883, les travaux sont enfin terminés sur l'ensemble des lignes, celles-ci sont ouvertes à l'exploitation.

Calais - Le Musée et la Rue Royale
(ancien Hôtel de ville, Place d'Armes - Tramway à cheval)
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publié par bojojo76 Mar 18 Juin 2013 18:04

Les trois lignes totalisent une longueur totale de 14.461 mètres :
N° 1. Partant de la place d'Armes à Calais, suivant la route nationale n° 1 (traverse de Calais), le chemin de grande communication n° 245 (rue des Fontinettes), le chemin vicinal ordinaire n° 1 dit « des Régniers » le chemin de grande communication n° 127 et aboutissant à la place de Guînes, longueur 11.543 m.
N° 2. Se détachant de la ligne n° 1 au point de rencontre des routes nationales n° 1 et 40, suivant la route nationale n° 1 (traverse de Calais, rue Gambetta) et aboutissant à la gare de Calais : 829 m.
N° 3. Se détachant de la ligne n° 1 au même point que la ligne n° 2, suivant la route nationale n° 40 (traverse de Calais, rue Lafayette) et aboutissant à la halte de St-Pierre sur la ligne de Calais à Dunkerque, longueur 2.089 m.


Guînes - Place de l'Hôtel de Ville - Tramway à cheval
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En août 1885, la Compagnie possède 12 voitures avec impériale et 5 sans impériale.
— Le nombre réglementaire des voyageurs est fixé comme suit :
44 pour les voitures avec impériale, dites « Américaines » ;
54 pour les voitures avec impériale, dites « Anglaises » ;
28 pour les voitures sans impériale.
— Nombre de voitures et de chevaux en service :
Les dimanches et jours de fêtes, 14 Voitures et 65 Chevaux sont en circulation.
Les jours ordinaires, leur nombre passe à 9 Voitures et 57 Chevaux.
— Fréquence du trafic :
Entre la place d'Armes et le pont de St-Pierre, il existe 7 départs par heure.
Entre la gare de St-Pierre et les Fontinettes, les départs ont lieu toutes les 1/2 heures.
Entre le pont de St-Pierre et St-Pierre-Halte, il existe 17 départs chaque jour dans chaque sens.
Entre Calais et Guînes, il existe 7 départs par jour avec 7 retours en été et 5 départs avec 5 retours, en hiver.

Calais - La Place de la Poste avec tramway à chevaux
(Monument des Bourgeois à droite)

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publié par J.P. Rigouard Lun 1 Juil 2013 08:40

Les tarifs, en 1885, sont appliqués comme suit (la Compagnie ne délivre pas de billets d'aller et retour) :
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Les recettes de 1884 se sont élevées à 245.936 frs, les dépenses à 164.408 frs., soit un bénéfice de 81.528 fr.

Quelques observations faites par l'organisme de contrôle en août 1886 :
— 1° Les voitures circulant dans un sens, sur la ligne n° 3, stationnent souvent trop longtemps au croisement de la rue d'Orléans, pour attendre le passage des voitures allant dans l'autre sens : cela tient â ce que la double voie, qui existe entre la rue d'Orléans et la rue des Prairies, n'a pas assez d'étendue.
—2° Les voyageurs qui vont prendre le car sur la place de la Nation, n'ont aucun abri contre les rigueurs du temps, il y aurait lieu d'établir un kiosque à cet endroit.


Le 28 février 1906, une nouvelle concession est signée avec la ville de Calais, expirant le 31 décembre 1965, donnant l'agrément à la société « The Calais tramways company limited », pour substituer la Traction électrique à la Traction animale du Tramway. Entre temps cette compagnie cède les droits de sa concession à la Société des tramways de Calais et extensions, cession approuvée par décret du 11 septembre 1906.
Et donc, les Chevaux, à partir de 1906, peuvent enfin aspirer à une retraite bien méritée après 26 ans d'éreintement... Mais, en fait il n'en est rien. L'électrification de la ligne est retardée par suite de l'opposition faite par la Compagnie et le service du contrôle du Nord.
Les lignes du réseau Urbain — 5.277 mètres seulement sur les 14.461 mètres de la concession — ne sont exploitées électriquement que le 1er juillet 1908. La ligne Suburbaine — 9.184 mètres de Calais-Fontinettes à Guînes — ne sera électrifiée qu'en fin 1909.
En 1908 la Compagnie possède encore 19 voitures et une cavalerie de 68 chevaux : 7 voitures à 2 chevaux, avec impériale, dites « américaines » et 12 voitures à un cheval sans impériale. Sa flotte électrique est constitué de 27 voitures automotrices.
En 1907, il a été transporté sur les lignes dans Calais 1.635.613 voyageurs, sur la ligne de Guînes 132.740 voyageurs.

Une fois en place, ce nouveau réseau électrique comprend 5 lignes et fonctionne jusqu'en mai 1940, date de sa destruction pendant le conflit.

Il faut toutefois signaler qu'un rapport du Conseil Général du Pas de Calais de 1936 préconise, dès ce moment-là,
la dépose des rails du tramway de Calais à Guînes et des supports des lignes électriques qui constituent une entrave à la circulation. A ce moment-là, la ligne n'est plus exploitée électriquement, puisqu'un service d'autobus a remplacé, à titre provisoire, le service du tramway. La Société des Tramways de Calais vient, d'ailleurs de déposer son bilan auprès du greffe du Tribunal de Boulogne, entraînant sa liquidation judiciaire.
Le coût estimé des travaux de viabilisation et de remise en état de cette voie est estimé à 1.700.000 francs.
Dès 1933, le 6 octobre, M. Smith avait déposé une proposition au même conseil, concernant la suppression du tramway de Calais à Guînes, en raison de sa désaffection accrue au profit du développement des autobus, ce qui provoquait en outre un réel danger au niveau de la circulation devenue trop dense sur ce parcours.

Calais - La Place de la Nation - Tramway à cheval
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publié par J.P. Rigouard Jeu 27 Juin 2013 15:28

Tarif et Horaire Tramway de Calais en 1900
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Re: Kiosques à Musique — Petits Plus

Message par JeanMarc » ven. 22 mai 2015 10:12

Madame Charly, intrépide et insatiable aéronaute !
En complément du Jardin de Richelieu et son kiosque.

Calais 6 octobre 1896, vilaine chute sur toitures.
— Malgré un temps épouvantable, Mme Charly est partie hier soir à quatre heures du jardin Richelieu avec sa montgolfière le National. Mme Charly et son appareil sont allés tomber sur le toit d'un magasin en construction non loin du bassin Carnot.
Dans sa chute, l'aérostat a été atteint par les fils télégraphiques qui l'ont séparé de la nacelle, tandis que l'aéronaute, avec un sang-froid imperturbable, se raccrochait, quoique blessée, à l'inhospitalière toiture, d'où plusieurs ouvriers du port ne tardèrent pas à l'aider à descendre.
La courageuse femme, qui ne doit la vie qu'à un miraculeux hasard, a de nombreuses contusions et le bras gauche et le poignet droit foulés.
La montgolfière, délestée de la voyageuse et de sa nacelle, est allée atterrir dans les dunes du fort Vert.

(L'Eclair, 8 octobre 1896)

Dunkerque 13 Octobre1896, s'écrase contre une façade.

— Ascension mouvementée à Dunkerque. Hier après-midi, Mme Charly, la vaillante aéronaute qui a été blessée, il y a six jours, en accomplissant une ascension à Calais, a failli une fois encore être victime d'un accident.
Au Parc de la Marine, à Dunkerque, elle donnait une fête aérostatique et à quatre heures trois quarts, sa montgolfière s'élevait.
Le vent chassait vers la terre et l'aérostat, après avoir plané un instant, alla s'abattre contre la façade d'une maison de la rue Royale.
L'intrépide aéronaute a été blessée au bras gauche, mais son état n'a aucune gravité.

(La Dépêche de Lille, 13 Octobre 1896)

Saint-Quentin, 20 avril 1897, encore une visite de toitures, un poivrot s'en mêle.
— Dans la soirée de lundi, un ballon, monté par une dame Charly, est venu s'abattre sur la toiture du Beffroi de la Bourse, à la fenêtre duquel se trouvait un nommé Edouard Legrand.
Ce dernier, en état d'ébriété, voulut porter secours à l'aéronaute et tomba sur le toit où il se blessa légèrement à la jambe.
L'aérostat était resté accroché aux supports du télégraphe.
On est parvenu, par une lucarne, à dégager Mme Charly, qui n'avait aucun mal.

(Le Voltaire, du 22 Avril 1897)

Martigny-les-Bains, 25 juillet 1897, trimbalée dans les épines et les roches.
— (...) Mais l'accident dont a été victime Mme Charly, à Martigny-les- Bains, est plus tragique encore.
Mme Charly avait détaché la nacelle et s'était fait attacher à son ballon par une ceinture. L'aérostat fut entraîné sur les montagnes. Sur le point d'atterrir, Mme Charly essaya en vain de détacher sa ceinture qui la retenait ; suspendue au ballon, elle fut traînée à travers les roches et les épines pendant plusieurs minutes. L'endroit étant désert, ses cris d'appel ne furent pas entendus. Enfin, Mme Charly, d'un suprême effort, parvint à se détacher, puis elle tomba inanimée. Un cycliste la trouva gisant sur le sol, les vêtements en lambeaux, couverte de sang, portant de nombreuses blessures. On la transporta à Martigny, où un médecin lui a prodigué ses soins.


Plombières, 29 juillet 1897, chute libre de 80 mètres... (?)
— Un terrible accident est survenu hier, au cours de l'ascension d'une montgolfière, à Mme Charly, la femme de M. Charel-Charly, l'aéronaute parisien.
Mme Charly devait s'enlever dans les airs retenue par des cordes à une montgolfière sans nacelle. Par suite d'une erreur, son mari, croyant que tout était prêt, donna le signal du "lâcher tout" avant que l'aéronaute eût été attachée par la ceinture. Le ballon s'éleva aussitôt, entraînant la malheureuse femme suspendue seulement par les mains. A bout de forces, l'aéronaute ne tarda pas à lâcher prise et tomba dans le vide, d'une hauteur de quatre-vingts mètres.
On se précipita aussitôt vers le lieu de la chute et on ramassa Mme Charly couverte de sang, mais respirant encore. Quelques instants plus tard, un brancard emportait la pauvre femme à l'hôpital de Plombières où elle fut admise d'urgence.
Mme Charly est dans un état lamentable, elle est presque entièrement scalpée, elle a l'épaule droite fracturée, une plaie pénétrante au coude gauche et elle porte sur tout le corps les traces de nombreuses contusions.
Elle doit de ne pas s'être tuée sur le coup à cette circonstance heureuse qu'au moment où, trahie par ses forces, elle lâchait la corde qui la retenait, la montgolfière passait sur un bois dont les arbres amortirent considérablement la chute.
Le docteur Liétard, qui la soigne, vient de me dire que, malgré ses épouvantables blessures, il a bon espoir de la sauver.

Alger, 14 mars 1898, imprévisibles suites judiciaires.
— Cette excellente Mme Charly, qui avait fait une ascension l'autre dimanche, eut le malheur de descendre de ballon un peu plus tôt qu'elle ne l'aurait voulu.
Avec les ballons, on sait quand on part, mais on ignore toujours où l'on atterrit.
Mme Charly, elle, eut le malheur de tomber dans une propriété de Mustapha-Supérieur, appartenant à un particulier quelconque.
Dès qu'elle mit pied à terre, de nombreux habitants, parmi lesquels M.Gueyger, le photographe bien connu, s'empressèrent de lui venir en aide. On la reçut même fort bien, et elle ne pensait plus à cette dernière ascension — énivrée d'une descente un peu brusque — lorsqu'elle reçut, hier matin, un procès-verbal phénoménal, si nous en jugeons par cette simple phrase :
« Nous avons constaté que le ballon de Mme Charly, en atterrissant dans un champ d'herbes, appartenant au sieur Magi, campagne Dufour, avait été piétiné et foulé sur une étendue de cinq cent treize mètres carrés environ. »
Et c'est signé Cavaillé, garde champêtre à Mustapha-Supérieur, que nous proposons pour les palmes académiques. Quel ballon, mes amis, quel ballon !...

(Le Télégramme d'Alger, 14 mars 1898 — L'Aéronaute, mai 1898)

Périgueux, 9 octobre 1898, une nouvelle toiture.
— A Périgueux, Mme Charly, aéronaute, faisait en montgolfière une ascension.
Mme Charly n'use point de nacelle, elle se suspend aux cordes par un pied et un bras. Une des cordes a accroché le poêle qui avait servi au gonflement, et l'aérostat, ainsi alourdi, n'a pu s'élever qu'à une hauteur de quelques mètres ; après avoir rasé les toits sur un parcours d'environ 300 mètres, il s'est arrêté sur l'école des filles de la cité ; l'aéronaute a été roulée sur les tuiles, tandis qu'elle supportait sur le corps, le poids du poêle, dont une partie n'a pas tardé à tomber sur le sol. Allégée, la montgolfière a repris sa course, pour aller s'abattre 200 mètres plus loin, dans le jardin du château Barrière.
Mme Charly a été aussitôt transportée dans une pharmacie voisine, où elle a reçu des soins empressés.

Sidi-Ben-Hassen (Tunisie), 25 octobre 1898, ressuscitée de sa précédente chute, enfin une descente parfaite.
— Dimanche après-midi, conformément à son programme, Mme Charly, aéronaute, a exécuté, dans sa montgolfière, l'ascension qu'elle avait annoncée.
Le gonflement, qui s'est effectué en quarante-cinq minutes, au moyen d'un embrasement de sarments de vigne arrosés de pétrole, a été suivi avec intérêt par une foule nombreuse.
L'enlèvement de la gracieuse aéronaute, qui, soutenue sous les bras par son appareil, agitait, en guise de salutations, des drapeaux tricolores, a produit une très grande sensation dans le public, qui a suivi avec émotion l'odyssée de la montgolfière.
L'aérostat s'est dirigé vers le fort de Sidi-ben-Hassen, où l'intrépide et courageuse femme a atterri, au moyen de son parachute, dans le cimetière qui entoure le fort.
Elle a même failli être victime du fanatisme des indigènes, et a été heureusement tirée de leur mains par des agents de l'autorité, qui l'ont accompagnée à sa voiture.


Bizerte (Tunisie), 24 janvier 1899, Mme Charly accrochée aux murailles de la Casba, son mari, écroué...
— Un nommé Robert Charel, dit Charly, a donné, dimanche dernier, dans l'après-midi, une séance de gonflement et d'ascension d'un ballon appelé la Ville-de-Sfax, monté par sa femme. Le lieu choisi était l'ancien marché aux grains qui, comme on le sait, est limité par l'enceinte des remparts de la Casba d'une part et par un mur le séparant de la place du marché au charbon. Des places avaient été aménagées dans l'enceinte du marché aux prix de 2 francs, 1 franc et 0 fr. 50. Des militaires de la garnison s'étaient placés sur les remparts de la Casba et assistaient ainsi gratuitement aux diverses opérations. Ceci n'a pas été du goût de M. et Mme Charly, qui se sont mis à invectiver les militaires. Des injures ont même été proférées, lorsque des officiers parurent sur les remparts, accompagnés de leurs familles. Ces injures étaient tellement grossières, que M. le commissaire de police dut intervenir et invita, à diverses reprises, ces aéronautes peu courtois à cesser leurs insultes. Comme cet individu ne tenait aucun compte de ces avertissements, M. le commissaire de police dut le faire écrouer après l'ascension du ballon, qui eut lieu vers quatre heures et qui fut manquée par suite du voisinage trop immédiate des hautes murailles de la Casba contre lesquelles les cordages du ballon et l'aérostat lui-même restèrent accrochés.
Mme Charly a été projetée contre le mur et on a dû la descendre à terre tout étourdie par le choc. Le lendemain, les deux aéronautes ont été interrogés par M. le juge de paix, et procès-verbal a été transmis au Parquet.
(La Dépêche Tunisienne, 30 janvier 1899)

Bizerte (Tunisie), 27 février 1899, condamné, Robert Charly fait appel.
— Robert Charly, poursuivi pour outrage à des commandants de la force publique dans l'exercice de leurs fonctions.
L'individu en question est l'aéronaute bien connu en Tunisie, depuis quelque temps, surtout par les scandales qu'il a provoqués presque partout où il a passé.
A propos des faits dont il s'est rendu coupable à Bizerte, où il a insulté tous les officiers qui assistaient à son ascension, et s'est même répandu en injures des plus grossières contre les femmes des officiers, il a été condamné, le 16 février 1899, par le juge de paix de Bizerte, à trois mois de prison et à 100 francs d'amende.
C'est de ce jugement qu'il vient, aujourd'hui, faire appel.
Charly a devant le Tribunal une attitude tellement inconvenante qu'il faut, à plusieurs reprises, le rappeler à l'ordre. Il plaide lui-même sa cause et développe des arguments de droit bien peu concluants.
Le jugement dont est appel est confirmé.


Calais - Gonflement de Ballon place Hôtel de Ville (5 juillet 1904) — Une Aéronaute en péril (illustration Le Petit Parisien 16 avril 1899)
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Beaulieu-sur-Mer, 16 avril 1899, une chute en mer pour changer.
— Mme Charly, une aéronaute très connue, qui a fait déjà plus de trois ou quatre cents ascensions, était partie en ballon de Beaulieu (Alpes-Maritimes).
Le vent était violent dans les couches supérieures, alors que la température était particulièrement douce sur terre. Le ballon fut saisi par le vent et entraîné vers la mer. Il fut si terriblement emporté que Mme Charly ne put manoeuvrer en temps utile ; pourtant, elle parvint à ouvrir la soupape, mais alors elle descendit avec une effrayante rapidité.
Les marins d'un petit yacht embossé près de la côte virent heureusement le danger qu'elle courait ; ils vinrent, avec un canot, à son secours et furent assez heureux pour sauver l'aéronaute au moment où elle plongeait déjà dans les flots et croyait sa fin venue.
Ce n'est pas la première ascension de Mme Charly qui se termine de si périlleuse manière : il y a quelques années, à Périgueux, elle fut jetée hors de sa nacelle et tomba d'une hauteur de cent mètres (sic), se faisant à la tête une grave blessure.
(Le Petit Parisien 16 avril 1899)

Fécamp 31 mai 1901, Robert Charly se surpasse.
— Le grand concours musical qui vient d'avoir lieu à Fécamp, favorisé par un temps splendide, a été très brillant ; l'attraction sensationnelle de la fête était l'ascension du ballon "Bénédictine", monté par l'audacieux aéronaute-équilibriste Charly. Toutes les Sociétés présentes, au nombre de 105, et plus de 8.000 personnes ont visité le monumental établissement de la Société Bénédictine, où se prépare la fameuse liqueur.

Alençon, 14 juillet 1901, Robert Charly-Charel, le dernier gadin !...
— Un aéronaute, le capitaine Charly, qui faisait une ascension dans une montgolfière, sans nacelle, a lâché la corde qui le retenait par suite d'un faux mouvement, et est tombé d'une hauteur de 20 mètres environ, près de Saint-Germain-du-Corbéis.
Dans sa chute, il s'est brisé la jambe en deux endroits.

(La Croix 17 juillet 1901)

— Le capitaine Charly, l'aéronaute bien connu, au cours d'une ascension qu'il fit le 14 juillet dans la cour du lycée d'Alençon, suspendu par un trapèze à un aérostat-bombe de son invention, tomba d'une hauteur de trente mètres, lors de l'atterrissement, et se brisa les deux jambes.
Transporté à l'hôpital d Alençon, il y reçut des soins immédiats qui devaient le mettre, croyait-on, hors de danger. Alors qu'on le pensait sauvé, le capitaine Charly vient d'expirer d'une hémorragie qui s'est déclarée après un mois de cruelles souffrances. Il laisse une jeune veuve et deux enfants en bas âge.

(Le Radical 16 août 1901)

On se doute que Madame veuve Charly, n'a bien entendu plus jamais fait parler d'elle.
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Re: Kiosques à Musique — Petits Plus

Message par JeanMarc » jeu. 28 mai 2015 08:47

Sculptures du Jardin Public de Cambrai
En complément du Kiosque à musique de l'Esplanade à Cambrai.

— Baptiste ou Batiste. Statue inaugurée le 18 octobre 1863 due au sculpteur Eugène Guerlain (né vers 1840). Détruite par les bombardements alliés en mai 1944, remplacée en 1947 par une nouvelle statue.

Jardin public de Cambrai : Batiste ou Baptiste.
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Batiste Cambrai n'a pas fini de faire parler de lui...

La légende de Batiste Cambrai a été soigneusement alimentée et entretenue, les journaux régionaux et locaux en ont fait une sorte de mascotte Cambrésienne, représentative de cette technique de tissage du lin unique, propre au Cambrésis. Ce fameux Batiste serait né à Cantaing et aurait donc inventé ce procédé de tissage au XIIIe siècle...
En 1862-1863, le sculpteur Eugène Guerlain (né vers 1840), exécute donc une représentation de Batiste Cambrai en pierre et obtient une subvention de la municipalité de 500 francs ; afin de rentrer dans ses frais, Guerlain devra passer au domicile des cambrésiens afin d'obtenir des souscriptions plus rémunératrices. Le 7 août 1863, le conseil municipal vote un crédit de 980 francs pour la construction du piédestal et les frais de transport de l'Hôtel de Ville à l'Esplanade, l'oeuvre ayant été finalisée par Guerlain, à l'abri de bâches, sur cette place. Le voyage de Batiste de l'Hôtel de Ville à l'Esplanade sera commenté par tous les bonnes feuilles cambrésiennes, avec une ironie mordante. Batiste sera tout d'abord emmené sur un chariot, mais trop brinquebalant, le procédé est abandonné, et on va adopter la tractation sur des rouleaux de fonte, et vaille que vaille, Batiste va rejoindre l'Esplanade après plusieurs jours ; arrivé là, on va s'apercevoir que le socle est trop étroit et il faut donc l'élargir avec une épaisse couche de ciment.
Le journal
L'Emancipateur commente le voyage de Batiste : Dix jours ont suffi pour opérer le trajet de l'Hôtel de Ville au Jardin ; il n'y a guère, depuis 30 ans, que l'Obélisque de Louqsor qui ait demandé plus de temps.
La Statue Batiste est inaugurée le 18 octobre 1863
La critique décrit notre Batiste ainsi :
la statue est en pierre dure. Batiste est debout, la tête inclinée. Sa main gauche, ramenée le long du corps, indique du doigt des pièces de toile empilées qui servent en même temps à le consolider. De la main droite, il tient la navette, qu'il présente en avant et il semble dire : avec ceci j'ai fait cela. La pose est simple, comme il convient à une nature qui dut être simple, elle aussi. Le mouvement ne manque pas de naturel. Mais les jointures du poignet, du genou, des coups-de-pied sont trop fines, trop aristocratiques, pour cette nature rustique. Quant aux avant-bras et aux mains, ils sont d'une belle forme et savamment anatomisés. Le costume reproduit bien celui des manants aux XIIIe, XIVe et même XVe siècles.

— Chanteur Oriental. Bronze de Jean Frère (1851-1906), fondu par Thiébault en 1879. Situé près du kiosque à musique. Détruite en 1917, en 1934 une nouvelle fonte est exécutée.
— Gilliat saisi par la Pieuvre. Bronze de 1879 de Joseph Carlier (1849-1927), installé en 1882. Détruite en 1917, une nouvelle fonte est exécutée en 1934.

Jardin public de Cambrai : Chanteur Oriental — Gilliat saisi par la Pieuvre.
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— L'Aveugle et le Paralytique ou La Fraternité. Bronze de Joseph Carlier (1849-1927), installé en 1885. Acquis par la ville grace à une subvention de 5.000 frs. Médaille d'Or Exposition universelle 1889. Détruit en 1917, une nouvelle fonte est exécutée en 1934. En 1941, la statue est transformée en armements...
— Sarpédon. Bronze de 1877 de Henri Peinte (1845-1912), installé en 1880. Détruite en 1917, remplacée en 1934 par une nouvelle fonte. Prix du Salon de 1877.

Jardin public de Cambrai : L'Aveugle et le Paralytique ou La Fraternité — Sarpédon.
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— Enguerrand de Monstrelet. Statue en pierre de 1876 de Joseph Carlier (1849-1927). Payée avec son piédestal, 6.000 frs par la ville. Statue détruite par les bombardements alliés en 1944, remplacée en 1956 par une autre statue.
Enguerrand de Monstrelet (1400-1453) est, en 1436, gavenier à Cambrai — la fonction du gavenier était de percevoir le gavre auprès des vassaux, autrement dit un percepteur de blé, au propre —, bailli du chapitre de 1436 à 1440 ; il est grand prévôt de la ville de Cambrai et bailli de Walincourt, de 1444 à 1453. Il est connu par les Chroniques qu'il a rédigées.
— Orphée endormant Cerbère. Bronze de 1888 de Henri Peinte (1845-1912). Grand prix de sculpture lors de l'exposition universelle de 1889. Détruite en 1917, remplacée en 1927 par le second exemplaire qui était eposé au musée du Luxembourg.

Jardin public de Cambrai : Enguerrand de Monstrelet — Orphée endormant Cerbère.
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— Monument Louis Blériot. Inauguré le 12 juin 1910, en présence de Blériot lui-même. Monument en pierre dû à l'architecte Laurent Fortier et au sculpteur André Louis Laoust. Médaillon de bronze par Joseph Carlier.
A Louis Blériot, sa ville natale en commémoration de sa traversée de la Manche le 25 juillet 1909.
— Le monument de la Victoire. Pierre de taille de Georges Verez (1877-1933) de 1924.

Jardin public de Cambrai : Monument Louis Blériot — Le monument de la Victoire.
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— Pomone. Due au sculpteur Albert Pommier (1880-1914). Remplace depuis 1946 "la Fraternité" de Carlier, détruite en 1941.
— Alfred de Vigny. Statue en pierre de taille de 1897 par Alexandre Descatoire (1874-1949).
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Re: Kiosques à Musique — Petits Plus

Message par JeanMarc » mar. 9 juin 2015 07:01

Des difficultés d'obtenir une Gare quand on s'appelle Capdenac-Gare !
En complément du Kiosque de Capdenac-Gare.

Pendant plus de 30 ans, la Municipalité va croiser le fer avec la Cie des Chemins de Fer Paris-Orléans, à propos de sa Gare de Voyageurs. Il est vrai que les divers incidents coûteux qu'a dû subir la Compagnie, relatifs à cette gare, n'étaient pas faits pour inciter celle-ci à engager des frais dispendieux.
Le parcours des réclamations des usagers est tortueux : les réclamations passent d'abord par la Municipalité qui, après décisions du Conseil, retransmet au Conseil Général, soit de l'Aveyron, soit du Lot, soit de la Haute Garonne, la ligne desservant ces trois départements. Puis le Conseil Général, après en avoir délibéré, décide ou non de retransmettre les requêtes auprès de la Cie des Chemins de Fer. Enfin les réponses ou décisions de celle-ci prennent plus ou moins le même chemin de retour. Un parcours du combattant !...
— Dès le 25 août 1897, la Municipalité de Capdenac émet un voeu auprès du Conseil Général pour la construction définitive d'une gare à Capdenac. Cette demande avait déjà été formulée, acceptée, mais non suivie d'effet.
La demande est acceptée une nouvelle fois, mais les travaux sont ajournés en raison de la construction de la gare d'Orsay à Paris qui ne pouvait se permettre aucun retard, en raison de l'approche de l'Exposition de 1900.
Cependant, Capdenac-Gare va obtenir une superbe Marquise, et le long d'un côté de celle-ci des bâtiments succincts en guise de gare.
— Le 8 août 1910, la Gare de Capdenac est incendiée :
le feu s'est déclaré vers minuit, dans la lampisterie de la gare. Malgré les secours très énergiques, le feu a fait des progrès rapides et a consumé entièrement les bâtiments de la gare. Les dégâts sont très importants. (Le Journal 9 août 1910)
La Marquise n'est toutefois pas touchée.
— Le 20 septembre 1912, une demande de reconstruction et d'agrandissement de la gare de Capdenac est formulée auprès du Conseil Général. La requête est acceptée mais la guerre survient...
— Le 11 mars 1923, la Gare de Capdenac est en flammes :
un incendie s'est déclaré aux dépôts d'huiles et pétroles, et le sinistre, impossible à maîtriser, a pris rapidement des proportions considérables. Les bâtiments de la gare sont détruits.
Les requêtes auprès du Conseil Général vont cette fois-ci s'accélérer et n'aboutiront qu'en 1927-1928.
Les débats commencent dès le 23 août 1923 ; la Compagnie du P.-O. (Paris-Orléans) exige que la municipalité de Capdenac participe pour 700.000 fr., soit un quart de la dépense totale, à la construction de la nouvelle gare.
La municipalité, en date du 17 mai 1924 juge
excessive cette participation à une reconstruction d'intérêt général pour tout le public des usagers et l'exploitation directe d'une grande Compagnie, tandis qu'une ville récente, surtout peuplée d'ouvriers et d'employés, devait employer ces fonds, à assurer le confort et l'hygiène de sa collectivité par adduction d'eau potable, construction d'abattoirs, réfection d'un réseau d'égouts, etc.. Il est vrai que Capdenac ne roule pas sur l'or, et qu'en ce qui concerne le "confort moderne", en 1910, seule la maison Castagné de la place du 14 juillet (voir article principal Kiosque de Capdenac), possède des toilettes à la turque et l'eau courante !...
La Cie P.O. préconise à la municipalité d'emprunter ces 700.000 frs et de créer des surtaxes locales pour rembourser la dette sur 30 ans... Le 20 août 1924, des démarches sont faites pour demander la substitution du département à la commune de Capdenac pour contracter l'emprunt de 700.000 frs.
— Le 18 août 1925, plusieurs conseillers généraux menés par M. Pannasié prennent le mors aux dents et s'adressent aux parlementaires du département :
les Conseillers généraux soussignés croiraient manquer à leur devoir s'ils ne vous demandaient encore une fois, malgré l'inanité de tous nos efforts antérieurs d'émettre le voeu que la gare de Capdenac ne reste pas plus longtemps dans l'état de sordidité et d'inexistence qui sont une honte pour notre département. Que les parlementaires du département veuillent bien faire le nécessaire auprès des pouvoirs publics pour faire cesser cet état de choses aussi humiliant qu'intolérable.
De requêtes en réclamations, la nouvelle gare des voyageurs va être construite et inaugurée en 1928.
Mais le 3 août 1933, il y a le feu à la Gare de Capdenac !
Un incendie, dont les causes sont inconnues, s'est déclaré à la gare de Capdenac, dans les combles de l'immeuble où est installé le buffet. Grâce aux efforts conjugués des employés de la gare et des pompiers de la ville, le fléau put être assez rapidement maîtrisé.
Néanmoins, toute la partie supérieure du bâtiment a été détruite. La salle du restaurant a subi également quelques dégâts, mais les locaux de la gare proprement dite ont pu être préservés...

Capdenac-Gare - Marquise de l'Ancienne Gare — Nouvelle Gare
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JeanMarc
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Re: Kiosques à Musique — Petits Plus

Message par JeanMarc » mer. 9 sept. 2015 09:52

Alfred Maguin, maire de Charmes, a plus d'un "tour" dans son sac !
en complément du Kiosque de la Cité Maguin à Charmes.

Alfred Maguin (1851-1935)
Voilà encore un homme qui aurait mérité plus que deux lignes de nécrologie, c'est chose faite !...
En 1878, Maguin, ingénieur rachète l'Entreprise charmoise Brugnon Fils, fabricant des rapes et des limes. Le 21 octobre 1880, il dépose un premier brevet, pour 15 ans, relatif à
des couteaux à double effet pour couper la betterave servant à la fabrication du sucre par le système de la diffusion.
Ensuite, la première mention que nous ayons trouvée sur Maguin nous indique qu'en 1882, il propose des réparations et affûtages à forfait : 0 fr. 11 c. pour le simple affûtage d'un couteau Goller à fine division et 0 fr. 17 lorsque le couteau est ébréché et qu'il a besoin d'être redressé ; pour le couteau faîtière correspondant le tarif passe à 0 fr. 17 c. et 0 fr. 27 c. (Bulletin de la Société industrielle de St Quentin et de l'Aisne)
A lire ce qui précède, qui pourrait penser qu'en 1991, Maguin rachète, pour 175.000 francs, un Château, son parc et 17 hectares de bois, qu'il devient Conseiller général de l'Aisne en 1896 et Maire de Charmes en 1898 ?
Maguin a de l'ingéniosité, de l'imagination et du savoir-faire : l'Aisne étant une région possédant une grosse production de betterave sucrière, Maguin va s'intéresser à l'outillage nécessaire à cette industrie. En 1882, il met au point un
Coupe-racine, système de lames pour la découpe des betteraves en cossettes ; il obtient, à ce titre, médaille d'or et diplôme d'honneur aux expositions industrielles de Saint-Quentin et d'Amiens en 1882 et 1883.
Le 27 mai 1883, il dépose un autre brevet pour une
Machine à affûter les couteaux de diffusion de toutes espèces pour sucreries, distilleries, etc.
En complément de son usine de Charmes, il ouvre une fonderie en 1885, à Tergnier-Fargniers. Le 11 novembre de la même année, il est décoré du Mérite agricole par le ministre de l'agriculture.
Il crée en 1886 des bascules automatiques destinées au pesage des betteraves, porte-couteaux épierreurs pour coupe-racines de distillerie, une nouvelle griffe-fouilleuse adaptable à n'importe quel brabant ou charrue...
Tout comme son "modeste" prédécesseur en 1855, il s'empresse de prendre un stand d'exposant à l'Exposition universelle de 1889 de Paris et pour ce faire, dès le 26 novembre 1886, soit avec plus de deux ans d'avance, il souscrit pour 5.000 francs son inscription, et se fait nommer membre du comité départemental de l'Aisne de ladite exposition.
Aussi, cette activité débordante ne pouvait-elle qu'être fructueuse ! Mais Maguin ne s'arrête pas en si bon chemin. Une fois acquis son Château en 1891, il continue les inventions :
système de vidange automatique pour laveur à betteraves (brevet du 9 mai 1891) ; appareil brosseur, nettoyeur, débourreur et raviveur des couteaux de diffusion en marche (brevet du 17 août 1891) ; système de couteaux et porte-couteaux de diffusion à lames étroites interchangeables et inaffûtables (brevet du 7 septembre 1891).
Il se lance même dans la fabrication de Moteurs à Gaz et à pétrole en 1897, après avoir, l'année précédente, testé grandeur nature un système de labourage électrique, suivi d'un banquet de 150 personnes dans son château. Maguin avait déjà toutes les astuces du savoir-vendre...
Son activité politique à partir de 1896-1898, Conseiller Général et Maire, va mettre un frein à son génie inventif.
On le voit tout de même, en 1905-1906, passer à la fabrication des compteurs à gaz, diffusés à grande échelle, les limes, couteaux, bascules et autres matériels de distillerie continuant bien sur leur lancée.
Enfin, avant de passer son entreprise aux mains de son fils Abel, il tente, en 1908 un dernier marché qui aurait été celui du siècle s'il avait été concrétisé : la fourniture à l'armée de cuisines roulantes. Des tests et essais sont d'ailleurs effectués par la Compagnie 5/1 du 1er Régiment du Génie et la 9ème division d'Infanterie, avec un prototype construit en 1906 par la maison Maguin ; les essais sont tout à fait concluants, mais la concurrence est rude à l'approche d'une guerre on ne peut plus inéluctable... Ce n'est que le 8 juillet 1912 qu'une décision ministérielle décide l'adoption par l'Armée du système des cuisines roulantes, faisant le choix des modèles à 2 roues attelés à 2 chevaux. Aussi, lors de la déclaration de guerre, aucun constructeur n'a encore lancé la fabrication en série des roulantes, et seuls les prototypes d'essai sont donc utilisés. Un modèle réglementaire sera adopté en 1917, mais Maguin ne pourra pas s'aligner, puisque, comme nous l'avons vu sur notre sujet principal du Kiosque de Charmes, les Allemands occupent la ville et les usines Maguin, qui se sont repliées vaille que vaille sur Paris et Aubervilliers, n'ont ni le personnel ni le matériel de production adéquate.
Si le marché des roulantes est passé sous le nez de l'entreprise Maguin, celle-ci créera après 1920 d'autres modèles dont certains seront commercialisés...
A l'issue de la guerre, les usines Maguin sont totalement détruites, le Château d'Andelain est dynamité ; il est procédé à leur reconstruction.
Si Abel Maguin, fils du fondateur, a suivi les traces de son père, il n'en a pas eu la même envergure. Devenu, en 1936, maire de Charmes comme son père, la Société nouvelle des Etablissements Alfred Maguin dans laquelle il occupe depuis 1920 les fonctions de directeur général le révoque en 1939 sans indemnités pour des raisons que nous ignorons... Le 18 janvier 1940, il obtient, devant la Cour d'Appel d'Amiens, une indemnité de rupture de 175.000 francs. Mais cette décision est annulée en Cour de Cassation le 23 mai 1944.
La société Maguin, toujours en activité à ce jour, s'est également développée dans d'autres domaines. Elle dépend du groupe Moret Industries.

Charmes - Chateau Maguin (chateau d'Andelain) — Usine Maguin, sortie des ouvriers
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22 novembre 1896 — Expériences de labourage électrique, système Maguin, suivi d'un banquet au Château d'Andelain.
— Dimanche dernier 22 novembre, une nombreuse assistance s'était rendue à l'invitation de M. Alfred Maguin, constructeur à Charmes (Aisne), pour voir fonctionner le labourage électrique Zimmermann, dans les terres de M. Landrin, agriculteur à Bertaucourt-Epourdon.
Le système de labourage électrique Zimmermann comprend une dynamo actionnée par un moteur quelconque ; le courant, envoyé par des fils montés sur des poteaux télégraphiques, arrive au champ à labourer et, de là, à la charrue par des conducteurs souples. Sur la charrue se trouve montée une dynamo que le conducteur peut mettre en mouvement à volonté ; cette dynamo actionne à son tour une poulie à gorge et à empreintes, qui hale la charrue sur une chaîne tendue en travers du champ ; la charrue se remorque donc comme certains bateaux loueurs des services de navigation fluviale. A l'extrémité de chaque raie, la charrue est basculée et le sens du mouvement est renversé.
La charrue électrique a fonctionné très régulièrement jusqu'à une heure de l'après-midi ; les invités ont pu visiter la ferme de M. Landrin et la sucrerie de Bertaucourt. Enfin, un magnifique banquet, servi au château d'Andelain, chez Mme Alfred Maguin, réunissait 150 invités.

9 juin 1912 — Banquet de 650 convives au mariage d'Abel Maguin.
— Une fête des plus réussies a été donnée à Charmes (Aisne) par M. Alfred Maguin, conseiller général de l'Aisne, commandeur de la Légion d'honneur, et Mme Alfred Maguin, en l'honneur du mariage de leur fils avec Mlle Yvonne Planchet, dont l'union a été célébrée en l'église Saint-Ferdinand des Ternes. A cette occasion, M. et Mme Alfred Maguin avaient invité tous les ouvriers de la manufacture de Charmes et des fonderies de Tergniers-Fargniers, qui se réunissaient à midi dans la cour de l'usine pour présenter aux jeunes mariés par la remise de superbes souvenirs et par deux discours, l'un des employés de la manufacture, l'autre d'une jeune fille de Charmes, parlant au nom des mères de famille et de l'Union des dames bienfaitrices du pays, leurs souhaits de bienvenue.
Un banquet de six cent cinquante couverts réunissait ensuite tous les convives.

Cuisine roulante au front en 1915 — Cuisine roulante prototype Maguin 1908
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Description des essais réalisés en 1908 sur la Cuisine roulante Maguin par la 9ème division d'Infanterie.
Le véhicule est, constitué par un châssis à deux brancards monté sur un essieu à deux roues. Sur le chassis sont fixés : 1° à l'arrière, la marmite ; 2° à l'avant, le coffre rectangulaire en bois.
— La marmite se compose d'une chaudière cylindrique en tôle d'acier partagée à l'intérieur par une cloison qui la divise en deux compartiments, un pour la soupe, l'autre pour le café.
Sous la chaudière se trouve le foyer, dont les gaz de la combustion s'échappent dans l'atmosphère par une cheminée en tôle, mobile et rabattable, de manière à pouvoir circuler sous bois et dans les fourrés sans inconvénient.
La chaudière est à deux enveloppes. Une couche d'amiante est interposée entre ces enveloppes et empêche la déperdition de la chaleur.
Fermée par deux couvercles portant chacun une soupape de dégagement de la vapeur en excès pendant la cuisson, permettant de maintenir la température de l'eau en ébullition à 102° 103°.
Le compartiment à soupe possède un robinet de vidange placé sous la chaudière, le compartiment à café se vide au moyen d'un robinet coudé latéral.
— Le coffre qui sert de siège au conducteur et au cuisinier, est divisé en trois compartiments :
Le compartiment, n° 1, le plus grand de droite, est doublé de feuilles de zinc. Une des parois de ce compartiment est percée de trous destinés à l'aération de la viande. Il sert à la conservation de la demi-ration de viande pour le repas du soir, crue ou cuite. Le compartiment n° 2 à gauche, est destiné à la ration de légumes secs ainsi qu'au sel et aux assaisonnements divers. Le compartiment n° 3 à droite, sous le compartiment n° 1, contient les ustensiles à l'usage du cuisinier, quelques outils pour l'entretien de la chaudière et du véhicule ainsi que les effets du conducteur.
En arrière du coffre se trouvent fixés deux paniers métalliques à claire-voie destinés au transport du combustible de la journée, bois ou charbon.
Sur le couvercle du coffre, se trouve placé, dans un logement ad hoc, un seau en fer pour les puisages d'eau nécessaires. En cour de route, la ration journalière d'avoine des chevaux de la cuisine, contenue dans un sac, est portée dans le seau.
Les denrées du premier repas de la journée, viande et légumes, sont mises avant le départ dans la marmite après son remplissage d'eau. Enfin le coffre porte un support à lanterne.
— La voiture est suspendue au moyen de deux piles de rondelles Belleville formant ressorts ; de la sorte elle est soustraite aux cahots.

Rendement de l'appareil
Cette cuisine a donné tous les jours, en règle générale, les repas ci-après :
1° avant le départ du cantonnement, une soupe sans viande (potage Percy, potage maigre, etc.), qu'on améliorait le plus souvent, avec les os de la viande pour la journée. La viande était désossée à cet effet dès qu'elle arrivait la veille. Une ration de café était également préparée et distribuée pour garnir les bidons.
2° une soupe de viande et de légumes préparée en cours de route et toujours prêtes à la grand'halte. Les légumes de ce repas étaient toujours épluchés la veille au soir.
3° une soupe de viande et de légumes dont la préparation commençait, dès que la distribution du repas précédent à la grand'halte était terminée. Les légumes étaient épluchés avant de quitter la grand'halte.
Avec la troisième soupe, une ration de café était aussi préparée.
En outre, il a pu être fait, plusieurs fois du vin chaud sans gêner le fonctionnement normal de l'appareil.
La soupe du soir a été toujours distribuée au plus tard à 6 h 30.
Cette cuisine, qui est à feu direct et continu, a été constamment, chauffée au bois et a nécessité une consommation journalière moyenne de 60 kg de bois.
Elle peut fournir simultanément 200 rations de soupe et 45 litres de café.

Camp de Mailly - Distribution de la soupe à la roulante
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publié par Pascal bastille (voir ici)
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Re: Kiosques à Musique — Petits Plus

Message par JeanMarc » lun. 12 oct. 2015 08:55

L'Abbaye abritait un lupanar avant que de devenir l'Hôtel de Ville.
En complément du Kiosque du Jardin de la Mairie de Châtillon-sur-Seine.

Ainsi que nous l'avons résumé sur le sujet principal relatif à la Mairie de Châtillon-sur-Seine et son jardin, Rose Bourgeois (1583-1657), abbesse à vie de l'abbaye du Puits d'Orbe d'Asnières-en-Montagne depuis 1601, a maille à partir avec ses autorités de tutelle de l'abbaye royale de Moutiers-Saint-Jean. En 1606, Marguerite Bourgeois, mariée à Nicolas Brulart († 1626), président au Parlement de Dijon, soeur de Rose Bourgeois, écrit à François de Sales, l'alertant que le couvent, dirigé par sa soeur Rose, ne présente aucune closture, que des hommes s'y introduisent, et que d'autre part les religieuses qui y sont admises viennent le plus souvent en raison d'une mauvaise conduite dans la vie civile. Le 3 avril 1606 François de Sales lui répond qu'il "espère que les hommes qui entrent dans cette maison-là par curiosité et indiscrétion, aient quelques scrupules..."
Le 30 janvier 1618, François de Sales écrit à Rose Bourgeois pour lui conseiller, voire même interdire de transporter son monastère hors de la juridiction de Langres. Il lui conseille Dijon, Langres ou Châtillon.
En dépit des interventions épistolaires de François de Sales, et du transfert à Châtillon-sur-Seine de l'ensemble de la Communauté du Puits d'Orbe en 1619, l'Abbesse réfractaire refuse de rentrer dans le rang, les choses allant de mal en pis au sein des moniales.
Tant et si bien que l'évêque de Langres Sébastien Zamet (1588-1655) lance l'interdit sur la communauté à partir de 1621, et nos religieuses vont vivre près de 20 ans dans un affranchissement quasiment total.
Ce n'est qu'en 1641, après des visites forcées du Prieur de Moutiers, que l'Abbesse Rose Bourgeois est contrainte d'adopter la réforme. De nouvelles religieuses bénédictines du Val-de-Grâce, "réformées" sont, en 1643, insérées dans la communauté afin d'éradiquer les mauvaises habitudes. Rose Bourgeois, toujours abbesse, et cinq anciennes religieuses "non réformées" vont ainsi vivre dans le couvent-abbaye de Châtillon, ", séparément du reste de la Communauté qui, en tout, compte 28 membres. En 1644, Augustin Reneusve, Prieur de l'Abbaye de Saint Germain d'Auxerre et Fulgence Alexandre, Prieur de l'Abbaye royale de Moutier-Saint-Jean se rendent pendant 3 jours, les 31 mai, 1er et 2 juin, dans l'Abbaye des bénédictines du Puits d'Orbe de Châtillon aux fins d'enquêter sur les exactions commises au sein de cette communauté. Plusieurs procès-verbaux sont dressés prouvant que les bénédictines avaient vraiment besoin d'être réformées...

Mairie de Châtillon-sur-Seine, ancien couvent des Bénédictines du Puits d'Orbe.
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publié par James Mektoub 17 Mer 9 Juin 2010 08:02

Les anciennes religieuses du Puits d'Orbe, faisant toutes partie de la communauté depuis plus de 20 ans, réformées, intégrées à la communauté des nouvelles bénédictines du Val de Grâce venues s'installer à Châtillon, sont ainsi interrogées sur les faits passés.Ces religieuses sont les suivantes : Sœur Tiennette, Tourière ; Soeur Jacqueline de la Nativité, Sous-Prieure ; Sœur Rose de l’Incarnation, Discrète ; Sœur Marie de Saint Benoist, Dépositaire ; Sœur Marie de Sainte Scholastique, Celleriere ; Sœur Marguerite de Jesus, Sacristaine ; Sœur Charlotte de Saint Joseph, Tourière du dedans ; Sœur Marie du Saint Esprit, Portière. Questionnées ainsi au Parloir de l'abbaye, ensemble ou séparément, elles sont unanimes pour déclarer aux enquêteurs des faits édifiants :
(...) quand Madame l'Abbesse s'est mise en devoir d’establir quelque observance régulière par l'apposition de grilles, changement d’habit de noir en gris, d'aller pieds nuds, & autres choses semblables, tant en l’ancien Puits d’Orbe qu'à Chastillon, où elles sont de présent, que ç'a été pour lors que sous ces apparences de piété, elle vivoit le plus licencíeusement, & avec débord secrettement, avec quelques-unes de ses Religieuses, qui sont mesmes de présent avec elles ; & pour cet effet introduisoit toutes sortes de personnes dans l'Abbaye, à qui elle faisoit festin & donnoit le bal, & à ces personnes là donnoit les clefs de la maison pour y entrer nuitamment, & afin de n'estre point veu, il y avoit une trappe dans sa chambre, au moyen de quoi on peust entrer sans estre veuë de personne, ce qui a duré plus de huit ans ; & lorsque ces hommes manquoient de venir, ladite Abbesse envoyoit de ses Religieuses leur porter des lettres, lesquels ne manquoient de venir, & entroient par ladite trappe , & par ce moyen hazardoit & prostituoit ses Religieuses ; car ayant été rencontrées par la Ville, il y a eu des jeunes hommes qui les ont couruës ; & lorsque ces hommes ne vouloient venir chez elle, elle les alloit trouver, & faisoít porter son souper en leur maison, leur donnoit quantité de meubles, & les nourrissoit, cependant que les déposantes mouroient de faim, ce qui a duré fort longtems, & qui est cause en partie des grandes dettes qui sont en ladite Abbaye ; & lorsque lesdites déposantes remontroient humblement leurs nécessités à ladite Abbesse, elle les traitoit avec tant de rudesse, tant de la main que d’injures, qu’elles estoient contraintes de se taire & souffrir des cruautés qui ne se peuvent imaginer : ce qui fut cause que l’Evesque Diocésain interdit l'Eglise & le Monastere, ce qui a duré proche de vingt ans, ladite Abbesse aimant mieux suivre ses plaisirs & ses contentements que de se ranger à son devoir, sous l'autorité des Supérieurs (...)
(...) enfin, pour donner quelques preuves , à la sollicitation de Messieurs ses parens qu'elle vouloit changer de vie, il y a environ dix ou douze ans qu'elle fit encore apposer des grilles, & témoigna qu'elle vouloit mettre ladite Abbaye en closture ; mais tout cela n’estoit que pour toujours abuser le monde : car en effet il n'y avoit aucune closture gardée, & les grilles ne durérent pas six ou sept mois, & s’en alloit promener à la campagne dans son carrosse, avec la pluspart des anciennes Religieuses, sans se soucier des déposantes qui mouroient de famine, ne mangeant que de mauvais pain, quelques fois du potage, & d'autres fois du fromage moisi, cependant que ladite Abbesse faisoit des festins avec lesdites anciennes Religieuses (...)

Selon ce même procès-verbal, on apprend que l'Abbesse Rose Bourgeois, à la suite de la réforme imposée de 1641, devait donc vivre séparée du reste de la communauté "réformée", en compagnie de cinq bénédictines non réformées comme elle (Michelle Milletot, Anne Griguette, Anne Sayve dite l'aînée, Françoise Sayve dite la jeune et Gabrielle de Fontayne), moyennant une pension de huit cent livres, alors qu'elle a accumulé une dette pour l'abbaye de sept mille trois cent livres.
Ladite Dame Abbesse
avoit toujours cinq ou six servantes séculières, dont l'une qu'on appelle Mademoiselle Petot a esté foüettée & marquée, au rapport de plusieurs personnes de condition, dans la Ville de Paris ; & quoique le Supérieur ait ordonné par Sentence à ladite Abbesse de la chasser, elle ne s'en est pû défaire : car après avoir fait quelques voyages à Paris, elle est encore retournée audit Puits-d'Orbe, & se trouve dans la chambre au four proche le jardin, où il y a une porte par laquelle plusieurs personnes séculières entrent fort souvent ; car il est impossible que ladite Dame Abbesse puisse se passer de voir & fréquenter les séculiers, & de les faire entrer chez elle secrettement la nuit & le jour.
Les nouvelles bénédictines réformées du Val-de-Grace de rajouter à propos de Rose Bourgeois : Elle ne peut s'empescher de faire entrer des hommes & des femmes séculières dans sa maison mesme que ces jours passés elle y fit entrer un paysan pour boire, & une nommée la Petot, femme, au bruit d'un chacun, d'une vie très sâle & mauvaise, la voit & fréquente, & la fait entrer dans la closture, en un lieu qu'on appelle la chambre au four, où elle la va trouver, & il est à croire qu'elle la fait entrer dans sa chambre, parce qu'elle a demeuré chez elle deux ou trois ans, & n'en est sortie qu'au tems que les déposantes arrivèrent au Puits-d'Orbe, estant allée à Paris, d'où elle est de retour depuis trois semaines en çà, & ont appris de personnes d'honneur & de condition, qu'elle a été fouettée & marquée dans la Ville de Paris (...)
Les cinq Anciennes religieuses, non réformées, ainsi que Rose Bourgeois sont à leur tout interviewées par les Prieurs : unanimement, elles déclarent qu'elles sont actuellement dans l'obligation de mendier leur nourriture, qu'on leur à refusé de nombreuses fois l'accès aux offices, à la communion et à la confession, ce qui leur cause une grande confusion, que rien ne s'est réparé ni au Monastère de Châtillon, ni dans l'ancien Puits d'Orbe, ni en mestairies, qu'il pleut en tous ces lieux et que leur seul désir est d'être intégrées à la Communauté.

A la suite de cette enquête et des conclusions des Prieurs, un arrêt du Conseil d'état du 27 juin 1644 ordonne la séparation pour toutes choses de l'Abbesse Rose Bourgeois et ses cinq anciennes Religieuses d'avec le reste de la Communauté. Celle-ci donne huit cents livres de rente par an à l'Abbesse. Avec cette rente, Rose Bourgeois est censée nourrir ses cinq anciennes religieuses, mais en fait, c'est à peine si elle leur donne du pain et de l'eau, et celles-ci sont dans l'obligation de lancer nombre de requêtes et de procédures afin de ne pas mourir de faim...

(les extraits des procès verbaux des 31 mai, 1er et 2 juin 1644, cités ci-dessus, sont repris des "Preuves de l'Histoire Générale et particulière de Bourgogne", écrites par le bénédictin Urbain Plancher (1667-1750) de la congrégation de Saint-Maur, retiré à l'abbaye de Saint-Bénigne de Dijon, où il mourut, éditées en 4 volumes en 1739.)

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Re: Kiosques à Musique — Petits Plus

Message par JeanMarc » jeu. 5 nov. 2015 14:56

Bruneau Six-Sous, un émule de Judas les Trente deniers !...
En complément du Kiosque à musique du Champ de Foire de Chemillé.

Pas facile de démêler les légendes vendéennes et d'en sortir un début d'authenticité. Aussi, faute de preuves formelles, il faut se contenter de rapporter les divers témoignages écrits sans pouvoir affirmer la véracité des faits.
On est au tout début de la guerre de Vendée, en mars 1793, où les premières insurrections organisées par quelques vendéens aventureux sont menées pour reprendre le pouvoir aux "bleus" Républicains. Ainsi, Jacques Cathelineau (1759-1793), qui a levé quelques centaines d'hommes, s'empare de Chemillé le 13 mars 1793. Le lendemain, c'est Cholet qui tombe dans ses mains, avec l'aide de son "lieutenant" Jean-Nicolas Stofflet (1759-1796). Mais en fait, une armée ne se lève pas sans moyens financiers, et cette "armée" ne vit en fait que grâce au pillage et à la récupération d'armes, de canons et de vivres faite auprès de leurs victimes républicaines. De nombreuses exactions sont commises. A Cholet, une centaine de républicains sont exécutés, dont Lespinasse le directeur des postes, Coulonnier, juge au tribunal, Beauvau le procureur... (1)
Ainsi une lettre du 24 mai 1793 du capitaine Boisard, témoigne que
la prise de Cholet a été faite par une colonne de brigands, venue de notre département (Maine-et-Loire), et par une autre, venue de la Vendée ; le fait est certain. (2)
Et parmi ces "brigands", se trouve un certain Louis Bruneau dit Six-Sous (également appelé Brunot Six-sols), né dans le bourg du May (Maine-et-Loire). Ancien Canonnier de la Marine, il aurait été condamné aux galères, avant de s'en échapper. Connu pour être très habile au maniement du gros armement, Cathelineau va le charger de servir les canons pris aux Bleus, et notamment le fameux canon le Missionnaire.
Il se fait connaître à Cholet pour s'être approprié tout ce que possèdent les nombreux républicains faits prisonniers et pour racketter les patriotes en fuite. Sa barbarie devient légendaire. François Melouin, curé d'Andrezé, témoigne :

"Le jeudi saint dernier (28 mars 1793), vers quatre à cinq heures du soir, le citoyen Ballard, négociant à Cholet, fut amené sur la place et attaché à l'arbre de la liberté. Il fut massacré par trois particuliers, sous les ordres de Louis-Prosper Barbotin, prêtre. Brûlé fils, de Beaupréau, tira les deux premiers coups de pistolet dans les reins, et le nommé Bruneau, dit Six-Sols, du May, tira et de suite, il fut tiré sur ce malheureux plus de 150 coups de fusil."
Le 29 mars 1793, Stofflet et Cathelineau, à la tête de leur bande, lors d'un affrontement avec les Bleus dans le bourg de Saint-Lambert-du-Lattay, sont contraints de se replier à Chemillé. La raison de ce revers est immédiatement imputée à Bruneau Six-sous dont le stratagème est éventé : les soupçons, qui pesaient depuis quelques temps sur la loyauté de celui-ci, avaient amené Cathelineau à nommer un volontaire pour surveiller ses faits et gestes. Or, cet espion va découvrir que Six-Sous, avant le combat du 29 mars avait chargé ses canons, non pas avec des boulets, mais avec du sable et de la terre.
Bruneau Six-Sous est immédiatement arrêté le 30 mars ; on découvre sur lui vingt-deux mille francs en assignats et quelques pièces d'or. Interrogé, il aurait prétendu qu'il s'était laissé séduire par des femmes, dont il avait reçu plusieurs montres et ces assignats... Le prix de sa trahison aurait été jeté dans la rivière du Layon...
Un conseil de guerre est alors réuni par Cathelineau, conseil qui, bien entendu, condamne Six-sous à la peine de mort. Celui-ci suppliant tout le monde, demande en grâce qu'on l'enchaîne à la gueule de son canon, afin qu'un boulet lui passe à travers le corps.
Finalement, le lendemain 31 mars 1793, jour de Pâques, Louis Bruneau dit Six-sous est exécuté, fusillé dans le dos comme les traîtres, sur le Champ de Foire à Chemillé.

Combat de Cholet 1793, tableau de Paul-Émile Boutigny, Musée de Cholet — Jacques Cathelineau, tableau de Anne-Louis Girodet-Trioson, Musée de Cholet
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Chemillé - Champ de foire (peut-être qu'en faisant quelques fouilles sous l'actuelle place du Château ex-Champ de Foire, trouverait-on quelques ossements de Bruneau Six-Sous !...)
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(1) Charles-Louis-Jean-Vincent de Beauveau, marquis (1744-1793), mène une vie scandaleuse avant la Révolution : bigame, il est enfermé au Mont-Saint-Michel, s'échappe avant d'être repris et interné à Vincennes, puis à la Bastille pendant six ans ; à la suite de quoi il est interdit comme « furieux, imbécile et prodigue ». Lors de la Révolution, il se fait nommer procureur-syndic du district de Cholet.
(2) Charles BOISARD, né à Saumur, sergent au régiment de Neustrie, il est nommé colonel en mars 1793, et se trouve, à cette date, à la tête de la Compagnie du régiment de Roussillon-dragons, à Cholet. Il meurt vers 1816.
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Re: Kiosques à Musique — Petits Plus

Message par JeanMarc » jeu. 19 nov. 2015 13:02

Jeanne-Alexandrine-Louise Pommery, une veuve pétillante !
en complément du Kiosque de la place Pommery à Chigny-les-Roses.

La pré-histoire du champagne Pommery remonte à 1836, lors de la création, à Reims, de la maison de négoce Dubois-Gossart (ou Gosset selon autres sources). Un an après, Gossart laisse sa place à Joseph-Narcisse Greno (1810-1892), voyageur-négociant de l'entreprise qui devient la maison Dubois & Greno. En 1839, Dubois décède et, un certain Wibert lui succède. Greno et Wibert créent la Société en Nom Collectif Wibert & Greno, ayant comme activité le commerce de vins fins de Champagne, devant expirer le 1er août 1854. En date du 16 septembre 1854, la société qui fête ses 15 ans, est prorogée de 3 ans jusqu'au 1er août 1857, vraisemblablement le temps de trouver un acheteur. Et, effectivement, le 16 juillet 1856, Wibert trouve un acquéreur en la personne de Louis-Alexandre Pommery (1811-1858) qui, pour 60.000 francs, achète ses parts et crée la S.N.C. Pommery & Greno, ayant pour objet le négoce et la production de champagne.
Dès le 21 juillet 1856, soit 5 jours après la création de la nouvelle entité Pommery-Greno, on trouve sur la table des "grands" le champagne Rémois déjà étiqueté à ce nom ! Un banquet offert au Roi des Belges par le Sénat et la Chambre des représentants présente un Pommery et Greno en fin de repas. (voir ci-dessous)


Article La Presse 10 aout 1856 : Banquet Royal arrosé au Pommery et Greno — Affiche publicitaire — Article Journal des débats 25 juillet 1856 : Formation société Pommery et Greno
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Louis-Alexandre Pommery, originaire de Sedan, était auparavant, on l'a vu, négociant en laine. Il épouse en 1840 Jeanne-Alexandrine Louise Pommery, née Mélin (1819-1890), originaire d'Annelles dans les Ardennes, dont il a deux enfants : Louis Pommery , né en 1841, et Louise Pommery née en 1857.
Pommery décédé le 14 février 1858, sa veuve Louise Pommery reprend l'entreprise, toujours associée à Narcisse Greno qui va se retirer de l'affaire en 1862.
En 1866, Jeanne-Alexandrine-Louise Pommery rebaptise la maison
Veuve Pommery & Fils. La raison sociale change à nouveau en 1885, lors de l'association avec Henry Vasnier : la maison s'appelle dorénavant Veuve Pommery, Fils & Cie. (1)
La notoriété et le développement de la maison Pommery à cette époque, proviendrait de la mise sur le marché, par celle-ci, de vins bruts ou secs à consommer au repas, provoquant un changement dans les habitudes de consommation, les vins doux et sucrés champenois étant jusqu'alors dégustés en fin de repas...
Mais peut-être, également, le fait d'ajouter Veuve sur les étiquettes fait jouer la corde sensible, tout comme bien d'autres veuves du vignoble (Clicquot-Ponsardin veuve à 27 ans, Laurent-Perrier veuve à 35 ans, Bollinger veuve à 42 ans...). Les margoulins ne s'y trompent pas car ils vont trouver en veux-tu en voilà, des veuves de même nom et exploiter les marques sans vergogne, à l'aide de ces joyeuses commères. (2)
Jeanne-Alexandrine-Louise Pommery qui a donc acheté de nombreux terrains sur Chigny et fait construire son Chalet, ne s'est pas contentée de celà : en 1868, elle se porte acquéreur d'un vaste domaine de 50 hectares sur la colline Saint Nicaise à Reims. En sous-sol, d'anciennes crayères gallo-romaines vont être aménagées pour le stockage des bouteilles : 18 kilomètres de galeries sont ainsi creusées. Et en surface, elle fait édifier un Château de style Tudor, achevé en 1878. Productrice de champagne, elle va bien entendu acquérir près de 300 hectares de vignobles en Champagne.
A la fin du XIXème siècle, le nombre de cols produits par la maison atteint 2.250.000 alors qu'en 1836, on en comptait seulement 45.000 !
Jeanne-Alexandrine-Louise Pommery, en date du 7 janvier 1890 fait la donation à l'Etat, du célèbre tableau
Des Glaneuses de Jean-François Millet, qu'elle vient d'acquérir en 1889. (3)
Elle décède deux mois après, le 18 mars 1890, à Chigny. Outre le tableau Des Glaneuses qui sera accroché au Louvre, elle lègue au Musée des Beaux-Arts de Reims une collection de porcelaines et de faïences.
Son fils Louis Pommery (1841-1907) va lui succéder. Puis ce sera au tour de son petit fils, le Marquis Melchior de Polignac (1880-1950), fils de Louise. La famille garde le contrôle de la maison jusqu'en 1979, date de l'acquisition par LVMH...


voir ici, buste de Jeanne-Alexandrine-Louise Pommery à Chigny-les-Roses, aujourd'hui.

Chigny - Chalet de Mme Veuve Louise Pommery
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(1) Henry Vasnier (1832-1907)
Associé à partir de 1885 avec Louise Pommery, Henry Vasnier est un grand collectionneur d'art — notamment des toiles de Jean-Baptiste Camille Corot — et s'est fait connaître pour son domaine de Craonne dans l'Aisne. Là, il fait aménager un jardin exotique et un zoo et fait construire un saloon La Californie qui, en réalité, sera une maison close... Craonne a été totalement détruite lors des batailles du Chemin des Dames de 1914 et 1917.

(2) La Veuve clonée !
Dans l'industrie des vins de Champagne, un homonyme a bien entendu le droit d'utiliser son propre nom, mais à la condition impérative d'exercer le commerce réellement et personnellement.
Ainsi, Chandon et Cie, en date du 27 juillet 1890 ont perdu leur procès contre Henri Moët, celui-ci exerçant réellement l'activité de vigneron.
Mais, comme on peut le penser, bien des filous vont essayer de détourner la règle en s'associant à des veuves Pommery ou en utilisant un prête-nom homonyme. Ainsi, un sieur Alfred Pommery est condamné le 4 décembre 1889, n'arrivant pas à justifier qu'il fait le commerce personnellement.
En mars 1889, un sieur Siou, à grand renfort de publicité — réclames à cette époque — annonce qu'il est titulaire d'un contrat avec une veuve Louis Pommery, et fait appel des capitaux pour développer l'exploitation de cette marque. En 1890, il s'associe avec un certain Lefebvre et se met à la recherche d'une maison de vins de champagne créée avant 1839. Un troisième larron vient compléter l'association : un sieur Blétry qui, en avril 1891, va prêter 25.000 francs à dame Elvire Fagny, effectivement veuve d'un Louis Pommery.
Et la fine équipe établit une maison à Reims, ouvre même une agence à Paris, et se lance dans le négoce de champagne à tour de bras : l'étiquette des bouteilles est plagiée, on y retrouve
l'étain doré, le médaillon et la calotte qui surmonte le bouchon ; les voyageurs embauchés pour représenter la maison usurpatrice affirment à leurs clients qu'il s'agit d'une grande marque et vont même jusqu'à vendre des cuvées 1884 alors que la maison n'est fondée que depuis 1891...
Bien entendu un procès ne tarde pas : le 27 mai 1892, le Tribunal de commerce de Reims condamne Elvire Fagny à 10.000 francs de dommages-intérêts pour concurrence déloyale, Siou, Lefebvre et Blétry se défaussant sur elle. La cour d'Appel de Paris confirme le jugement le 27 décembre 1893.


(3) L'Angelus c'est bien, Des Glaneuses c'est pas mal non plus !
Au Salon de 1857 où est exposée pour la première fois la toile Des Glaneuses de Jean-François Millet (1814-1875), Edmond About ne tarit pas d'éloges à l'égard du tableau, aussi, nous ne pouvons que reproduire ce panégyrique, sans en ôter une virgule. (*)
Malgré cet accueil chaleureux fait par certains critiques, les amateurs ne se pressent pas pour acquérir l'oeuvre et faire vivre l'artiste.
Millet, par l'intermédiaire de son ami le peintre Jules Dupré (1811-1899), fait la connaissance de Charles Binder (1819-1891), dit Binder l'Aîné, célèbre et riche carrossier, installé à l'Isle-Adam, collectionneur d'art, à qui il vend
Des Glaneuses pour 2.000 francs.
Cependant, Millet, considérant à juste titre que le prix payé ne reflète pas son talent et ayant en outre ses 9 enfants à nourrir, a la sage précaution d'écrire immédiatement à Dupré, dès le 30 septembre 1857 :

Mon cher Dupré,
Vous voudrez bien que je vous remercie pour vous être employé comme vous l'avez fait auprès de M. Binder pour le placement de mon tableau comptez que je vous en ai une grande obligation.
Mais puisque vous avez déjà tant fait, je vous prie de faire encore une chose c'est qu'on ne sache pas quel prix M. Binder a acheté mon tableau, et comme il ne peut en arriver pour lui aucun dommage, je voudrais qu'il fût entendu qu'il l'a acheté 4.000 francs, ce que je vous demande de lui apprendre.
En attendant qu'en réalité j'aie l'occasion de vous serrer la main, je vous prie de croire à la volonté que j'en ai.
J.-F. MILLET.
En 1865, Charles Binder revend Des Glaneuses au marchand de tableaux parisien Paul Tesse pour 5.000 francs.
Ce dernier, pur spéculateur, revend la toile pour 12.000 francs, deux ans après, à Ferdinand Bischoffsheim (1837-1909), banquier belge.

L'Angélus de Millet, mis en vente en 1889 dans la galerie Charles Sedelmeyer fait la une des journaux. Afin de le sauver d'une vente à des américains, on se mobilise, mais il est finalement cédé pour 553.000 francs à l'American Art Association (revendu 750.000 francs à Alfred Chauchard, celui-ci le lèguera au Louvre en 1909).
Jeanne-Alexandrine-Louise Pommery, n'ayant pu acquérir
L'Angélus, va donc se rabattre sur Des Glaneuses dont Bischoffsheim est vendeur. Celui-ci lui cède la toile pour 300.000 francs en septembre 1889, à la condition expresse que l'oeuvre revienne à l'Etat.
C'est ainsi que la veuve Pommery fait une donation avec réserve d'usufruit du tableau
Des Glaneuses, le 7 janvier 1890, au musée du Louvre.

Des Glaneuses de Jean-François Millet 1857 (Musée d'Orsay, Paris ; transféré du Musée du Louvre)
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voir ici, Les Glaneuses de Millet, pour une vision détaillée.

(*) Les Glaneuses de 1857 se distinguent des œuvres précédentes de Millet par cette abondance dans la sobriété qui est la marque des talents achevés et la signature commune des maîtres.
Le tableau vous attire de loin par un air de grandeur et de sérénité. Je dirais presque qu'il s'annonce comme une peinture religieuse. Tout est calme là-dedans ; le dessin est sans tache et la couleur sans éclat. Le soleil d'août chauffe vigoureusement la toile, mais vous n'y surprendrez pas un de ces rayons capricieux qui s'ébattent dans les tableaux de M. Diaz comme des écoliers en vacances : le soleil de M. Millet est un astre sérieux qui mûrit les blés, qui fait suer les hommes, et qui ne perd pas le temps à badiner.
Au fond de la toile, les moissonneurs bien nourris entassent les gerbes opulentes et la richesse du propriétaire. Sur le premier plan, trois glaneuses ramassent un à un les épis oubliés.
Je ne crois pas cependant que M. Millet ait spéculé sur le contraste et voulu frapper les esprits par une antithèse déclamatoire. Il n'a pas suspendu aux épaules de ses paysannes ces haillons pathétiques que les Troyennes d'Euripide étalaient aux yeux des Athéniens; il ne leur a prêté ni les grimaces pitoyables de la pauvreté larmoyante, ni les gestes menaçants de la misère envieuse : les trois femmes ne font appel ni à la charité ni à la haine : elles s'en vont, courbées sur les chaumes, et elles glanent leur pain miette à miette, comme elles grapilleront leur vin à l'automne, comme elles ramasseront leur bois en hiver, avec cette résignation active qui est la vertu des paysans. Elles ne sont ni fières ni honteuses ; si elles ont eu des malheurs, elles ne s'en vantent point; si vous passiez près d'elles, elles ne se cacheraient pas la face ; elles empochent simplement et naturellement l'aumône du hasard qui leur est garantie par la loi.
Elles ne sont ni jolies ni élégantes dans le sens parisien du mot; elles n'ont ni les têtes ni les coiffures à la mode. Si on les faisait asseoir à l'amphithéâtre de l'Opéra, un jour de première représentation, elles feraient le même effet que trois pommes de terre dans un carton de fleurs artificielles ; mais elles ont une tournure, une grandeur, une majesté que la crinoline n'égalera jamais. Elles sont comme les plantes des champs, dont la plus vulgaire ne manque pas d'une certaine grâce intime, d'une beauté simple et virginale. M. Millet a franchement accepté et reproduit la mâle élégance que donnent les attitudes du travail. Il sait que le geste convenable à une occupation manuelle n'entraîne pas nécessairement la laideur. Battre le blé, vanner le grain, briser le chanvre, frapper le linge humide à grands coups de battoir, voilà des mouvements qui ont leur intérêt et leur beauté, et qui ne demandent grâce à personne. Talma s'en allait à la halle étudier les gestes vrais. Raphaël a recueilli dans un
chantier de Rome les éléments d'un de ses chefs-d'œuvre.
Avez-vous remarqué les mains de ces trois glaneuses ? On ne les baiserait pas, mais on les serrerait de bon cœur. C'est de braves pattes qui ont rudement peiné depuis l'enfance, tantôt grillées par le soleil, tantôt gercées par le froid, tantôt écaillées par la lessive, tantôt gonflées par la fatigue. Elles sont défigurées autrement que les mains d'une petite maîtresse, mais elles ne le sont pas davantage. L'excès d'oisiveté nous déforme autant et plus que l'excès de travail. L'inaction héréditaire, compliquée d'un régime débilitant, réduit les os, atrophie les tendons, noie les tissus, pâlit l'épiderme. On voit des femmes dont les doigts se retroussent en arrière, comme s'ils allaient friser. Le travail, j'entends le travail rationnel, aurait de la peine à produire ces miracles de laideur. Il épaissit la peau et durcit les surfaces, mais sans altérer la nature et la forme générale des membres...
Nos Artistes au Salon de 1857 Edmond About (1828-1885)
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Re: Kiosques à Musique — Petits Plus

Message par JeanMarc » mer. 4 mai 2016 13:24

Les Dignois ne se laissent pas rouler dans la farine !...
En complément du Kiosque à musique du Pré-de-Foire de Digne.

En janvier 1720, la ville de Digne qui possède 3 moulins en activité, les vend aux enchères pour payer ses dettes qui s'élèvent précisément à 83.232 livres. Les enchères vont durer près de cinq mois, les créanciers de la ville, au nombre de 24, la plupart notables, s'étant groupés pour faire main basse sur ces moulins, guignés également par l'Hôpital Saint-Jacques. C'est finalement ce dernier, associé à l'Hospice de la Charité — à raison d'un tiers pour la Charité, deux tiers pour l'hôpital Saint-Jacques — qui remporte l'enchère le 23 mai 1720, pour un montant de 154.000 livres, sous la condition que la commune reste propriétaire de la moitié de ces moulins. L'Hôpital ne débourse ainsi que 77.000 livres, dédommageant ainsi les créanciers de la Ville de Digne.
La vente est signée le 1er juin 1720 devant Bucelle, notaire, qui précise que l'ensemble de ces moulins est à ce moment donné à bail au fermier Jouyne, qui reste les exploiter jusqu'au terme de sa ferme, à l'issue de laquelle, l'Hôpital et la Charité s'engagent à trouver de nouveaux fermiers par enchères publiques pour des périodes triennales, comme il est de coutume.
Les trois moulins en question sont le Moulin du Pré-de-Foire, situé à l'entrée du Cours des Arès dont la construction est immémoriale et qui a toujours appartenu à Digne, le second — le Moulin des Monges — situé à l'extrémité du Pré-de-Foire et contigu au jardin de l'Évêque, le troisième est le Moulin du Rogaire, sis au lieu-dit du Portallet.
Le Moulin des Monges avait été acquis par la ville de Digne auprès de l'Evêque Chérubin Dorsière, le 27 mai 1545, devant Blaze Bartel, notaire dignois. Le 7 novembre 1551, Clarette Mothete, Jehan Chaussegros, cabiscol — précenteur — de la cathédrale et Bernardin Chaussegros, escuyer, avaient cédé à la Ville, le Moulin du Rogaire, devant Mathieu Paulon, également notaire dignois.
En 1600, le 15 août, Digne avait donné à bail ses moulins banaux à un habitant de la commune de Thoard, Philippe Feraud, moyennant une cense annuelle de trente charges de blé. Le
moulin banal, dans le système féodal, obligeait les habitants à ne se servir, contre redevance, que de ces moulins pour moudre leurs grains, à l'exclusion de tout autre. A l'issue du bail en 1644, la ville reprendra la gestion directe de ses moulins.

Lors d'un inventaire fait en février 1640 par des experts mandatés pour estimer l'état des biens de la Communauté de Digne, on a l'occasion de faire une visite guidée et détaillée de ceux-ci :

1° Le Moulin des Monges. La communauté a et pocede un mollin a bled, situe au terroir de ladite ville appelé le mollin des Monges, ou y a deux moulins travailhants, estants en fort bon estai avec leurs bastiments pour le logement du meunier, et une escuyerie et grange, une basse cour a couste, qui servait à battre la poudre , et une sucilhe a couste contre le bastiment, pour reposer les fumiers, lequel moulin prend ses eaux dans la rivière de Bleaune, estant le tout dans le terroir de la ville de Digne. Les eaux ne manquent jamais.
2° Le Moulin du Pré-de-la-Foire. Plus ladite ville tient et pocede un aultre moulin en teste du Pré-de-la-Foire, où il y a trois moulins travailhants, tous en bon estat, et des bastimens servant pour l'habitation et le logement du meunier, ensemble une escuycrie et grange joignant, estant franc de cense, services, prenant l'eau a ladite rivière de Bleaune aux qualités ci-dessus.
3° Le Moulin du Rogaire. Comme aussi, ladicte communaulte a, tient et pocede un autre moulin en ladite ville, appelé le Moulin du Rogaire, deux chambres pour le logement du meusnier et deux estables jouignant ou par deux moulins travailhants en tres bon estat.

En conséquence de la cession, en 1720, de la moitié de la propriété des moulins à l'Hôpital Saint-Jacques et à l'Hospice de la Charité, les Dignois continueront donc à être tenus de venir obligatoirement moudre leurs grains dans un des trois moulins, et en outre, d'apporter, audit hôpital, la moitié du droit de mouture à raison de 24 sols par charge de bled et de légumes. Quelques privilégiés sont exempts de ces droits :
— L'Evêque de Digne, qui avait obtenu cette exemption en compensation de sa cession du Moulin des Monges ;
— Les dignitaires du Chapitre ;
— M. le Prévost, pour douze charges ;
— MM. les Dignités et Chanoines, pour six charges chacun ;
— MM. les Bénéficiers et Curés, pour quatre charges chacun ;
— MM. les maîtres de musique, l'Organiste et le Sous-Sacristain, pour trois charges chacun ;
— Les Enfants de chœur, au nombre de quatre, pour deux charges chacun.

Digne - Moulin et Statue Gassendi sur le Pré-de-Foire — Kiosque, Moulin au fond et Statue Gassendi
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Cette copropriété des moulins dignois entre la Ville, l'Hôpital Saint-Jacques et l'Hospice de la Charité, ainsi que la poursuite de la banalité y attachée, perdurera jusqu'en 1813, malgré un procès infructueux du 24 floréal an V (13 mai 1797), qui avait tenté d'interdire cette banalité issue de la féodalité, devenue bien entendu prohibée.
La loi du 20 mars 1813 attribue tous les biens communaux à la Caisse d'Amortissement, en contrepartie d'une rente sur les revenus de ces biens. La Ville de Digne ainsi dépossédée, la Caisse d'Amortissement, titulaire de la propriété de cette moitié des moulins, revend sa quote part dès le 26 mai 1815, au prix de 25.000 francs, à l'administration des hospices réunis de la ville de Digne.
On apprend par l'acte de vente que le Moulin du Pré-de-Foire et le Moulin des Monges sont affermés pour trois ans depuis le 24 avril 1813, aux sieurs Alexis Garcin et Noël Lantelme, moyennant une rente annuelle de 4.200 francs. Le Moulin de Rougaire, quant à lui, n'est plus en activité, et il n'en reste plus qu'une écurie, avec une chambre en-dessus, dont le sieur Joseph Silve est locataire depuis le 27 décembre 1812 moyennant une rente annuelle de 41 francs.
L'administration hospitalière, seule à la tête de la meunerie dignoise, va se trouver bientôt confrontée à un tollé des habitants. Un seul moulin étant resté en activité, vraisemblablement celui du Pré-de-Foire, le meunier titulaire du fermage, use et abuse de sa position monopolistique. On lui reproche la mauvaise qualité de ses produits due au pitoyable entretien de ses pierres, le son trouvé dans la farine excédant de beaucoup les normes habituelles ; le manque de personnel oblige à une attente considérable ; les usages veulent que le meunier aille chercher le blé chez l'habitant et rapporte gracieusement la farine à domicile, or celui-ci exige, officieusement pour cette manutention, qu'on lui donne
dix centimes pour trois doubles décalitres de blé en sus du prix fixé pour la mouture.
En mai 1847, une pétition signée par 443 Dignois présente ses doléances qui aboutissent sur la table du maire, Julien Francoul. En définitive, il est demandé de mettre un terme à la banalité féodale qui règne encore sur Digne, et de permettre enfin aux habitants de faire moudre leurs grains là où ils l'entendent.
L'administration hospitalière et meunière va demander une indemnité de 50.000 francs à la Ville pour accepter ces nouvelles conditions, puis finira par transiger, après maintes et maintes délibérations du Conseil Municipal alternées avec celles de la Commission administrative des hospices, à la somme de 20.000 francs en date du 5 avril 1848.

Digne - Plan 24 novembre 1809
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Re: Kiosques à Musique — Petits Plus

Message par JeanMarc » mer. 14 sept. 2016 15:57

ENGHIEN-LES-BAINS (95) - Antoine Alègre et Louis Lauze, une équipe d'aigrefins bien au point.
En complément du Kiosque à musique de l'Etablissement Thermal d'Enghien-les-Bains.

Louis Lauze, les origines.
Dès le 27 décembre 1862, un banquier véreux, mais oui ça existe !, essaie de mettre la main sur l'ensemble du domaine Thermal d'Enghien-les-Bains. Louis Lauze, appelons-le par son nom, crée à cet effet, la Société foncière et industrielle d'Enghien-les-Bains au capital de deux millions et demi, garanti par des immeubles d'une plus-value certaine : en fait cette somme n'a jamais été versée, et aucun immeuble ne vient en garantie. Il fait appel à l'épargne du public dans le Journal des débats, promettant des rendements extraordinaires et des retours sur investissement mirobolants. Il est indiqué dans l'annonce qu'avec l'argent de ce capital, donc inexistant, et les sommes que les gogos verseront, le sieur Lauze mettra la main sur les sources et l'établissement des eaux minérales sulfureuses, le grand lac, trois hôtels meublés, des maisons d'habitation, trois parcs pouvant être divisés, et de vastes terrains, représentant un ensemble de 539.670 m².

Annonce du 27 décembre 1862 : création d'une première société par Lauze, chargée de faire main basse sur le Domaine Thermal d'Enghien-les-Bains —- Annonce l'Epargne du 29 mars 1870, chargée de rabattre les fonds d'épargnants-abonnés, jamais remboursés.
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Louis Lauze, qui est né en 1835, n'en est pas à son coup d'essai. Dès le mois de novembre 1861, il exerce le métier de « banquier » au 34 rue Neuve-Coquenard à Paris. Là, il commence sa carrière en appâtant les actionnaires du Canal maritime de Suez. Qu'a-t-il bien pu leur raconter sur Ferdinand de Lesseps qui était en train de creuser à tour de bras ? Toujours est-il qu'il invite les actionnaires du Canal à se présenter tous les jours, de deux à quatre heures, dans ses bureaux afin leur faire une communication importante dans leur intérêt. Pas très clair !
En janvier 1862 il déménage au 4, rue Cherubini et le 16 mars 1862, il publie une annonce savoureuse :

M. Louis Lauze, banquier, 4, rue Cherubini, n'a rien de commun avec un nommé Siméon Lauze, ex-commissionnaire en marchandises, déclaré en faillite par jugement du tribunal de commerce de la Seine du 14 novembre 1859, et demeurant alors boulevard Poissonnière, 24. Il préserve ses arrières !
On le retrouve 21 rue de la Victoire en 1863, inondant les journaux financiers faisant des appels publics à l'épargne concernant principalement un Emprunt Ottoman 6%
consolidé turc, dette intérieure d'une valeur de 150 millions de francs émis par le gouvernement turc pour retirer le papier monnaie ou kaïmès de la circulation.
Les souscriptions doivent être adressées directement à MM. L. Lauze et C°, accompagnées d'un versement en billets de la Banque de France et mandats sur Paris. Du nanan !
Les journaux s'y laissent prendre, la Banque L. Lauze et Cie impressionne ! Le Figaro lui consacre même une monographie qui l'encense le 5 avril 1863.
A partir du 12 juillet 1863, silence-radio de notre banquier ; les dernières nouvelles de Louis Lauze à cette date, sont des menaces de mort proférées et publiées contre lui dans les journaux financiers, à propos de l'emprunt ottoman. Mis sous les verrous en juin 1863, il est condamné pour escroqueries par la Cour de Riom en 1864 à deux ans d'emprisonnement.
Sorti de prison, il part se refaire une santé en Italie, y crée... une banque — la Banque Franco-italienne —, qu'il fait transférer à Paris en octobre 1866, 11 rue Buffault. En mai 1867, on la trouve 1 rue Feydeau, en mai 1868, 7 place de la Bourse, et en février 1869, on ne la trouve plus du tout, emportée dans la tourmente des affaires douteuses de Lauze.
Entre temps, le 19 avril 1868, paraît le premier numéro du journal l'Epargne, journal financier que Louis Lauze crée pour attirer les gogos dans ses opérations. Il place, à la tête de ce journal, Ernest-Fillias de Fontbouillant, capitaine d'infanterie en retraite et chevalier de la Légion d'honneur, avec une rémunération de 250 francs par mois.

Antoine Alègre, la mise en place du stratagème.
Louis Lauze, comme on l'a dit, avait dès 1862, des vues ultra précises sur Enghien. Et l'occasion d'arriver à ses fins se présente lorsqu'il fait la connaissance d'Antoine Alègre. Celui-ci, né en 1833, est engagé en 1868 comme architecte de la Société des Eaux d'Enghien, par Albert de Montry, le propriétaire du domaine Thermal.
De Montry est à ce moment-là dans une passe financière délicate : outre le domaine thermal, il est propriétaire du parc de Windsor, mitoyen des parcs de Bauffremont et des Thermes. Il y a fait édifier son château. Il vient également de construire un nouveau bâtiment thermal et d'acheter le Kiosque Chinois qu'il a fait installer au bord du Lac. Les recettes des thermes sont loin de suffire au financement de ces coûteuses dépenses. Le 8 février 1868, de Montry et sa société des Eaux minérales d'Enghien empruntent 995.500 francs auprès de MM. Paradis, Poupinel et Bonnet, avec garantie hypothécaire. La vente de bouteilles d'eau minérale est relancée, on en vient même à mettre en vente des cygnes du lac ! Enfin, de Montry lance la mise en adjudication du Parc de Bauffremont en deux ventes successives le 9 août 1868 pour 13 lots et le 23 août 1868 pour 14 autres lots. Cette seconde vente dont les lots situés précisément au bord du lac, à l'emplacement même des anciens Thermes de la Pêcherie, ne sont apparemment pas vendus, mais réservés à Antoine Alègre qui a du convaincre de Montry, sur son projet d'édifier un Kursaal sur cet emplacement.

Enghien-les-Bains - Annonce 20 aout 1868 pour la vente 23 aout 1868 de 14 lots du parc d'Enghien dit de Bauffremont. C'est sur ces terrains que le Kursaal inachevé a été bâti.
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Antoine Alègre lance l'édification d'un gigantesque Kursaal.
A la fin de l'année 1868, Alègre crée la Société anonyme, dite du Grand Hôtel et Kursaal d'Enghien ayant pour objet la construction d'un Kursaal-Casino et emprunte par l'entremise du Journal l'Epargne de Louis Lauze, 1.200.000 francs.
Antoine Alègre charge alors l'architecte Jean-Baptiste Massillon-Rouvet (1847-1914) des plans et de la construction d'un vaste Kursaal, comprenant un hôtel de 200 chambres et un casino, constitué d'un bâtiment de 3 étages de 120 mètres de long sur 12 mètres de large, donnant sur le Lac, aux côtés du Kiosque Chinois qu'on vient de monter.
Jusqu'ici, tout semble correct et de bon aloi. Seulement, il manque une seule chose à tout ce beau projet : son financement.
Louis Lauze suggère alors à ses complices Antoine Alègre et Ernest-Fillias de Fontbouillant qu'ils s'associent dans une nouvelle société : c'est ainsi qu'ils créent, le 14 septembre 1869, la Société anonyme de la caisse et du journal l'Epargne, au capital de cinq millions de francs. Bien entendu ce capital n'existe pas. Cette société est constituée uniquement dans le but de trouver des souscripteurs et donc de l'argent frais pour les travaux de construction du Kursaal ci-dessus et pour financer l'opération ci-dessous, destinée à déposséder Albert de Montry de l'ensemble du Domaine Thermal qui lui appartient.

Albert de Monty, dépossédé du Domaine thermal d'Enghien
Le 30 janvier 1870 Alègre crée la Compagnie des Thermes d'Enghien, société anonyme au capital de 3 millions de francs jamais versés, ayant pour objet social de développer les thermes d'Enghien et de devenir propriétaire par voie d'apport ou autrement du grand hôtel d'Enghien, des établissements thermaux, des sources d'eau minérale, des parcs et des lacs d'Enghien.
Alègre réussit le tour de force de décider Albert de Montry à apporter tous les actifs de sa société des Eaux minérales d'Enghien, soit l'ensemble du Domaine Thermal d'Enghien dans la Compagnie des Thermes d'Enghien, lui-même apporte les actifs (donc en fait que des dettes et un kursaal en début de chantier) de la Société anonyme, dite du Grand Hôtel et Kursaal d'Enghien qu'il a fondée en 1868.

Les apports d'Albert de Montry, estimés entre les parties à 2 millions de francs, il est convenu qu'Alègre s'engage d'une part à payer les 995.500 francs d'emprunts obligataires souscrits le 8 février 1868 par la société des Eaux minérales d'Enghien, et d'autre part, pour atteindre les 2 millions convenus avec de Montry, il lui est donné 1.004.500 francs en actions libérées de la Compagnie des Thermes d'Enghien. En fait ces actions ne sont pas données à de Montry, mais à la société des Eaux minérales d'Enghien, et en outre, comme on l'a vu le capital de Compagnie des Thermes d'Enghien n'a jamais été versé.
Albert de Montry, le 28 février 1870, se retrouve ainsi dépossédé du Domaine thermal d'Enghien, sans aucune contrepartie. En outre, Alègre ne paiera jamais les 995.500 francs d'emprunts obligataires.

Le 20 avril 1870, la Compagnie des Thermes d'Enghien sous le contrôle d'Alègre fait un emprunt de 2 millions de francs par l'intermédiaire de son comparse Lauze auprès de la Société civile des Prêts hypothécaires, représentée par Deschamps.

Enghien les Bains. Annonce du 29 mars 1870 : ouverture prochaine du nouveau Kursaal
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En juin 1870, le Kursaal qui devait ouvrir dès le mois d'avril se présente comme une immense bâtisse, sans toiture, sans fenêtres, une carcasse faisant plus penser à une ruine de guerre qu'à un futur Hôtel-Casino. Faute de financement, l'architecte et les entrepreneurs ont stoppé les travaux. En outre, les prussiens sont sur Enghien en septembre 1870 ! Les travaux ne reprendront jamais.

Enghien les Bains - Kursaal d'Alègre, commencé en 1868, travaux stoppés en 1870. Inachevé, il est démoli en 1876
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Le dénouement : faillite des sociétés, prison pour Antoine Alègre, décès d'Albert de Montry
Le 21 septembre 1870, la Société anonyme de la caisse et du journal l'Epargne est déclarée en faillite, laissant un passif de plusieurs millions de francs, entraînant dans son sillage la faillite des autres sociétés impliquées.

Le 10 février 1872, Albert de Montry fait inscrire au nom de la Société des eaux minérales d'Enghien, un privilège de vendeur, pour sûreté de la somme de 995.500 francs, et 63.671,27 d'intérêts en sus.

Antoine Alègre est arrêté et mis sous les verrous ; il comparaît au tribunal les 15 et 17 mai 1872, alors qu'il est déjà en prison. Il est condamné à quinze mois d'emprisonnement et 3.000 francs d'amende.
Louis Lauze, qui est en fuite à Londres, est condamné par défaut, à cinq ans de prison et 3.000 francs d'amende.
Ernest-Fillias de Fontbouillant écope de quatre mois de prison.

Il est très étonnant, qu'au cours de ce procès, personne n'ait trouvé la trace de la première société de Lauze du 27 décembre 1862, qui avait clairement l'intention de mettre la main sur le Domaine d'Enghien, et qui prouve amplement sa préméditation.

Albert de Montry, avant ces événements dramatiques, venait de se marier, le 20 octobre 1868, avec Mlle de Kinkelin demeurant 8 place de Clichy ; il était par ailleurs, encore en date du 18 septembre 1870, membre du Conseil municipal d'Enghien. Il meurt brutalement le 1er juin 1873. De nombreuses personnalités d'Enghien, dont bien entendu Hippolyte de Villemessant, viendront lui rendre hommage à ses funérailles.

Que sont devenus le Domaine Thermal et le projet de Kursaal d'Alègre ?
La Compagnie des Thermes d'Enghien est déclarée en faillite le 27 novembre 1874, confirmé le 4 février 1875, avec comme date de cessation des paiements du 1er juillet 1871.
Les biens du Domaine thermal sont adjugés le 11 mai 1875, au tribunal de Pontoise, à une nouvelle société fondée par le maire d'Enghien Louis-Eugène Touzé, au prix de 1.163.000 francs.

Le Kursaal d'Antoine Alègre qu'il prévoyait d'ouvrir au mois d'avril 1870, selon les diverses réclames publiées, restera inachevé et n'ouvrira jamais. L'architecte Massillon-Rouvet qui a probablement vu une partie de son travail non payé, a laissé entendre qu'il avait effectué pour plus de trois millions de travaux. Il a même fait accroire que le bâtiment s'élevait de cinq étages, alors qu'on possède un cliché montrant clairement seulement trois étages, qu'il ne restait à faire que l'intérieur..., et d'autre part qu'il serait l'auteur du théâtre dans le jardin des Roses et du Kiosque Chinois sur le Lac. Concernant ce dernier, cela est fort douteux, puisqu'il provient de l'exposition universelle de 1867. Quant au chiffre de trois millions avancé, il reste improbable, au vu de l'avancement des travaux : il est vraisemblable qu'il a été inventé pour se faire payer auprès du syndic de la faillite.

Justement, le Syndic, Maître Chevillot, fait mettre en vente en adjudication le Grand-Kursaal-d'Enghien en construction, au prix de 150.000 francs le samedi 1er juillet 1876 au Palais de Justice à Paris.
N'ayant pas trouvé preneur, il remet ça le samedi 19 août 1876 au prix de 100.000 francs. Cette fois-ci le Kursaal est vendu à l'entrepreneur Lesueur qui l'a acheté pour récupérer les matériaux du chantier.
En 1895, le bâtiment est totalement rasé et le terrain est revendu divisé en cinq lots à bâtir.

6 février 1870 — Une des nombreuses annonces mensongères faites par l'Epargne pour appeler des fonds auprès du public
— Enghien. Le succès de ces eaux grandit toutes les années. Aussi, pour la campagne prochaine, organise-t-on une grande entreprise qui fera d'Enghien la rivale des plus renommées entre les villes des Pyrénées.
Une Société dont le siège est à Paris, rue Godot-de-Mauroy, vient de se créer sous le titre des Thermes-d'Enghien, au capital de 6 millions de francs.
Cette Société est propriétaire de l'établissement thermal, avec toutes ses dépendances de l'hôtel des Bains, du parc, du lac, avec droit de pêche et de stationnement des bateaux, du Grand Hôtel, du Kursaal, de vastes terrains à construire, etc., et elle émet, pour compléter son capital social, aux bureaux de l'Epargne, rue de la Bourse, 1.600 actions de 500 francs, et 2.760 obligations hypothécaires à 290 francs, remboursables à 500 francs.
(Le Petit Journal)

14 février 1870 — Annonce création société anonyme au capital de 6 millions. Appel public aux souscripteurs. Chiffres fantaisistes et trompeurs.
— Société Anonyme des Thermes d'Enghien — Administrateurs : F. de Fontbouillant, chevalier de la Légion d'honneur ; Antoine Alègre, ancien directeur des établissements d'Enghien.
La Société a pour objet l'exploitation des eaux sulfureuses d'Enghien, d'un grand hôtel et d'un Kursaal. Elle se substitue à la Société du Grand-Hôtel et Kursaal d'Enghien, fondée l'année dernière, et à la Société des Eaux minérales d'Enghien, qui existe depuis 1845.
La Société est tout à la fois foncière et industrielle elle possède des immeubles, tant en terrains qu'en constructions et en sources, dont la valeur a été estimée à huit millions de francs.
Appel public aux souscripteurs : sur le capital de 6.000.000 fr., il ne reste à émettre que 1.600.000 fr., représenté par des actions et des obligations.
La souscription est ouverte du 15 au 20 Février, à Paris, à la Caisse du Journal l'Epargne, Directeur M. De Fontbouillant, chevalier de la légion d'honneur, 1, rue de la Bourse.

9 décembre 1874 — Adjudication des créances sur les faillis de l'Epargne
— Hier a eu lieu, dans l'étude de Me Du Boys, notaire à Paris, boulevard des Italiens, 27, une vente de créances des plus curieuses. Ces créances et valeurs, qui provenaient de la faillite de M. Louis Lauze, banquier et directeur de l'Epargne, de ses correspondants de province ou associés de Paris, se sont vendus aux prix les plus incroyables.
Le premier lot était ainsi désigné sur le prospectus d'adjudication :
1er Lot : Créance sur M. Louis Lauze, banquier, demeurant à Paris, place de la Bourse, 7, ci-devant, et actuellement à Londres, s'élevant à 1.272.512 fr.
II a été adjugé, après une mise à prix de 500 francs, que l'on a dû baisser, pour 420 francs.
Une autre créance sur Mlle Eugénie Darjon, changeur, ayant demeuré à Paris, rue de La Vrillière, 10, et s'élevant à la somme de 176.166 fr. 66 c. a été adjugée ensuite pour la somme de 520 francs.
Et ainsi pour dix sept autres lots.
Une créance de un million sur M. Filias de Fontbouillant n'a pas trouvé de preneur.

Annonces : 7 décembre 1874 adjudication des créances sur Alègre, Lauze et Fontbouillant — 1er juillet et 19 août 1876 : adjudication du Kursaal en construction.
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